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Paule Masson | L’Humanité du 22 mai 2007

L’Europe sociale est à l’arrêt

mardi 22 mai 2007 par Paule Masson
Congrès . John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, a appelé hier à relancer la dimension sociale de la construction européenne.

Dans la phase actuelle de libéralisation des échanges, l’Europe peut-elle préserver son modèle social ? Cette question risque bien d’être transversale à tous les débats que vont mener jusqu’à jeudi les 1 000 délégués présents au 11e congrès de la Confédération européenne des syndicats à Séville, en Espagne. Hier, à l’ouverture des travaux, John Monks, secrétaire général candidat à sa succession, a avoué combien les syndicats se « heurtent aujourd’hui à des vents contraires ». Économiquement, l’Europe est en perte de vitesse par rapport à l’Asie et l’exacerbation de la concurrence produit un dumping social qui prend le pas sur le reste, analyse la CES.

« L’équilibre est rompu »

« Nous ne pouvons pas rester passifs devant l’explosion boursière mondiale », a par exemple expliqué Candido Mendez, président de la CES. Les salaires baissent quand les bénéfices augmentent. Les entreprises délocalisent et licencient, à l’exemple de l’équipementier automobile Delphi qui ferme son usine andalouse de Puerto Real et laisse sur le carreau 1 600 ouvriers. Les principales « victimes » sont les salariés non diplômés et les migrants. Partout, la précarité du travail se développe. La « stratégie de Lisbonne » qui prévoit de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde » et s’est fixé l’objectif du « plein-emploi d’ici à 2010 », est en panne. Cet « équilibre », qui visait à concilier progrès économique et progrès social « est en train de se rompre », a averti John Monks, accusant la Commission européenne « d’orthodoxie » dans sa volonté de « mettre un frein » aux progrès sociaux pour pouvoir concurrencer les pays moins chers.

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, est venu jusqu’à Séville expliquer aux congressistes que la solution consiste à « s’adapter », c’est-à-dire, à « tirer partie de la mondialisation » sans « contrarier le marché intérieur ».

« Divorce avec l’Europe »

Mettant en avant la création d’une « flexsécurité » qui concilie souplesse pour les entreprises et sécurité pour les salariés, il a assuré ressentir une « ambiance d’optimisme » en Europe. La réponse n’a pas tardé à claquer, John Monks se faisant insistant sur le divorce grandissant entre l’Europe politique et les Européens. « Si l’Europe est uniquement perçue comme un marché intérieur, dont les profits s’envolent alors que les emplois émigrent, les réactions de la population seront hostiles, nationalistes et protectionnistes », a-t-il développé, citant en exemple les « non » Français et néerlandais au traité constitutionnel et les sondages pratiqués dans d’autres pays.

Mais la solution, pour la CES, consiste moins à interroger l’économie de marché qu’à poser des bornes pour en limiter les excès. « La concurrence est nécessaire, argumente par exemple Joseph Niemiec, secrétaire de la CES en charge des services publics, mais elle n’est pas une réponse unique. » La clé de la réussite reste, pour elle, dans un « partenariat fructueux », négocié avec les syndicats et qui fait des droits sociaux un des moteurs de la croissance économique.

La voie pour y parvenir semble pourtant plus étroite que jamais.

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