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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 01.02.2008

L’OPEP pourrait réduire sa production de pétrole au printemps

dimanche 3 février 2008 par Jean-Michel Bezat

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), réunie vendredi 1er février à Vienne, se prépare à une année d’incertitudes. Dans l’attente d’y voir plus clair sur l’évolution de l’économie mondiale - et la demande d’or noir -, ses 12 membres soumis à des quotas de production (hors Irak) devaient décider, au cours de cette réunion extraordinaire, de les maintenir à leur niveau actuel (29,67 millions de barils par jour). Si la consommation reculait et les prix avec eux, le cartel pétrolier pourrait décider une baisse de la production, le 5 mars, lors de son prochain sommet.

Augmenter, stabiliser, voire réduire la production ? La question est désormais ouverte pour les mois à venir. Deux données incitent l’OPEP à la prudence : le risque de récession aux Etats-Unis, même si le Fonds monétaire international escompte encore une croissance de 1,5 % en 2008 et si la demande pétrolière d’Asie et du Moyen-Orient reste soutenue ; et la baisse attendue de la consommation à partir du mois d’avril, qui marque la fin de l’hiver dans l’hémisphère Nord.

"Nous ne pensons pas qu’il y a pénurie de pétrole sur le marché", a souligné le ministre irakien du pétrole, Hussein al-Sharistani, au Forum économique de Davos ([Suisse-< mot 295]). A la veille de la réunion de Vienne, le Nigeria, la Libye et l’Iran ont aussi réaffirmé qu’il n’y a aucune raison d’augmenter le débit pétrolier, le maintien des prix à des niveaux élevés (autour de 90 dollars) s’expliquant par les tensions géopolitiques (Moyen-Orient, Nigeria...) et la spéculation. Le président de l’OPEP, l’Algérien Chakib Khelil, a même déclaré, mercredi, qu’une telle hausse n’aiderait pas l’économie mondiale à se redresser.

Reçu mi-janvier par le roi Abdallah d’Arabie saoudite, le président américain George Bush avait demandé la réouverture des vannes. Sans succès. Le ministre saoudien de l’énergie, Ali al-Naïmi, véritable chef de file du cartel, a prévenu que son pays accroîtrait sa production quand le marché l’exigerait. Et rien n’indique, selon la majorité des membres de l’OPEP, que les conditions du marché aient changé, que l’économie ait besoin de plus de pétrole.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) réfute cette thèse. "Quand les prix restent autour de 90 dollars, c’est bien qu’il y a tension sur l’offre. Elle a été trop tendue en 2007, juge Didier Houssin, directeur chargé du marché pétrolier à l’AIE. La demande a augmenté de 1 million de barils par jour alors que la production restait plate."

BAISSE CONTINUE DES STOCKS

L’Agence, qui défend les intérêts des pays consommateurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), s’inquiète de la baisse continue des stocks en 2007. "Ils ne représentent plus que 51 jours de la demande future, le plus bas niveau depuis cinq ans", calcule M. Houssin. Il estime qu’un relèvement des quotas au printemps serait "inhabituel", mais "nécessaire en raison d’un besoin important de restockage".

Les experts se demandent plutôt si l’OPEP ne décidera pas, dans quelques semaines, de réduire sa production quotidienne de 32 millions de barils avec l’Irak, soit 42 % du brut consommé dans le monde (85,5 millions), pour parer à tout ralentissement de la demande. Selon des experts du fret pétrolier, on a enregistré une forte baisse des livraisons correspondant à la consommation de début février. M. Houssin constate aussi qu’un prix élevé du pétrole réduit les marges de raffinage (différence entre le prix du brut et celui des produits raffinés), ce qui a poussé les compagnies à freiner leur activité de raffinage et retarde la reconstitution des stocks.

Certains membres de l’OPEP ont beau s’inquiéter de l’envolée des cours, ils constatent que l’économie a résisté au choc d’un baril qui a franchi la barre des 100 dollars début janvier. Ils n’ont d’ailleurs jamais encaissé autant. Selon le département américain de l’énergie (DoE) - qui pense que le baril sera au-dessus de 85 dollars au 1er semestre même en cas de maintien de la production -, l’OPEP a engrangé 558 milliards de dollars (375 milliards d’euros) en 2007 (en monnaie de 2000) contre 200 milliards en 2002.

Le royaume saoudien arrive en tête (160 milliards de dollars), suivi des Emirats arabes unis (52 milliards), de l’Iran (47), du Nigeria (46), du Koweït (45), de l’Algérie (42), du Venezuela (40) et de l’Angola (36), tandis que l’Iraq encaissait 31 milliards. Ce qui donne 1 160 dollars de revenu par tête en moyenne, mais 24 282 dollars pour un Qatari et 338 dollars pour un Nigérian. En 2008, ajoute le DoE, la manne pourrait atteindre 692 milliards de dollars (+ 24 %).

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