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Un article de Bernard Duraud paru dans L’Humanité du 4 mai 2006

L’acte souverain de Morales

jeudi 4 mai 2006 par Bernard Duraud
Bolivie . La nationalisation des hydrocarbures a été saluée par les Boliviens, mais provoque des tensions avec les pays voisins, notamment le Brésil.

La nationalisation des hydrocarbures en Bolivie a semblé prendre de court les compagnies étrangères présentes dans le pays. Pourtant ce n’est pas vraiment une surprise. À peine élu à la présidence, Evo Morales avait entamé en janvier un marathon le conduisant à La Havane, Caracas, Paris, Madrid et Pékin pour expliquer ses intentions dans les domaines du gaz et du pétrole, principales richesses naturelles de la Bolivie. Il parlait bien à l’époque de « nationalisation » des hydrocarbures (ce qui était inscrit dans son programme électoral) estimant que les gouvernements néolibéraux des années quatre-vingt-dix les avaient bradés aux multinationales alors que 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. En décrétant le 1er mai la restitution des gisements à la compagnie nationale YPFB, avec le concours de l’armée pour contrôler les centres productifs, Evo Morales honore non seulement un engagement pris devant les Boliviens, mais il déclare aussi l’indépendance de la Bolivie en matière énergétique. Un acte de « souveraineté », a lui-même admis Lula, le président brésilien.

Cette nationalisation consiste en la récupération de la propriété de la totalité des hydrocarbures (sol et sous-sol), de la participation majoritaire de l’État dans toute la chaîne de production, et du contrôle de la commercialisation, incluant la fixation des prix, les volumes de vente et la destination. Il n’y a pas de confiscation des installations, comme semble le regretter le président de la COB (Centrale ouvrière bolivienne), Jaime Solares, qui a jugé la nationalisation trop timide parce qu’elle ne « confisque rien ni n’exproprie ». Toutefois, au plan intérieur, les comités de quartier d’El Alto, en pointe dans la « guerre du gaz » depuis 2003 ont salué une « décision historique ». Ils ont été rejoints dans leur appréciation par le dirigeant des mineurs Alfredo Aguilar qui a souligné que « c’est le premier domaine dans lequel le gouvernement n’a pas commis d’erreur » faisant allusion à la grogne sociale de la fin avril.

Le processus de nationalisation en Bolivie contraint les groupes étrangers à « migrer » vers de nouveaux contrats d’association avec la compagnie nationale YPFB. L’accepteront-ils ou préféreront-ils s’en aller au risque d’affaiblir l’exploration et le niveau d’exploitation des gisements boliviens pour couvrir l’ensemble des besoins ? Total aurait déjà pris des infor-mations sur les nouveaux contrats. La partie s’annonce extrêmement délicate avec le brésilien Petrobras, le Brésil dépendant pour 50 % de ses besoins du gaz bolivien, et également l’espagnol Repsol qui contrôle 25 % de la production de gaz en Bolivie. Quelques jours après avoir célébré son autosuffisance pétrolière, le Brésil s’attendait à « un traitement différencié » compte tenu de l’importance des investissements faits par Petrobras et des liens politiques entre Lula et Morales. Brasilia a réagi avec agacement, précipitant une réunion ce jeudi en Argentine entre les présidents bolivien et brésilien et leurs homologues vénézuélien et argentin, consacrée à la nationalisation des hydrocarbures en Bolivie. Les enjeux dépassent les seuls intérêts de Petrobras dans ce pays, ils sont à la taille d’un ensemble sud-américain qui cherche, face aux coups de boutoir américains (Washington a déclaré « examiner » la situation), à montrer une plus grande cohésion régionale.

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