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Laetitia Clavreul | Le Monde le 02.04.2008

L’essor des agrocarburants divise le monde agricole

mercredi 2 avril 2008 par Laetitia Clavreul

En recevant Nicolas Sarkozy au congrès de la FNSEA, mercredi 2 avril, les responsables du syndicat agricole ne manqueront pas de lui rappeler qu’ils aimeraient plus d’engagement politique sur les agrocarburants. Les producteurs de blé, de betteraves ou de colza se sont impliqués dans le développement de ce qu’on présentait comme un fabuleux débouché pour l’agriculture française, mais ces carburants font aujourd’hui l’objet de sévères critiques. Leur efficacité économique, énergétique et environnementale est mise en cause, et le danger qu’ils font peser sur l’alimentation dénoncé.

L’idée d’un moratoire fait débat et le premier ministre de Slovénie, qui préside l’Union européenne, a affirmé que l’objectif européen d’incorporation d’agrocarburants (10 % en 2020) pourrait être révisé. L’industrie française, lancée grâce aux plans Raffarin et Villepin qui avaient vu le pays opter pour la construction d’une vingtaine d’usines, fait face à un gouvernement plutôt silencieux.

"Nous avons besoin de visibilité", explique Philippe Tillous-Borde, directeur de Sofiprotéol, le bras financier de la filière colza et tournesol, qui a investi plus de 500 millions d’euros en deux ans et compte sept usines de biodiesel. "Maintenant, notre stratégie, c’est d’optimiser notre outil de production", explique-t-il, se disant prêt à ce que l’accent soit mis sur des critères de durabilité.

"ARRÊTER LES BÊTISES"

Pour le bioéthanol, 1 milliard a été investi par les différents acteurs. Chez Tereos, on attend que le gouvernement ne modifie pas les règles du jeu, notamment en réduisant la défiscalisation. La coopérative dispose de cinq usines et estime que la poursuite de son développement dans l’éthanol devrait plutôt s’opérer au Brésil.

Mais, au sein même du monde agricole, il y a débat, et les opposants aux agrocarburants se réjouissent de voir leurs arguments aujourd’hui confortés. "Au gouvernement de reconnaître les erreurs de ses prédécesseurs", écrivait dernièrement la Coordination rurale, s’alarmant du sort des clients de la France, comme l’Egypte ou l’Algérie, qui ne recevront plus autant de blé.

La Confédération paysanne, elle, mène le combat sur le plan du bilan énergétique et environnemental. "Maintenant, il faut arrêter les bêtises", plaide Régis Hochart, son porte-parole. Pourtant favorable aux agrocarburants au départ, il s’alarme de leur impact sur les prix au niveau mondial mais aussi en France, où les élevages sont plombés par la hausse de l’alimentation du bétail. Les agriculteurs qui ont passé des contrats pour fournir les usines y perdent, estime en outre le syndicat. Surtout ceux qui livrent l’usine Tereos de Lillebonne (Seine-Maritime) et qui se sont engagés sur cinq ou dix ans, à un prix du blé deux fois moins élevé qu’aujourd’hui.

Soufflet, un groupe privé qui compte payer les agriculteurs au prix du marché a eu de la chance. La construction de ses usines ayant pris du retard, il ne s’est pas encore lancé.

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