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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 12 octobre 2005

L’envolée des cours de l’or noir dope les investissements de l’industrie parapétrolière

mercredi 12 octobre 2005 par Jean-Michel Bezat

Un baril de pétrole brut à 53 dollars en moyenne sur les neuf premiers mois, des cours du gaz naturel qui s’envolent, l’arrivée à maturité de nombreux champs pétrolifères, la saturation des capacités de raffinage à travers le monde, les cyclones qui ont frappé le golfe du Mexique : de nombreux facteurs se sont conjugués, depuis 2004, pour faire des heureux dans l’industrie parapétrolière, un secteur d’activité cyclique soumis à des coups de tabac comme à des embellies.

L’heure est à l’embellie. En 2005, les investissements dans l’exploration-production des hydrocarbures "devraient poursuivre leur croissance pour atteindre 170 milliards de dollars -142 milliards d’euros- , soit une hausse de 13 %", indique la direction des études économiques de l’Institut français du pétrole (IFP) dans son étude annuelle sur le secteur, publiée lundi 10 octobre. Et pour 2006, la croissance devrait encore atteindre "8 % à 10 %" (à 185 milliards).

C’est aux parapétrolières que les majors (ExxonMobil, BP, Shell, Total, Eni...) et les compagnies nationales commandent terminaux pétroliers et gaziers, plateformes offshore, installations sous-marines, outils de forage et appareils d’imagerie en 3D. Très éclaté, le secteur compte cependant des géants comme le franco-américain Schlumberger (11,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans l’ingénierie-construction pétrolière), les américains Fluor (9,4 milliards), Halliburton (8 milliards) et Baker Hughes (6,1 milliards), le français Technip (6,1 milliards) et l’italien Saipem (5,2 milliards).

Cette année, les trois principaux marchés profitent de cette hausse. La géophysique (pour la découverte des réservoirs) a augmenté de 17 % depuis janvier, notamment dans l’offshore (+ 30 %), hors Chine et ex-URSS. Le forage se développe aussi, puisqu’après la hausse de 2004, près de 83 000 puits seront creusés cette année (plus des deux-tiers en Amérique du Nord), soit 22 000 de plus qu’en 2002. Enfin, l’activité de construction en mer de plates-formes fixes ou flottantes repart.

Dans l’offshore, les coréens Hyundai et Samsung se développent et deviennent de plus en plus concurrentiels, note l’étude, qui remarque que les firmes chinoises restent encore concentrées sur leur marché domestique. En revanche, leur montée en puissance est très nette sur les marchés de la géophysique et du forage, souligne Nathalie Alazard-Toux, directrice des études économiques de l’IFP.

Le secteur aval redémarre, les annonces de construction ou d’extension de raffineries entre 2006 et 2010 portant sur une capacité de 2,1 millions de barils supplémentaires par jour. Le dynamisme vient d’Asie (45 % des investissements), alors que les grands projets sont encore rares aux Etats-Unis, malgré les appels de George Bush à une relance du secteur. "On risque d’avoir une situation tendue pendant les cinq années qui viennent, a prévenu Olivier Appert, président de l’IFP, lors de la présentation de l’étude. Et le niveau élevé des prix du pétrole ne s’explique pas par un manque de brut ­ il y en a même trop ­ mais par un problème de qualité de brut."

Quant à l’industrie pétrochimique, elle est entrée "dans un cycle ascendant" , notent les auteurs de l’étude. Ses dépenses devraient atteindre 60 milliards de dollars, mais "la pétrochimie européenne se révèle de moins en moins compétitive sur le marché mondial", les prix élevés des matières premières et ses coûts de production la désavantageant par rapport à l’Arabie saoudite et aux pays d’Asie.

Les moteurs de croissance du secteur parapétrolier sont nombreux : le développement du gaz naturel, qui impose la construction d’unités de liquéfaction et de regazéification, ainsi que de méthaniers ; l’extraction des hydrocarbures à grandes profondeurs d’eau ; la valorisation des pétroles extra-lourds du Canada et du Venezuela ; le traitement de bruts de plus en plus lourds et soufrés.

L’importance des contrats est à la hauteur des enjeux. Le français Technip et le japonais Chiyoda viennent ainsi de signer avec le qatariote Rasgas un contrat de 4 milliards de dollars pour un projet de liquéfaction de gaz naturel au Qatar, le deuxième producteur mondial. Ce regain d’investissements signifie-t-il l’émergence d’un deuxième âge d’or du pétrole ? Au moment où les ressources commencent à s’épuiser, il révèle surtout le souci des pays producteurs et des compagnies d’exploiter au mieux les réserves connues. Et d’en trouver coûte que coûte de nouvelles, comme en témoigne par exemple le boom des locations de plates-formes en mer du Nord. A plus de 60 dollars le baril, ces investissements sont rentables.

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