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Un dossier de Marie-Béatrice Baudet et Francine Aizicovici paru dans Le Monde du 18 avril 2006

L’emploi des jeunes : Un défi majeur en France et à l’international

mardi 18 avril 2006 par Francine Aizicovici, Marie-Béatrice Baudet

Ce pourrait être le dossier-test de l’ élection présidentielle de 2007. Comment redonner confiance aux moins de 25 ans ? Comment les rassurer sur leur avenir professionnel ? Après l’épisode du contrat première embauche (CPE), les jeunes écouteront d’une oreille très sensible les propositions des candidats à la recherche de leurs suffrages. Depuis 1977 et la création du premier dispositif - le plan Barre - à destination des générations nouvelles, gouvernements de droite comme de gauche ont déjà "usé" plus de 35 mesures différentes. Avec plus ou moins de succès selon les caprices de la conjoncture. Aujourd’hui, 22,8 % des jeunes actifs de moins de 25 ans sont au chômage. Tout reste à faire. Du côté des états-majors politiques, les réflexions vont bon train et les copies d’il y a encore quelques mois ont été révisées. Pas question de se prendre les pieds dans le tapis comme Dominique de Villepin. Du PCF à l’UMP en passant par le PS ou l’UDF, trois messages majeurs ont été entendus : primo, toute proposition passera par le filtre des partenaires sociaux. Deuzio, pas question de faire dans le "global" comme le CPE y invitait. Quoi de commun en effet entre un diplômé d’une école d’ingénieurs et le jeune en échec scolaire ? Ce sera donc du sur-mesure. Enfin, afin de sortir du piège de la précarité qui retarde la prise d’autonomie, l’idée est de sécuriser les trajectoires.

"UN DROIT UNIVERSEL"

Pressé par le temps, le groupe UMP à l’Assemblée nationale a fait - pour le moment - du simple replâtrage des contrats jeunes existants pour sortir de l’impasse CPE, mais à plus long terme et dans l’optique de 2007, Nicolas Sarkozy prône la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle. Le projet apte à protéger les droits des travailleurs à travers les aléas de carrières hachées par le chômage et les contrats précaires - qui frappent particulièrement les jeunes - date des rapports Boissonnat (1995) et Supiot (1998). La sécurité sociale professionnelle a été évoquée pour la première fois publiquement par Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, le 1er mai 2001.

L’UMP n’est pas le seul parti à piocher dans les pistes retenues par les organisations syndicales. Les mesures que le Parti socialiste est en train de concocter pour une proposition de loi qui devrait être débattue à partir du 16 mai à l’Assemblée nationale, reprennent des éléments évoqués par la CFDT et la CFTC. Il en va ainsi de l’idée mise en avant par la centrale chrétienne concernant la création d’un service permanent d’orientation professionnelle. Gaëtan Gorce, porte-parole du groupe PS sur les questions d’emploi, chargé du projet de loi, parle, lui, d’un "grand service public de l’orientation", associant partenaires sociaux et régions qui sera doté d’un observatoire des métiers, cela afin de mettre en adéquation, au plus près du terrain, besoins et demandes de main-d’oeuvre.

Concernant la question majeure de la précarité et de l’impossibilité pour beaucoup de jeunes de se projeter dans l’avenir, les propositions vont dans le même sens : assurer - y compris aux moins qualifiés - un "droit à l’emploi", pour reprendre le slogan cédétiste, transformé par le PS en "droit universel" pour chaque jeune, à une première expérience professionnelle. Sur les modalités, le parti de François Hollande et le PCF se rejoignent pour réclamer le recrutement des jeunes en contrat à durée indéterminée (CDI). Conscient des réticences des entreprises, le PS proposerait une aide de l’Etat aux employeurs, aide dont le montant et la durée dépendraient des efforts nécessaires (tutorat, etc.) à l’intégration professionnelle du jeune recruté. Le PCF réclame, lui, un CDI à deux volets : un premier dédié à la formation-insertion, là encore plus ou moins important selon la qualification de l’intéressé et qui serait sous le contrôle de l’inspection du travail afin de s’assurer que l’employeur s’y soumet bien. Un second dédié à l’"emploi". Pour éviter "la mise en concurrence malsaine entre les salariés qui existe depuis des années avec, notamment, les allégements de charges", explique Yves Dimicoli, membre du comité exécutif du PCF, chargé des questions sociales et financières, le dispositif prévoirait une rémunération au même taux de salaire horaire que celui des autres employés à qualifications et poste identiques.

L’UDF est-elle si loin de ces propositions ? Pas si sûr à entendre Francis Vercamer, député du Nord et l’un des experts du parti de François Bayrou sur le social, qui avance l’idée du contrat formation emploi réservé aux jeunes en difficulté. "Une fois le jeune recruté en CDI, l’Etat prendrait en charge - au maximum pendant un an - le coût de la formation nécessaire à sa mise à niveau."

Reste à entrer dans le détail des financements nécessaires à l’ensemble de ces projets. Le PS qui est encore en train de faire ses calculs évoque déjà un coût de 3 à 5 milliards d’euros pour mettre en oeuvre son idée de droit universel. Mais d’un état-major à l’autre, le sujet n’inquiète pas vraiment. Tous évoquent les sommes qui ont déjà été dépensées, sans grand succès depuis des années, et qui se chiffrent en milliards d’euros (allégements de charge, fonds de la formation professionnelle, etc.) et qu’il s’agirait simplement de réorienter.


Pour en savoir plus

Emploi des jeunes : ce qu’il faudrait faire, Alternatives économiques (n° 246, avril 2006, pp. 46 à 53, 3,80 €).

Une place pour chaque jeune : le pari des missions locales (Le Cherche Midi éditeur- Dexia Editions, 2005, 249 p., 17 €).

L’insertion professionnelle et sociale des jeunes ou l’intelligence pratique des missions locales (2005, Apogée, 175 p., 14 €).

Les jeunes non qualifiés, Problèmes politiques et sociaux (n° 915, août 2005, La Documentation française, 119 p., 9 €).

Précarités et insécurité sociale, Problèmes politiques et sociaux (n° 921, février 2006, La Documentation française, 120 p., 9 €).

L’insertion des jeunes sur le marché du travail entre 2002 et 2004, Insee Première (n° 1061, janvier 2006, 4 p., 2,3 €).


Mesures en faveur de l’emploi des jeunes

Quel est le détail des mesures votées le 13 avril par le Parlement en remplacement du contrat première embauche (CPE) ?

Ce plan modifie des mesures existantes.

Destiné aux jeunes de 16 à 25 ans titulaires, au plus, du bac ou n’ayant pas achevé le premier cycle universitaire, le contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis) leur permet de suivre un parcours personnalisé alternant formation, stages et emploi. Hors périodes rémunérées, les jeunes perçoivent une allocation de 900 euros annuels maximum. La nouvelle loi étend le Civis à ceux qui rencontrent des difficultés sociales et professionnelles. La proposition d’un emploi, d’une formation ou d’une autre action devra être faite dans un délai de trois mois. Le suivi par un référent de la mission locale (ML) s’étendra à la première année suivant l’entrée en activité du jeune.

Le contrat jeune en entreprise (CJE), à durée indéterminée et destiné aux 16-22 ans de niveau bac au plus, ouvre droit à une aide pour l’employeur, qui est révisée. Celle-ci était de 150 euros par mois les deux premières années - 300 euros si le jeune avait un niveau inférieur au CAP ou n’avait pas eu accès à la classe de seconde -, la moitié - dans les deux cas - la troisième année. Avec la nouvelle loi, l’employeur recevra 400 euros par mois la première année et 200 euros par mois la deuxième année, pour tous types de jeunes. La prime est supprimée la troisième année. Au final, sur trois ans, l’aide est réduite pour les moins diplômés, accrue pour les autres.

Le contrat de professionnalisation, visant notamment les jeunes de 16 à 26 ans souhaitant compléter leur qualification, fait l’objet d’un soutien à l’employeur en cas d’embauche en CDI, de 200 euros par mois la première année et 100 euros la deuxième, qui s’ajoute à l’exonération de cotisations patronales. Les jeunes perçoivent un pourcentage du smic selon leur âge et leur niveau.

50 000 stages de formation devraient être offerts aux jeunes en difficulté dans les métiers en tension.

Le coût de ce plan est évalué à 150 millions d’euros pour 2006, et à 300 millions d’euros pour 2007, financés, selon la proposition de loi UMP, par une augmentation des droits sur le tabac.

Quels sont les autres dispositifs spécifiques aux jeunes ?

Il n’en reste qu’un, le contrat d’apprentissage, qui vise à obtenir, par la voie de l’alternance, un diplôme dont le niveau peut aller jusqu’au titre d’ingénieur. Il concerne les 16 à 25 ans, et depuis l’adoption, en mars, de l’"apprentissage junior", les jeunes de 15 ans. L’employeur doit notamment garantir que l’équipement de l’entreprise, les techniques utilisées, les conditions de travail, les compétences du maître d’apprentissage permettent une formation satisfaisante. Le contrat peut varier de un à trois ans, durée pendant laquelle les jeunes sont rémunérés sur la base d’un pourcentage du smic, selon leur âge et leur année d’étude. Depuis la rentrée 2005, les apprentis doivent recevoir de leur établissement de formation une carte nationale d’apprenti, qui accorde certains droits.

Quelles sont les structures d’accueil réservées aux jeunes ?

Sur tout le territoire, 500 missions locales (ML) et permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO) sont ouvertes aux jeunes de 16 à 25 ans confrontés à des difficultés professionnelles et sociales. Chaque année, 700 000 jeunes y sont reçus pour construire un parcours personnalisé, accompagnés par des conseillers dans leurs démarches d’accès à l’emploi, à la formation, mais aussi à la santé, au logement, aux droits, à la citoyenneté.


Les régions et les missions locales sont aussi des laboratoires...

Beaucoup de régions réfléchissent à la question de l’emploi des jeunes, assure Jean-Paul Denanot, président de la commission emploi-formation de l’Association des régions de France (ARF) et du conseil régional du Limousin. Ce dernier, par exemple, prépare un dispositif dans lequel, durant "six à dix-huit mois, le jeune enchaînera des phases de formation et de connaissance de l’entreprise, indique-t-il. Ce sont des parcours personnalisés permettant de se réorienter en fonction des besoins des entreprises." Cependant, peu de régions ont mis en oeuvre des formules spécifiques. Sans doute parce qu’aujourd’hui il ne s’agit pas d’en créer de nouvelles car "les réponses au problème existent déjà. La vraie question est plutôt de recenser l’ensemble des dispositifs", estime M. Denanot.

Petit panorama d’actions régionales, en dehors des "emplois tremplins" (contrats à durée indéterminée - CDI - au sein du monde associatif) mis en place dans les vingt régions de gauche, des aides diverses aux entreprises ou des actions en faveur de l’apprentissage :

En Poitou-Charentes, les demandeurs d’emploi de moins de 35 ans, et en priorité de moins de 26 ans, sans expérience professionnelle significative et peu qualifiés, peuvent entrer dans le dispositif Action tremplin vers l’emploi et la formation (Actef). Chacun est suivi par un organisme de formation qui évalue ses aptitudes, lui présente une palette des métiers et propose une mise à niveau des connaissances selon le secteur choisi. Suit une période d’immersion en entreprise où sont définies les connaissances qu’il doit acquérir. La région prend en charge les coûts pédagogiques.

En Bourgogne, le "contrat ressources", d’une durée de huit mois, destiné aux 18-26 ans sans qualification vivant dans une zone urbaine fait lui aussi alterner période de formation et séquences en entreprise, celle-ci devant s’engager à former le jeune à l’un de ses métiers et à le recruter en fin de contrat si un poste est disponible. La formation est centrée sur l’apprentissage du savoir-être et l’adaptation des compétences, avec un accompagnement vers l’emploi. Elle est financée par la région à hauteur de 526 euros par mois les quatre premiers mois, puis de 421 euros par mois. Le jeune obtient également une bourse - de la région - d’un montant de 957 euros mensuels.

Par ailleurs, dans le cadre de son action "2 000 parcours pour l’emploi" lancée avec des branches professionnelles, la Bourgogne a retenu la Fédération française du bâtiment (FFB) ainsi que la Confédération artisanale des petites entreprises du bâtiment (Capeb) pour mettre en oeuvre 200 parcours d’insertion dans leur secteur. L’opération repose sur des formations préqualifiantes et qualifiantes, visant à préparer des jeunes demandeurs d’emploi à ces métiers, grâce à un accompagnement et un apprentissage. L’objectif est d’insérer 80 % des bénéficiaires de ces parcours.

En Rhône-Alpes, le contrat d’aide et de retour à l’emploi durable (Cared), destiné aux jeunes mais pas uniquement, associe aussi formation et accompagnement financés par la région et période en entreprise. Mais seuls peuvent signer un accord avec la région les employeurs qui proposent un CDI ou un contrat à durée déterminée (CDD) de plus de six mois. En 2005, 1 700 Cared ont été conclus, dans le domaine du transport, des téléservices, dans la filière solaire, etc.

En région Centre, outre des aides aux employeurs qui recrutent des apprentis, un dispositif a été conçu pour lutter contre l’absentéisme des jeunes dans les centres de formation, qui peut pénaliser ensuite leur insertion. L’aide aux employeurs sera versée si le total des absences injustifiées (souvent liée à une interdiction faite au jeune par l’entreprise de suivre tel cours parce qu’elle a besoin de lui au travail) est inférieur à 10 % du temps de formation. Entre 10 % et 15 %, la prime est conditionnée par le "respect des objectifs pédagogiques du contrat d’apprentissage - qualité du parcours de formation et implication de l’entreprise dans celui-ci".

Plus modestes, mais souvent originales, des initiatives sont prises par des missions locales pour favoriser l’emploi des jeunes, en lien avec les régions. Celle de Nantes métropole, par exemple, a lancé en 2001 une opération pour répondre aux besoins des jeunes de quartiers défavorisés, en lien avec un organisme de formation, Motiv’action. Chaque année, une trentaine de jeunes entrent dans ce dispositif. L’action, d’une durée de dix mois, comporte des périodes en entreprise et un grand nombre d’activités (ULM, réalisation d’une fresque, passage du permis de conduire, etc.). L’organisme de formation assure un ramassage des jeunes chaque matin sur leurs quartiers d’habitation et se déplace immédiatement en cas d’absence non justifiée. Selon une étude commanditée par le conseil régional, qui finance le volet éducatif, depuis le début de ce programme, le taux de sortie vers un emploi, une formation ou un contrat aidé atteint 70 %. Cette action se poursuit en 2006 sur la base de la réalisation d’un projet humanitaire.

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