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NICOLAS CORI | Libération le 1 septembre 2007

L’environnement finalement favorable à la fusion Suez-GDF

samedi 1er septembre 2007 par Nicolas Cori
Entreprise. Contre toute attente, les deux groupes seraient près d’un accord.

Au jeu de la langue de bois entre responsables, les journalistes n’avaient rien pigé. Mais les intéressés, eux, se sont compris. Et la fusion Suez-Gaz de France devrait se faire. C’est l’essentiel, non ? Jeudi, on avait assisté à un échange public entre Gérard Mestrallet, le PDG de Suez, et Nicolas Sarkozy, qui s’apparentait à un dialogue de sourds. Lors de la conférence de presse des résultats semestriels de Suez, le matin, Mestrallet avait affirmé qu’il confirmait la pertinence de sa stratégie consistant en « un développement simultané et durable de ses métiers de l’énergie et de l’environnement ». L’après midi, Sarkozy déclarait qu’il avait proposé à Suez « de fusionner ses activités énergétiques avec Gaz de France », ce qui supposait que « Suez fasse un choix stratégique en se spécialisant dans l’énergie ». Des points de vue irréconciliables ? Pas du tout. Selon des sources proches du dossier, la phrase de Sarkozy a en fait permis de tout débloquer. Explication et retours en arrière.

Mal parti. Avec l’élection de Sarkozy, le dossier de la fusion Suez-GDF - initiée par le précédent gouvernement, mais pas achevée - semblait mal parti. A une fusion avec un électricien, le nouveau président préférerait une alliance avec un producteur de gaz, pour privilégier l’indépendance énergétique de la France. Et les problèmes de valorisation financière compliquent tout.

A l’origine, il s’agissait de faire une fusion entre égaux, les actionnaires de Suez recevant un titre GDF ainsi qu’un dividende exceptionnel d’un euro par action, tandis que l’Etat devenait actionnaire à 34 % du nouveau groupe. Mais, ­entre-temps, la valeur de Suez a gonflé, plus que celle de GDF, et il faut revoir tous les calculs pour arriver à la « parité » ­recherchée. La négociation repart, sur de nouvelles bases.

Suez propose alors le versement d’un dividende exceptionnel plus important. Inacceptable selon Sarkozy, qui se voit mal annoncer aux syndicats de GDF que la fusion va enrichir les actionnaires de Suez de plusieurs milliards d’euros. L’Élysée fait une contre-proposition : Suez doit céder sa filiale environnement. Ce qui permettrait de faire baisser mécaniquement sa ­valorisation. Cette fois-ci, c’est Mestrallet qui dit non. Le ­patron de Suez tient à sa filiale eau et propreté, qui réalise de confortables bénéfices (1,1 milliard de résultat brut d’exploitation au premier ­semestre). Et il considère comme un atout de pouvoir offrir aux collectivités et aux entreprises toute une palette de ­services, du ramassage des déchets à la production d’énergie.

A la mi-août, c’est donc le blocage complet. Et puis Mestrallet va être le premier à céder. Le 21 août, il écrit une lettre à l’Elysée, où il évoque une cession partielle du pôle environnement. Soit une mise en bourse de l’activité, mais avec Suez restant le premier actionnaire. Pourquoi un tel revirement ? Certains évoquent l’influence d’Albert Frère, premier actionnaire de Suez, avec 9,5 % du capital. Le financier belge est un proche de Sarkozy, et il a été très actif dans la négociation. Mais surtout, Mestrallet a capitulé parce qu’il tient à la fusion, un projet sur lequel ses équipes ont travaillé pendant des mois, et qu’il n’a pas de stratégie de rechange. « Paris vaut bien une messe », résume un proche du dossier.

Restait à attendre la réaction de l’Elysée. Ce qui a pris du temps. Jeudi matin encore, rien ne semblait décidé. Ainsi David Martinon, le porte-parole de l’Élysée, marchait sur des œufs quand on lui demandait ce qu’allait faire Sarkozy. « En général, le Président est assez prompt à prendre des décisions. Si ça dure c’est que c’est difficile », lançait-il. D’où, au même moment, les formulations alambiquées de Mestrallet pendant sa conférence de presse. Et puis, en début d’après midi, Sarkozy a pris sa décision. A l’université du Medef, il a lu ces quelques petites phrases qui ont tout changé. Certes, il demandait à Suez de se « spécialiser dans l’énergie », mais il ne disait rien du sort de la branche environnement, c’était là l’important. Il était donc d’accord pour que Suez en garde une partie. « C’était le signal que Mestrallet attendait, confie une source proche du dossier. Il a alors fait savoir qu’il était prêt à négocier à partir de cet accord de principe. »

La discussion - prévue pour durer tout le week-end - doit maintenant régler les détails financiers et le calendrier.

Sans langue de bois. A priori, Suez devrait dans un premier temps mettre en bourse 50 à 60 % de Suez Environnement, en restant au-dessus de la minorité de blocage (à 33 %), de quoi éviter une prise de contrôle hostile. Le groupe aurait aussi l’assurance de garder le contrôle du management. Dans un deuxième temps, Suez Energie devrait fusionner avec GDF, pour former un groupe intégré dont l’Etat sera le premier actionnaire avec une participation d’au moins 34 %. Les liens entre GDF-Suez - sans doute le futur nom de ce groupe - et Suez Environnement restent à clarifier.

Mais une fois un accord trouvé sur tous ces sujets, il restera encore un bon bout de chemin à parcourir avant que la fusion se concrétise. Les actionnaires de Suez et la Commission européenne, notamment, devront donner leur avis. Et ils demanderont à avoir un projet clair, sans langue de bois.


Un dossier qui date de février 2006

25 février 2006 : Dominique de Villepin annonce le projet de fusion entre Suez et Gaz de France.

8 novembre 2006 : Le projet de loi permettant la privatisation de GDF est adopté par le Parlement.

30 novembre 2006 : Le Conseil constitutionnel repousse la fusion au 1er juillet 2007.

7 juin 2007 : Fillon évoque « d’autres options » possibles.

30 août 2007 : Sarkozy souhaite que Suez se « spécialise dans l’énergie ». La discussion reprend sur ces bases

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