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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 1er juin 2005

L’accord EDF-Enel signe le retour de l’Italie dans le nucléaire

mardi 31 mai 2005 par Jean-Michel Bezat

LE nouvel administrateur délégué d’Enel, Fulvio Conti, et le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix, ont signé à Rome, lundi 30 mai, un accord qui marque le grand retour de l’Italie dans le nucléaire, auquel ce pays avait renoncé il y a près de vingt ans. Au terme de longs mois de négociations, le numéro un italien de l’électricité fait son entrée dans le programme du réacteur EPR (European Pressurized Reactor) dit "de troisième génération" . Le gouvernement de Silvio Berlusconi en avait fait la contrepartie indispensable à la prise de contrôle d’Edison, le numéro deux de l’énergie dans la péninsule, par EDF (Le Monde du 9 mai).

L’accord de coopération signé lundi prévoit qu’Enel participera à hauteur de 12,5 % au financement du prototype EPR de Flamanville (Manche), une tranche de 1 600 MW de puissance installée dont le coût est estimé à 3 milliards d’euros et la mise en service prévue pour 2012. L’italien en a les moyens, après la vente de son opérateur téléphonique Wind pour 3 milliards d’euros. Il disposera alors de 12,5 % de l’électricité produite (200 MW) par le premier EPR.

Ses dirigeants souhaitent néanmoins aller au-delà et investir dans les autres réacteurs de troisième génération qui devraient être lancés après la tête de série de Flamanville III. A terme, précise-t-on à EDF, Enel pourra produire "jusqu’à 1 200 MW au total" dans les centrales nucléaires françaises. En attendant, il pourra acheter à EDF les droits de tirage équivalents.

M. Gadonneix s’est félicité d’un accord qui "marque une étape supplémentaire dans la libéralisation du marché européen de l’énergie" , même si EDF produit encore 97 % de l’électricité de l’Hexagone, le reste se partageant entre Suez (CNR, Electrabel) et l’espagnol Endesa, actionnaire à 65 % de la Société nationale d’électricité et de thermique (SNET). Pour M. Conti, "il va permettre à Enel d’accéder, avec une présence industrielle et commerciale significative, à l’un des plus importants marchés européens de l’énergie" .

L’accord a un autre avantage de taille, selon le patron d’Enel : en détachant des ingénieurs chez EDF, "Enel pourra retrouver des compétences dans le nucléaire avec un projet sur une technologie de pointe" . M. Conti juge que "cela aidera à la future expansion -d’Enel- en Europe centrale, où le nucléaire est l’énergie dominante" , notamment en Slovaquie.

En 1987, l’Italie avait renoncé, par référendum, à l’énergie nucléaire. Depuis, elle a perdu toute compétence dans ce domaine, font valoir des dirigeants d’EDF, qui ne sont pas mécontents de montrer leur savoir-faire à leurs homologues italiens et de justifier ainsi, selon eux, le bien-fondé des choix pronucléaires de la France dans les années 1970 et 1980.

L’accord ouvre une autre voie à Enel sur le marché français : le rachat des 35 % de la SNET détenus par EDF et Charbonnages de France, après le refus de Gaz de France de débourser 300 millions pour une prise de participation qu’il ne jugeait pas stratégique. Le groupe italien disposera ainsi d’une capacité de 700 MW. Si l’on y ajoute les deux centrales à cycle combiné à gaz (400 MW chacune) qu’il sera autorisé à construire sur des terrains d’EDF, il pourra produire jusqu’à 2 700 MW en France, soit 2,5 % du marché.

RETARD SUR EDISON

Par ailleurs, l’accord prévoit qu’Enel fournira de l’électricité à la Corse, qui a été victime de nombreuses coupures de courant à la fin de l’hiver. En fin d’année, une nouvelle interconnexion entre la Sardaigne et l’île de Beauté permettra de lui fournir 50 MW entre 2006 et 2015, et 50 MW supplémentaires entre 2008 et 2015.

Paradoxalement, l’accord sur l’ouverture du marché français de l’électricité à Enel intervient au moment où l’offre publique d’achat d’EDF et de son partenaire milanais AEM (régie d’électricité et de gaz) sur les minoritaires du groupe Edison prend du retard. Initialement prévue au mois de juillet, elle ne devrait pas intervenir avant septembre, a indiqué, lundi, le président d’AEM, Giuliano Zuccoli, qui invoque l’attente du feu vert de Bruxelles.

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