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Lucy Bateman | L’Humanité le 20.12.2007

L’agenda antisocial de Sarkozy

jeudi 20 décembre 2007 par Lucy Bateman

Conférence de Marigny . Le président veut permettre aux entreprises de signer des accords dérogatoires à la loi ou aux accords de branche.

À l’hôtel de Marigny, l’annexe de l’Élysée libérée de l’encombrant colonel Kadhafi, et alors que le Noël des enfants de la présidence de la République battait son plein, le président Sarkozy a réuni syndicats et organisations patronales pour une conférence sociale. Au menu, l’agenda des réformes pour 2008. Officiellement, la conférence avait aussi pour but de déterminer quelles réformes allaient faire l’objet de négociations, et quelles mesures allaient procéder directement de l’initiative gouvernementale : la loi du 31 janvier 2007 impose en effet une concertation préalable à toute réforme sociale. Mais les partenaires sociaux ont pu constater en 2007 que cette obligation avait une portée toute relative : exemple, la négociation sur la modernisation du travail se déroule depuis septembre sous la menace d’une intervention législative, notamment sur le contrat de travail unique, qui n’intéresse aucun des partenaires de la négociation.

sous le signe de la « flexisécurité »

En annonçant fin novembre à la télévision la tenue de cette conférence, Nicolas Sarkozy avait mis son programme sous le signe de la « flexisécurité », la tarte à la crème du moment : « Donner d’avantage de flexibilité aux entreprises, et en même temps donner davantage de garanties aux salariés. » La réunion d’hier revêtait une apparence beaucoup plus brouillonne, poussant le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, à déclarer : « L’embouteillage n’est pas forcément un facteur d’efficacité et de fluidité du dialogue social. »

Comme un cadre sup listant les dossiers à traiter, le président Sarkozy a fait le tour des réformes en cours et de celles à venir qui, pour la plupart, sont déjà dans les tuyaux.

Sur le thème de la modernisation du marché du travail, il a fixé à la mi-janvier la fin des négociations en cours entre syndicats et patronat sur la modernisation du marché du travail. Une échéance déjà décidée par les syndicats et le patronat, qui ont prévu de se revoir pour une ultime séance les 9 et 10 janvier. « Si vous n’êtes pas parvenus à un accord, le gouvernement entreprendra une concertation rapide avant d’élaborer un projet de loi dont il aura la responsabilité », a précisé le chef de l’État. Dans un entretien paru jeudi dans le Monde, le premier ministre, François Fillon, a pour sa part indiqué que « la réforme » du marché du travail serait « votée avant l’été ». Prendra-t-il en compte les revendications de sécurisation des parcours professionnels des syndicats, ou bien celles, contraires, des employeurs, rupture amiable, allongement de la durée de la période d’essai, création d’un contrat de mission ? Mystère.

remise en cause du temps de travail ?

Au chapitre du pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy a simplement renvoyé aux propositions du ministre du Travail, Xavier Bertrand, de conditionner les allégements de charge sur les bas salaires à la tenue effective - mais pas forcément à la conclusion - des négociations sur les salaires, qui, faut-il le rappeler, sont annuelles et obligatoires. Autre sujet épineux, le financement des syndicats. Le président Nicolas Sarkozy a proposé le vote d’une loi « réglementant la publication et la certification des comptes des organisations » syndicales et patronales.

Enfin, dernier sujet de poids, le président de la République a annoncé qu’il fallait « simplifier notre réglementation sur le temps de travail, devenue aujourd’hui la plus complexe du monde ». Pour mémoire, la loi TEPA, applicable depuis le 1er octobre, qui prévoit une défiscalisation et des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, fait s’arracher les cheveux dans les services paie des entreprises. Le président veut permettre aux entreprises de signer des accords dérogatoires à la loi ou aux accords de branche. S’agira-t-il de renoncer à la durée légale du travail ? Là aussi, le mystère demeure.


Une politique économique de plus en plus mal notée

Sondage . Un Français sur deux juge « mauvais » les choix du gouvernement Fillon. Seuls les plus aisés l’apprécient encore.

Les Français portent un jugement de plus en plus sévère sur la politique économique du gouvernement. Un sur deux la juge désormais « mauvaise », contre 45 % qui l’apprécient, selon le baromètre mensuel de l’institut BVA pour BFM, The Phone House et les Échos. En un trimestre, l’indice de popularité (bonnes opinions moins mauvaises opinions) de cette politique a dégringolé de 26 points, passant de plus 21 à moins 5.

Le baromètre de décembre « confirme bien qu’après avoir déçu les ouvriers entre mai et septembre, la politique économique du gouvernement tend à le couper des classes moyennes », note BVA. En trois mois, l’indice de popularité est passé de + 20 à - 8 auprès des employés et de + 17 à + 1 auprès des professions intermédiaires.

Si elle reste appréciée par les Français les plus riches (55 % contre 41 %) et ceux disposant de revenus moyens supérieurs (55 % contre 42 %), la politique économique du gouvernement est désormais impopulaire auprès des Français disposant de revenus moyens (44 % contre 51 %, baisse de l’indice de 30 points en un trimestre) et très impopulaire auprès des plus pauvres (33 % contre 63 %, baisse de 47 points de l’indice), révèle encore le sondage.

Par ailleurs, les trois principales mesures annoncées par le président Nicolas Sarkozy pour le pouvoir d’achat sont jugées efficaces mais moins que celles proposées par l’opposition de gauche. 57 % des personnes interrogées sont ainsi favorables à la monétisation des RTT, 65 % à l’ouverture dominicale et 70 % à l’indexation des loyers sur l’inflation et à la limitation de la caution à un mois de loyer.

Mais les trois principales contre-propositions formulées notamment par le PS sur ce thème recueillent un soutien plus fort : 58 % pour l’augmentation de la prime pour l’emploi, 68 % pour l’augmentation immédiate du SMIC et 86 % pour la baisse du taux de TVA à 5 % sur les produits alimentaires de première nécessité.

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