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Solenn Honorine | Le Figaro 29/05/2008

L’Indonésie quitte l’Opep sur fond de crise liée au prix des carburants

vendredi 30 mai 2008 par Solenn Honorine
Devenu importateur net de pétrole, le pays n’a plus vocation à appartenir au cartel.

« Aujourd’hui nos intérêts ne sont plus les mêmes que ceux de l’Opep », a expliqué hier le ministre indonésien de l’Énergie, Purnomo Yusgiantoro, en annonçant la sortie de son pays du cartel à la fin de l’année. Cela fait dix ans que la production indonésienne d’or noir chute. Elle atteint moins de un million de barils par jour, et depuis 2005 le pays consomme plus de pétrole qu’il n’en produit. Ce qui techniquement implique sa sortie de l’Organisation.

L’Indonésie avait rejoint l’Opep en 1962, deux ans à peine après sa création. Hier, le ministre n’a pas exclu que son pays puisse y adhérer de nouveau s’il parvient à redynamiser sa production de pétrole, qui paie le prix d’un manque d’investissements depuis des années.

Mais de l’avis de spécialistes du secteur, son statut de grand pays producteur est révolu, notamment parce que la plupart des réserves indonésiennes, exploitées depuis les années 1970, s’épuisent naturellement. « Vous pourrez toujours faire un peu plus d’exploration, aller chercher du pétrole dans des zones plus difficiles… mais cela ne ramènera jamais le niveau de production des belles années. Le pétrole en tant qu’énergie sur laquelle tout repose, c’est un modèle dépassé », estime Philippe Armand, le patron de Total en Indonésie.

Pour l’heure, le pays subit de plein fouet la cherté de l’or noir. Le week-end dernier, le gouvernement a été contraint de réduire ses subventions sur les carburants, ce qui en a fait bondir les prix de 30 %. La décision était inévitable puisque ces aides représentaient autant dans les comptes nationaux que les budgets combinés de l’Éducation, de la Santé et des infrastructures.

Lundi, le président de la République a défendu cette mesure qui est, selon lui, « la solution la plus responsable pour sauver notre économie et protéger notre peuple ». Mais depuis cette annonce, les manifestations se multiplient dans l’archipel, qui subit déjà comme bon nombre de pays l’envolée des prix agricoles. La hausse de la facture pétrolière a un effet direct sur les plus modestes, car lors des décennies dorées, c’est-à-dire lorsque le pays était exportateur de brut, toute l’économie a été construite sur la base d’un pétrole largement subventionné.

« Pressés comme des citrons »

Aujourd’hui, le peuple gronde. Pour cuisiner, Yulianti, qui tient un stand de noix de coco sur un marché de Jakarta, utilise un réchaud au kérosène. Son budget : un euro par jour. Trop cher pour cette veuve, mère de quatre enfants, qui souffre déjà de l’explosion des prix alimentaires. Elle s’est donc résignée depuis quelques mois à remplacer par du tofu le repas hebdomadaire de viande ou de poisson.

« Quand ils cherchent à se faire élire, les politiciens nous promettent monts et merveilles. Et à la fin du compte, on est pressés comme des citrons », grogne Nursena, qui tient un stand de chips à deux pas de celui de Yulianti. Cette femme de 65 ans se souvient de la dernière augmentation des prix du pétrole, en 2005, suite à une précédente baisse des subventions étatiques : tous les prix avaient flambé sur les marchés car, vu la taille de cet immense archipel, l’augmentation du coût du transport a un effet boule de neige.

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