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Un article de Maxime Mamet paru dans l’Humanité du 4 aout 2005

L’état à côté de la plaque

jeudi 4 août 2005 par Maxime Mamet
Pour Pierre Concialdi, chercheur à l’IRES, ces nouvelles mesures vont plonger les plus précaires dans un « cercle vicieux » de la pauvreté.

C’est une étude qui tombe à pic... Dans la lettre de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) de juillet, plusieurs chercheurs pointent du doigt le lien entre la précarisation des contrats de travail et l’explosion du nombre de travailleurs pauvres. Cette enquête qualitative a été réalisée à partir d’entretiens d’acteurs sociaux concernés par la question et de témoignages de travailleurs d’Île-de-France. Elle montre que les travailleurs pauvres ou proches du seuil de la pauvreté peuvent rentrer dans un « cercle vicieux ».

Il est facile de devenir travailleur pauvre. Temps partiel, SMIC, précarité, un seul revenu dans le foyer et une famille à nourrir... Beaucoup de facteurs qui peuvent diminuer les revenus du foyer et ainsi les faire toucher le seuil de pauvreté. Les politiques gouvernementales successives d’encouragement de la création d’emplois à bas salaire et d’incitations à la flexibilité du marché du travail ont sans doute contribué à renforcer ce phénomène. Cette pauvreté laborieuse sévit dans une société qui ne s’est pas adaptée à elle. En effet, ces travailleurs sont pris entre deux feux, l’accès au logement et l’accès à l’emploi. D’un côté, les bailleurs qui les considèrent comme des « personnes à risque » et donc qui sont réticents à louer des logements à des salariés sans emploi stable ou à faible revenu. De l’autre, les employeurs qui exigent un logement stable pour postuler à un emploi. Le « cercle vicieux » est là : pas de logement, pas d’emploi, vice versa...

Les nouvelles mesures du premier ministre Dominique de Villepin peuvent-elles faire sortir ces travailleurs ou chômeurs de ce type de situation ? « Je ne vois pas comment on peut espérer apporter une réponse au chômage ou aux travailleurs pauvres en développant ce type de politique », déclare Pierre Concialdi, un des auteurs du rapport de l’IRES. « Multiplier des contrats nouvelles embauches (CNE) qui ne vont pas donner de sécurité aux travailleurs, cela ne peut que réancrer davantage ces travailleurs dans le cercle vicieux. D’un côté, nous avons des pouvoirs publics qui encouragent la précarité de l’emploi et, de l’autre, des bailleurs qui exigent de leurs locataires des revenus stables, c’est-à-dire précisément ce qu’on leur refuse sur le marché de l’emploi », ajoute-t-il. En fait, il est à craindre qu’avec ce genre de mesure M. de Villepin prenne « le risque d’en créer encore un peu plus ».

Pour Pierre Concialdi, les solutions à apporter pour sortir de l’ornière dépendent « du diagnostic que l’on porte sur la situation ». Selon lui, « les politiques publiques d’emplois sont contre-productives car elles tendent à accentuer la précarité plus qu’à la résorber et qu’elles n’ont pas d’impact sur le chômage ». Les nouvelles politiques devraient se fonder sur « deux leviers ». Une revalorisation « substantielle » du SMIC semble la première mesure à prendre, « lorsque l’on calcule le niveau de vie d’un smicard, même à temps plein, il est au voisinage du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, avec un SMIC à temps plein, même célibataire, il y a un risque de pauvreté ». Deuxième acte, « revenir sur les politiques d’exonérations sociales sur les bas salaires, qui représentent plus de la moitié des salariés » afin de trouver de l’argent pour la formation notamment et de ne plus inciter les entreprises à employer des travailleurs non qualifiés.

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