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Un article de Marie Delcas paru dans Le Monde du 22 aout 2005

L’Equateur à la recherche d’une solution aux troubles sur les champs de pétrole

mardi 23 août 2005 par Marie Delcas

L’Equateur a retrouvé un calme précaire après une semaine de troubles qui ont partiellement paralysé la production de brut dans le nord-est du pays. A la tête du mouvement de protestation, les élus locaux des provinces amazoniennes de Sucumbios et Orellana ont accepté, dimanche 21 août, de se rendre à Quito pour négocier avec le gouvernement une solution à la crise.

Les manifestants exigeaient "des routes et des emplois" ainsi que la renégociation des contrats avec les multinationales pétrolières. Le chef de l’Etat vénézuélien Hugo Chavez a annoncé un "prêt" de pétrole pour que l’Equateur puisse faire face à ses engagements internationaux.

Le ministre de l’intérieur, Mauricio Gandara, s’est félicité de la fin de la grève, estimant son coût à près de 500 millions de dollars (400 millions d’euros). Edmundo Espindola, maire du bourg de Shushufindi, a précisé qu’il ne s’agissait "qu e d’une trêve". Deux élus détenus la veille ­ le préfet de Sucumbios et le maire du chef-lieu de Lago Agrio ­ ont été relâchés samedi. Décrété jeudi dans les deux provinces, l’état d’urgence n’avait pas encore été levé dimanche soir. L’armée continuait de patrouiller.

Routes et aéroports bloqués, oléoduc dynamité, pompes et installations pétrolières endommagées : la colère des manifestants a laissé des traces. Les habitants de ces régions pétrolières se sentent les laissés-pour-compte de l’exploitation de l’or noir qui fournit le quart du PIB du pays mais les maintient dans la misère. Ils reprochent aux compagnies pétrolières de ne pas remplir leurs engagements en matière de développement local.

La région subit durement le contrecoup du conflit colombien. Les réfugiés viennent grossir les rangs des chômeurs de Lago Agrio, proche de la frontière. Les paysans de la région sont convaincus que la destruction des cultures de drogue par épandage aérien ­ menée par l’armée colombienne ­ affecte leur environnement. "Et la dollarisation instaurée en Equateur en 2000 a détruit l’économie paysanne de la région, incapable de résister à la concurrence des produits colombiens devenus plus compétitifs", rappelle l’universitaire Jorge Leon.

DÉMISSIONS EN SÉRIE

Arrivé au pouvoir en mai, après le renversement de Lucio Gutierrez, le président Alfredo Palacio reste fragile. "Faute d’avoir défini un projet politique clair, le gouvernement reste tributaire du Congrès, où il n’a pas la majorité, et de l’armée", note Jorge Leon.

Plusieurs des proches collaborateurs du président ont démissionné. Soupçonné de laxisme, le ministre de la défense, Solon Espinoza, a été contraint de le faire la semaine dernière. Le 5 août, c’était le populaire ministre de l’économie Mauricio Correa ­ partisan d’assigner les fonds pétroliers à la politique sociale plutôt qu’à la dette extérieure ­ qui quittait le gouvernement après que la Banque mondiale eut refusé un prêt de 100 millions de dollars. Le président de Petroecuador avait également été obligé de partir début août. Il avait remis un rapport accusant la compagnie américaine Occidental Petroleum d’avoir cédé une partie de sa concession sans autorisation.

Petroecuador qui, en temps normal, produit quelque 210 000 barils par jour ­ dont 144 000 pour l’exportation ­ a dû jeudi cesser toute activité. Les entreprises privées qui opèrent dans la région nord-est ont également été affectées, leur production ayant chuté de 340 000 à 150 000 barils.

L’Equateur, dont la production totale s’élève à 530 000 barils par jour, est le cinquième fournisseur de brut des Etats-Unis. L’interruption complète de sa production a contribué à faire grimper encore le prix du baril qui, vendredi, passait de 65 à 67 dollars (53 à 55 euros).

Depuis Cuba, où, en compagnie de Fidel Castro, il émettait son programme hebdomadaire de télévision "Allô Président", le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé que son pays prêterait du pétrole à l’Equateur, mais sans préciser le volume concerné. "Ils [les Equatoriens] n’auront rien à payer", a-t-il dit, en soulignant que le Venezuela ne voulait pas "s’immiscer dans leurs problèmes" . Le chef de l’Etat vénézuélien s’est pourtant permis d’exprimer le souhait que l’Equateur rejoigne prochainement l’OPEP.

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