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DELPHINE MINOUI | Le Figaro le 6 juin 2007

L’Iran, le quatrième producteur mondial de pétrole, gaspille son or noir.

mercredi 6 juin 2007 par DELPHINE MINOU

C’EST L’UN des nombreux paradoxes de la République islamique d’Iran. Quatrième producteur mondial de pétrole, elle importe près de la moitié des 80 millions de litres d’essence consommés chaque jour. Un produit largement subventionné qui lui coûte plus de 10 milliards d’euros par an.

Pour réduire l’ardoise, le gouvernement d’Ahmadinejad vient d’augmenter de 25 % le prix du litre d’essence, à 8 centimes d’euros. Il s’apprête également à lancer un système de rationnement, en dotant tous les automobilistes d’une carte à puce. « Erreur ! », s’insurgent les économistes, qui s’arrachent les cheveux depuis deux ans en dénonçant les politiques de gestion erronées de leur président islamo-populiste.

Pour eux, ce cocktail risque de provoquer une augmentation du taux d’inflation, déjà pris dans une spirale incontrôlable. La seule solution, disent-ils, c’est de s’attaquer à la source du problème. À commencer par les faibles capacités de raffinage et les infrastructures pétrolières vétustes de l’Iran. « Avant, il était dans l’intérêt du pays d’exporter son pétrole brut et d’importer son essence », constate Morteza Behrouzifar, spécialiste en hydrocarbures. « Mais les importations d’essence ont fortement augmenté. L’Iran subit aujourd’hui plus qu’elle ne profite de la hausse des cours mondiaux du pétrole. » D’où le besoin d’améliorer la production en développant la technologie et en se dotant d’équipements de qualité, quitte à demander l’aide de compagnies étrangères.

Un parc automobile obsolète

Mais à l’heure où Téhéran risque de subir un troisième volet de sanctions internationales, à cause de son programme nucléaire, les entreprises et les investisseurs ne se pressent pas aux portes du pays. Les compagnies actuellement présentes (Total, Shell, etc.) poursuivent leurs activités. Mais les nouveaux projets sont gelés. Pire, les sanctions rendent désormais difficiles l’importation d’un joint de pompe, par crainte qu’il ne soit utilisé dans une installation nucléaire...

Autre absurdité à combattre, selon Morteza Behrouzifar, le gaspillage incontrôlé de l’essence, en partie lié à un parc automobile largement obsolète. « Près d’un million de nouvelles voitures est vendu chaque année. Mais à l’inverse des pays occidentaux, les vieux véhicules ne vont pas à la casse. Ils continuent d’être revendus au noir et à consommer de grandes quantités de carburant », remarque le spécialiste. Le site Internet du ministère iranien du Pétrole l’annonce d’ailleurs ouvertement : « Les voitures iraniennes consomment 20 litres aux cent contre une moyenne mondiale de 6 litres », peut-on y lire noir sur blanc.

Mais pour l’heure, aucune mesure n’a été sérieusement engagée pour lutter contre ce fléau, également à l’origine d’un taux de pollution très élevé. « Il faudrait développer les transports en commun, imposer des contrôles techniques aux voitures... », note Morteza Behrouzifar. Un constat partagé par l’économiste Saeed Leylaz. « D’après moi, dit-il, nous sommes plus victimes de la mauvaise gestion étatique de notre économie et de notre pétrole que des sanctions économiques. »

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