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Un article de Hassane Zerrouky paru dans L’Humanité le 16 mai 2006

L’Oncle Sam lorgne sur les hydrocarbures du continent noir

mercredi 17 mai 2006 par Hassane Zerrouky
En Algérie et dans le Sahel se profilent en fait les nouvelles ambitions pétrolières et gazières américaines.

L’existence supposée d’al Qaeda dans la région sahélo-saharienne menaçant la stabilité de la région et, partant, le monde occidental, fut au centre d’une rencontre entre experts américains, européens et représentants des pays de cette région, le 20 février à Alger. Elle était organisée par le CESA (Centre africain d’études stratégiques de l’Afrique), organisme dépendant du Pentagone et le CAERT (Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme) dépendant de l’Union africaine. Pour les faucons de Washington, l’enlèvement de 36 touristes allemands et suisses dans le Sahara algérien par le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) en 2003, dissident du GIA, qui aurait fait allégeance à Ben Laden, suivi par l’attaque le 3 juin 2005 d’une base militaire mauritanienne, en sont bel et bien la preuve.

Ces faits sont exploités par les États-Unis pour justifier leur présence militaire et inciter les dirigeants de la région à intégrer leur politique sécuritaire. Pour certains cercles dirigeants des pays de la région, qui veulent prendre leurs distances avec la France, allié traditionnel, l’intrusion américaine n’est pas pour leur déplaire. Concernant l’Algérie , il est admis que le président Bouteflika tente de tirer profit de la rivalité entre Washington et Paris, et plus généralement avec l’UE.

L’administration Bush, elle, poursuit un tout autre objectif : l’existence d’un fort potentiel pétrolier et gazier dans le Sahara algérien et libyen et, tout récemment dans le Sahel explique ses nouvelles ambitions pétrolières dans cette région, recelant par ailleurs des gisements d’uranium, d’or, de cobalt... D’où ce besoin d’assurer la protection et le contrôle de ses approvisionnements énergétiques et, partant l’organisation de conférences et de séminaires réunissant des experts pétroliers, militaires, en sécurité et des officiels africains, vite suivis de programmes militaires à destination des pays maghrébins et africains.

Dans ce scénario pétro-stratégique, l’Algérie, en raison de son poids en Afrique, de son adoption de la loi libéralisant les hydrocarbures, de sa proximité avec l’Europe , représente désormais un intérêt particulier pour les États-Unis. Assurer la sécurité de la construction du pipeline devant acheminer le pétrole du Nigeria à travers le Sahara vers les ports algériens, réalisé par l’entreprise Bechtel, filiale d’Halliburton, participe de cette stratégie dite de sécurisation en amont de ses approvisionnements.

Autre exemple et non moins important, l’Europe est alimentée en gaz algérien par deux gazoducs - l’un transitant par le Maroc et le second par la Tunisie - et un troisième en voie de réalisation transitant par les Baléares. Les entreprises américaines étant en position dominante sur le marché de l’énergie algérien, elles sont plus qu’intéressées à la sécurisation des gazoducs. Et quand entrera en vigueur la libéralisation du marché algérien de l’énergie, elles sont bien placées pour s’assurer le gros du marché des livraisons de gaz. Sans doute est-ce cette raison qui vient de pousser Gaz de France à prendre les devants, afin de revoir à la hausse la part du gaz algérien, actuellement de 12,5 %, en France, à travers la conclusion d’accords avec l’entreprise publique algérienne, Sonatrach : cette dernière dispose encore du monopole de la commercialisation des produits énergétiques. Mais pas pour longtemps !


Quand Washington renforce son influence en Algérie

Rapprochement . Tirant prétexte de la lutte anti-terroriste, les USA intensifient, en dépit de certaines réticences dans l’armée, la coopération militaire et avancent leurs pions économiques dans le pays.

« Face aux États-Unis, la France n’a pas le même poids en Algérie », déclarait le 13 avril, le ministre des Affaires étrangères algériens, Mohamed Bejaoui, en visite à Washington. Ajoutant que les USA sont « devenus le premier pays client de l’Algérie dépassant la France et le reste des pays européens ». Avec 12 milliards d’investissement et d’achats, essentiellement dans le secteur pétrolier, Washington est le premier partenaire de l’Algérie.

L’intérêt des États-Unis pour l’Algérie est récent. Il s’explique par l’existence de ressources pétrolières et gazières dont regorge le pays et par la volonté de prendre pied dans le Maghreb en général. Le partenariat euroméditerranéen, mis en place en 1995 à Barcelone, n’a pas donné les résultats escomptés. Et c’est aussi dans cette brèche que s’enfonce Washington. Le dernier sommet de Barcelone, en novembre 2005, a été un flop : aucun chef d’État des pays du Sud méditerranéen n’y a pris part. Les pays du Maghreb, en particulier l’Algérie, accusent l’UE de donner sa préférence à l’Europe de l’Est. Aussi sont-ils tentés par le projet de zone de libre-échange proposé par Washington, assortie d’une aide de 7 milliards de dollars - le Maroc y a adhéré - alors que l’UE ne prévoit qu’à peine un peu plus d’un milliard d’euros dans son projet de partenariat.

Jusqu’à une date récente, l’Algérie, ancienne alliée de l’URSS, n’était pas bien vue à Washington. Elle restait, à l’instar de la Syrie et de l’Irak, un pays hostile à Israël et par voie de conséquence à la stratégie des États-Unis au Moyen-Orient. L’élection de Bouteflika à la tête du pays en avril 1999, puis les attentats du 11 septembre 2001 ont graduellement changé la donne. « L’Algérie, déclarait Abdelaziz Bouteflika devant un parterre d’hommes d’affaires US le 22 septembre 2003, a été parmi les premiers pays à notifier son soutien à la Maison-Blanche pour lancer une offensive internationale contre ce fléau. Notre pays a compris, peut-être mieux et plus tôt que d’autres, la douleur de l’Amérique après le 11 septembre ». Avant de montrer son intérêt pour l’établissement d’une zone de libre-échange entre les deux pays. Et depuis, Alger n’a cessé de faire des gestes en direction des États-Unis.

Si sur le plan politique, Washington continue de privilégier le voisin marocain - Mohamed VI est souvent invité à la Maison-Blanche contrairement à Abdelaziz Bouteflika qui n’a été reçu, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, que durant une demi-heure - il en est autrement sur le plan économique et militaire. Ainsi les compagnies américaines ont-elles pris pied dans le Sahara algérien, investissant près de 5 milliards de dollars. Au plan militaire, la coopération limitée auparavant à l’échange de renseignements sur l’islamisme radical, s’est accélérée et s’est étendue aux deux armées : organisation de manoeuvres aéronavales, fourniture de matériel de surveillance électronique pour combattre les groupes islamistes armés, promesses de vente d’armes sophistiquées, formation d’officiers, multiples visites en Algérie d’experts de la CIA et de la NSA, participation d’officiers et de soldats algériens à des manoeuvres militaires en Ukraine.

Du fait de l’existence de groupes islamistes dans le Sud algérien dont le poids est démesurément exagéré, Washington a mis en place en 2005, un plan dénommé « Trans-Sahara Counterterrorism » visant à empêcher al Qaeda de faire de la zone sahélo-saharienne un sanctuaire islamiste, plan dans lequel l’armée algérienne joue un rôle moteur. Selon le général Charles F. Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe, qui a supervisé en 2005 la traque (opération Flintlock) lancée contre le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) auteur d’une attaque contre un poste militaire mauritanien (15 morts), impliquant des unités militaires des pays du Maghreb et subsahariens, l’Algérie doit devenir un « pays leader » en matière de lutte antiterroriste.

« Nous cherchons à renforcer notre coopération militaire et notre coopération en matière de contre-terrorisme », déclarait le 12 février à Alger, le secrétaire d’État à la Défense américain Donald Rumsfeld, à l’issue de ses entretiens avec le président algérien. Et si rien n’a filtré de la visite effectuée le 17 avril à Washington par le chef d’état-major algérien, le général Gaïd Salah - la première d’un officier algérien de haut rang depuis 1962 - il n’en reste pas moins qu’elle participe de la volonté de Washington de renforcer davantage sa coopération militaire avec Alger dans la perspective d’une présence militaire dans le territoire algérien. Sur ce sujet, certains journaux algériens, notamment El Watan, ont fait état, sans être démenti, de l’existence d’une base américaine de surveillance installée dans le Sahara.

Pour certains analystes, les États-Unis cherchent à intégrer l’Algérie dans sa stratégie d’expansion militaire. Un objectif qui se heurte à quelques réticences au sein de l’armée. Le général Ghediri, alerte : les Etats- Unis sont toujours dans une logique de guerre froide ». Ensuite, elle est liée par des accords militaires avec la Russie, datant de l’époque soviétique. Ce à quoi s’ajoutent des désaccords sur un certain nombre de dossiers internationaux. Venu le 15 mars à Alger s’enquérir des résultats de la visite du président Poutine en Algérie qui s’est conclu par la conversion de la dette algérienne - 7 milliards de dollars - en achats d’armes, David Welch, secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient, a reconnu l’existence de divergences avec l’Algérie, citant entre autres les dossiers iranien, syrien et celui du Sahara occidental. Non sans conclure que Washington est prêt à étudier toute demande d’achat d’armes !

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