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Article de DIANE CAMBON .publié dans le Figaro le 20 juillet 2006

L’emprunt sur 50 ans à taux variable, dernière folie des Espagnols

jeudi 20 juillet 2006 par Diane Cambon
Pour les trentenaires, l’emprunt à très long terme est le seul moyen d’investir dans l’immobilier.

EN 2046, Isabel et Alfonso, deux trentenaires, auront achevé de payer leur appartement situé en plein centre de Madrid. Cette jolie blonde aura alors 75 ans et son mari 70 ans.

Natalia, une informaticienne de 29 ans, devra quant à elle attendre ses 79 ans bien sonnés pour ne plus avoir à verser chaque mois 673 euros, équivalent au remboursement de son crédit à 50 ans... Ce produit, dernier-né des banques et des caisses d’épargne espagnoles pour inciter les jeunes adultes à investir dans l’immobilier, connaît un franc succès.

Ces crédits hypothécaires d’un genre nouveau, exclusivement réservés aux moins de 35 ans, pourraient se révéler un cadeau empoisonné si, comme le met en garde la Banque d’Espagne, les taux d’intérêt poursuivent leur hausse. Car, pour la plupart des trentenaires, l’emprunt à très long terme et à taux variable reste la seule solution pour s’émanciper du cocon familial, sachant qu’un tiers des 30-35 ans vivent encore chez leurs parents. C’est le seul moyen pour eux d’accéder à un logement, dans un pays où le parc locatif est quasiment inexistant.

Les banques ont vite compris les avantages qu’ils pouvaient tirer de ces jeunes adultes. « Certes, ils n’ont presque pas d’apport personnel lorsqu’ils achètent leur appartement, mais ils ont le grand atout de disposer de plusieurs années de vie devant eux », commente un banquier de la caisse d’épargne basque BBK, premier établissement financier à avoir mis sur le marché, en 2005, le prêt immobilier à 50 ans.

D’autres banques, comme la BBVA et la Santander Central Hispano lui ont emboîté le pas en lançant les crédits sur 40 ans. Pour elles, ces clients sont pain bénit : rares sont les trentenaires engagés dans un crédit immobilier à vouloir changer de banque.

Les « mileurista » piégés par la hausse des taux Pour autant, Julio Rodriguez, ancien président de la Banque hypothécaire et économiste à la Banque d’Espagne, ne voit pas d’un bon oeil le développement de cette mode : « D’abord, c’est le signe qu’en Espagne l’accès au logement n’est pas facile. Ensuite, c’est un facteur de risque important pour les foyers et la consommation en général lorsque l’on sait que la dette des familles atteint déjà 600 milliards d’euros. »

Selon une étude récente de la Banque centrale, les Espagnols consacrent en moyenne 45 % de leur salaire brut au remboursement de leur crédit. Ce taux passe à 55 % à Madrid et 57,1 % au Pays basque, une des régions où la flambée des prix immobiliers a été la plus chaude.

Ces données sont d’autant plus préoccupantes que d’après l’Association hypothécaire espagnole, 98 % des crédits sont à taux variables, contre 33% en moyenne dans la zone euro. En 2006, il est déjà prévu que le remboursement d’un prêt moyen augmente de 680 euros.

La hausse des taux d’intérêt est la hantise de Natalia. Comme la plupart des trentenaire, elle fait partie des « mileurista » (payée 1 000 euros net par mois) et consacre plus de la moitié de son salaire à rembourser son crédit. « Sans l’aide de ma famille, je n’arriverais pas à joindre les deux bouts sauf à prendre un crédit sur 70 ans », ironise-t-elle.

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