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Un article deJean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 26 avril 2006

L’OPEP incapable d’enrayer la flambée des prix du pétrole

mercredi 26 avril 2006
Dans les années 1970, c’est le pouvoir de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sur les prix de l’or noir qui faisait trembler l’Occident. Ce pouvoir avait un nom et un visage : le ministre saoudien du pétrole, Cheikh Yamani. C’est désormais l’incapacité du cartel pétrolier à éteindre la flambée des cours que redoutent les pays consommateurs. Depuis que le prix du baril a passé la barre de 70 dollars, ils réitèrent leur appel au cartel, comme l’a fait le G7, ce week-end, depuis Washington : ouvrez plus les vannes !

Réunie à Doha, au Qatar, en marge du Forum international de l’énergie (FIE) consacré aux relations entre producteurs et consommateurs, lundi 24 avril, l’OPEP a fait la sourde oreille, tout en cherchant à calmer un marché dont l’exubérance a poussé le baril au-delà de 75 dollars vendredi. Elle a refusé d’augmenter sa production, mais elle "réaffirme (son) engagement ferme à fournir un approvisionnement de brut adéquat aux pays consommateurs". Elle promet aussi de "mettre en oeuvre son objectif d’un maintien des cours à des niveaux justes et équitables".

Jusqu’à présent, les exhortations du G7 ont eu un effet nul. En septembre 2005, les ministres des finances des pays les plus industrialisés avaient demandé à leurs collègues français et britannique d’engager un dialogue avec les pays de l’OPEP pour amortir un choc pétrolier amplifié par l’ouragan Katrina. Sans grand succès, à en juger par la hausse des cours. Au même moment, la promesse de l’OPEP d’extraire 2 millions de barils supplémentaires si nécessaire n’avait pas davantage convaincu les marchés. Aujourd’hui, ils savent que les stocks sont au plus haut depuis cinq ans et les Etats-Unis reconnaissent que l’OPEP pompe au maximum de ses capacités.

Les aléas climatiques et les tensions politiques (avec les risques de rupture d’approvisionnement qui leur sont liés) seraient gérables si le secteur pétrolier n’avait pas sous-investi depuis longtemps dans les puits, les oléoducs et les raffineries. "Les prix actuels du pétrole reflètent non seulement la géopolitique, mais aussi les goulots d’étranglement dans les capacités, a répété Claude Mandil, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), à Doha. Les capacités excédentaires, qui servent d’amortisseur au marché, sont aujourd’hui très faibles."

Dans son rapport introductif au Forum de l’énergie, l’OPEP réaffirme un objectif de 1 900 milliards de dollars (1 600 milliards d’euros) d’investissements sur vingt ans et de 5 millions de barils quotidiens supplémentaires en 2010 (38 millions). Mais elle juge que les multinationales doivent, de leur côté, construire de nouvelles raffineries. "La compensation indispensable de décennies de sous-investissement en infrastructure indique que les prix resteront soutenus jusqu’à la mise en service de nouvelles capacités dans l’OPEP et hors OPEP", note Craig Pennington, analyste à la société de gestion Schroders.

Il faudra des années pour mettre de nouveaux outils de production en service. A condition que les producteurs (et accessoirement les consommateurs) soient convaincus de la rentabilité de tels investissements. Le cartel s’inquiète de l’évolution de la demande. Les progrès techniques et la diversification énergétique des pays industrialisés, l’évolution de la production non-OPEP (Russie, Canada, Angola...) et la lutte contre les émissions de CO2 sont autant d’"incertitudes" qui lui font craindre un recul de la consommation dans les prochaines années, a prévenu son représentant à Washington en réponse aux demandes du G7.

Après une semaine folle, les cours sont un peu retombés, lundi, sur des prises de bénéfices. Le baril a terminé à 73,33 dollars sur le marché new-yorkais et à 73 dollars à Londres. Un nouvel accès de fièvre n’est pas exclu à partir du 28 avril - date limite fixée par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’Iran pour qu’il suspende un processus d’enrichissement de l’uranium annoncé le 11 avril.


Le Forum n’a pas permis de grandes avancées

Au troisième et dernier jour du Forum de Doha entre pays consommateurs et pays producteurs de pétrole, essentiellement consacré à la sécurité énergétique, la soixantaine de pays et d’organisations internationales présents s’accordaient pour dire que les cours du brut sont trop élevés et trop volatils, et que cette constante incertitude est nuisible aux producteurs comme aux consommateurs.

Ils estiment aussi nécessaire d’investir massivement, dans les années à venir, afin de faire face à la gigantesque hausse de la demande d’énergie attendue chez les pays émergents. Mais le consensus s’arrête là, reconnaissaient-ils à quelques heures de la clôture des débats. Et la route paraît encore très longue pour parvenir à ce que le marché fonctionne de manière satisfaisante, au moins à moyen ou long terme. - (AFP)


Le Koweït propose un dispositif d’urgence pour faire face à la flambée du prix du pétrole

n réaction à l’envolée des prix du pétrole, le ministre koweïtien de l’énergie, cheikh Ahmad Fahd Al-Sabah, devrait proposer, lundi 24 avril, lors d’une rencontre de l’Opep, de réactiver le dispositif instauré en septembre après l’ouragan Katrina. En réponse à la catastrophe, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait décidé de mettre à disposition du marché, sur demande, les 2 millions de barils par jour (mbj) supplémentaires qu’elle pouvait encore fournir.

"Nous sommes en faveur de la remise sur le marché des 2 millions [de barils] à tout moment. S’il y a un appel les deux millions seront disponibles", a déclaré, dimanche, le mministre en marge du Forum International sur l’énergie qui se tient depuis dimanche à Doha. "J’essaie d’aider le marché. Nous pouvons au moins proposer [cette mesure] entre maintenant et juin", a dit M. Sabah. Selon les analystes, seule l’Arabie saoudite peut réellement produire davantage, mais il s’agit de brut lourd, peu prisé par le marché.

"AU MOINS 10 DOLLARS" DE SURCOÛT

Le Koweït refuse en revanche d’augmenter le plafond de production de l’Opep, actuellement fixé à 28 millions de barils par jour, assurant que son pays produit déjà à pleine capacité.

Le ministre koweïtien estime le surcoût du baril à "au moins dix dollars", et l’explique par les inquiétudes que suscitent le niveau des stocks aux Etats-Unis, les tensions dans le Golfe, les difficultés de production que rencontrent le Nigeria et le Venezuela, ainsi que l’augmentation de la demande chinoise. Comme au deuxième trimestre 2004, les cours "ne sont plus reliés à l’offre et à la demande et nous devons nous en occuper au cas par cas", analyse le ministre.

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