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Propos recueillis par Alain Raynal publiés dans l’Humanité du 10 mai 2006

« L’amnistie doit faire partie de la sortie de crise »

mercredi 10 mai 2006 par Alain Raynal
Répression . Jeune avocat à Toulouse, Me Julien Brel est associé depuis le début du mouvement à la défense d’étudiants anti-CPE interpellés.

Pendant plus de deux mois, lors de chaque manifestation importante à Toulouse, des jeunes ont été interpellés, certains sévèrement condamnés. Comment analysez-vous cette attitude répressive ?

Me Julien Brel. Les arrestations ont été nombreuses car le mouvement a été fort. La réponse judiciaire a, souvent, opté pour un traitement d’exception avec des gardes à vue et, dans la majorité des cas, des comparutions immédiates, alors que la gravité des faits a toujours été relative, sans blessé grave. Par exemple, lors de la première manifestation toulousaine, début février, un jeune de SUD étudiants a été condamné en comparution immédiate à trois mois de prison avec sursis pour avoir lancé un pot de peinture à l’eau contre une façade et contre un policier, alors que l’on pouvait penser qu’il serait convoqué quelques semaines plus tard. Cette forme de comparution immédiate de jeunes prévenus à l’issue de la garde à vue est, la plupart du temps, suivie de peines de prison. Dans un contexte de manifestations contre une loi adoptée sans discussions et dans l’urgence, les instructions de la chancellerie ont cherché à envoyer un signal fort pour une répression tout autant dans l’urgence, et pour plus de sévérité dans les formes de poursuites et les peines réclamées. La volonté de réprimer a été une constante tout au long du mouvement.

Le 4 juillet prochain, d’autres étudiants sont convoqués pour avoir manifesté à la gare Matabiau. Sur quel terrain allez-vous axer leur défense ?

Me Julien Brel. Tout d’abord, lors de cette manifestation du 6 avril, les jeunes anti-CPE ont été confrontés à des violences policières graves. Certains policiers se sont véritablement « lâchés ». C’est une première donnée. Des étudiants vont être jugés pour avoir « contrevenu aux dispositions concernant l’intégrité des voies ferrées en stationnant sur la voie et entravant la circulation des trains », mais on ne sait toujours pas ce que vont devenir les plaintes déposées par eux et des familles contre cette violence des policiers. Des jeunes ont subi des traumatismes crâniens. De plus, trois personnes prises au hasard sont convoquées pour une action menée et revendiquée par plusieurs centaines. Ils devraient payer pour une action collective. C’est étonnant, mais encore dans la logique de répression à tout va pour l’exemple. La justice, c’est juger tout le monde à la même enseigne en tenant compte des circonstances à l’origine des faits et des manifestations sociales. Les étudiants ne sont pas des délinquants, ils ne peuvent pas être traités comme tels. Ils ont participé activement à un mouvement contre une loi qu’ils ne voulaient pas.

Qu’espérez-vous maintenant ?

Me Julien Brel. Je me prononce pour l’amnistie et l’arrêt des poursuites contre tous les jeunes encore interpellés. Le mouvement anti-CPE a connu une ampleur rarement égalée, et comme dans tous les conflits importants, l’amnistie doit faire partie des sorties de crise.

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