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Claire Gatinois | Le Monde le 16.05.2009

L’administration Obama veut mettre de l’ordre sur les marchés des dérivés

samedi 16 mai 2009 par Claire Gatinois

Deux mois après le G20 et la volonté affichée des chefs d’Etats de réformer le capitalisme mondial, les Etats-Unis, s’attaquent, les premiers, au coeur du problème : la régulation du marché des produits financiers dérivés dont la taille globale est estimée à près de 700 000 milliards de dollars.

Ces produits, inventés pour réduire les risques financiers des entreprises et des investisseurs - par exemple ceux résultant des variations des devises, des taux d’intérêt - ont connu un succès fulgurant au cours des vingt dernières années. En même temps, ils sont devenus de plus en plus sophistiqués. Aux produits standardisés, sur des marchés surveillés, sont venus s’ajouter des instruments sur mesure et complexes, faisant l’objet de transactions privées, dites de "gré à gré".

C’est dans cette catégorie de produit, dont la taille atteint 500 000 milliards de dollars, que l’administration Obama souhaite mettre de l’ordre. Mercredi 13 mai, Timothy Geithner, secrétaire américain au Trésor, a fait part de son souhait d’imposer "une réglementation solide, robuste et appropriée à ce marché" afin d’écarter tout "risque systémique", autrement dit la mise en péril du système financier mondial.

Les produits comme les fameux "CDS", les "credits default swap", sont censés protéger un investisseur du risque de défaut d’un débiteur, une sorte de police d’assurance. L’investisseur achète ainsi un titre d’emprunt, une obligation de la compagnie automobile General Motors par exemple, et pour se protéger d’une éventuelle faillite de l’entreprise, il s’assure avec un CDS.

Aujourd’hui, ces contrats "privés" entre banques et investisseurs s’échangent sur des marchés de gré à gré. Autrement dit, sans transparence sur les prix, sans surveillance et sans centralisation. Personne ne sait qui achète quoi, personne n’est en mesure de dire si les contractants sont à même de tenir leurs engagements.

M. Geithner propose donc de créer une chambre de compensation, une entité obligeant les investisseurs à verser régulièrement des sortes d’arrhes, des dépôts de garantie, afin de prouver qu’ils pourront honorer leur promesse. Le gendarme américain de la Bourse, la SEC, devrait, elle, avoir "l’autorité incontestable de traquer les fraudes, manipulations et abus de marché", a indiqué M. Geithner.

TRÈS FORTES MARGES

L’Europe aussi s’attelle au sujet. Vendredi 15 mai, devait se tenir à Francfort un groupe de travail au siège de la Banque centrale européenne (BCE) pour décider des mesures à prendre. "Les Etats veulent organiser ces marchés. Il est urgent que l’Europe ne prenne pas de retard dans ce domaine", signale Jean-Pierre Jouyet, le président de l’Autorité des marchés financiers (AMF). La France prône elle aussi la création d’une chambre de compensation et souhaiterait utiliser un acteur existant tel Eurex, Clearstream ou Clearnet SA, en Europe de préférence. "Cela doit se faire dans le centre de gravité monétaire de l’Union c’est-à-dire au sein de la zone euro", insiste M. Jouyet.

Des propositions concrètes sont attendues avant le mois de juillet. Il y a urgence. La crise a en effet démontré que ce marché était potentiellement explosif, notamment tous les produits liés aux crédits hypothécaires américains, les fameux subprimes.

"Les pertes potentielles sur les marchés dérivés de gré à gré, en cas de catastrophe, s’élèvent à 3 500 milliards de dollars, calcule Darrell Duffie, professeur à l’université Stanford (Californie), soit assez pour faire exploser tout le système financier mondial."

L’effondrement de l’assureur américain AIG a donné une toute petite idée du danger. Détenant au total 350 milliards de dollars de dérivés de crédits, AIG a dû faire l’objet d’un sauvetage de l’Etat, qui a coûté 170 milliards de dollars aux finances publiques.

Pourquoi n’a-t-on pas agi avant pour contrôler cet énorme marché des dérivés de gré à gré ? Les autorités de régulation, notamment le Forum de stabilité financière, avaient déjà pointé les risques. Mais les banques faisaient "de telles marges sur ces produits", signale M. Duffie, qu’elles ont milité pour maintenir en l’état ce marché qui n’avait, jusqu’ici, pas failli. Aujourd’hui elles n’ont d’autre choix que de se soumettre aux autorités.

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