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Un artticle de Julie Desné paru dans le Figaro du 23 avril 2005

L’étroite dépendance de la Chine

samedi 23 avril 2005 par Julie Desné

Dans la banlieue de Shanghaï, une fumée noire sort de toutes les cheminées. Ici, comme partout en Chine, l’essentiel de l’électricité provient de centrales au charbon qui assombrissent chaque jour un peu plus le ciel qui surplombe la capitale chinoise des affaires. Derrière les 9,5% de la croissance, il y a une autre progression fulgurante. La consommation de charbon du pays devrait grimper en 2005 de 6%, selon l’Association de l’industrie du charbon en Chine. Les 2,1 milliards de tonnes ainsi consommées suffiront à peine à assouvir les besoins du monstre chinois qui fait déjà face à des pénuries « importantes », à en croire Zheng Jingping, le porte-parole du Bureau national des statistiques.

Grand consommateur de matières premières, l’empire du Milieu assure 70% de ses besoins énergétiques grâce au charbon. Et si les autorités multiplient les efforts pour réduire cette proportion, elle sera encore de 60% en 2010 et de 50% en 2050, selon une étude conduite par des scientifiques chinois. Or la production annuelle chinoise - 1,96 milliard de tonnes de charbon - ne suffit pas à répondre à la demande domestique. Demande qui ne va cesser de croître, puisque la moitié du charbon est absorbée par la production d’électricité. Les besoins électriques de la Chine devraient encore augmenter cette année de 13%, à 2 456 milliards de kilowattheures.

La Chine dépend donc toujours davantage du charbon étranger. Les cent millions de tonnes supplémentaires que devraient produire cette année de nouvelles mines ne suffiront même pas à entamer de façon significative cette vulnérabilité. Mais Pékin travaille sur le long terme. Le gouvernement central multiplie les lancements de projets pour diversifier ses sources d’énergie. Quarante centrales nucléaires seront construites dans les 15 prochaines années. Des centrales hydroélectriques voient le jour. Et le Parlement a voté, début mars, une loi, favorisant le développement des énergies renouvelables.

Reste qu’avant que la part du charbon ne recule dans la consommation énergétique de la Chine, Pékin pourrait payer le prix fort de ce choix énergétique. Sur le plan environnemental d’abord. Le charbon est l’énergie la plus polluante, à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, le pays détient un triste record : il abrite au moins six des dix villes les plus polluées de la planète. Les problèmes respiratoires et les cancers se développent. A l’approche des Jeux olympiques à Pékin en 2008, ces questions d’environnement et de santé commencent à devenir embarrassants pour les dirigeants.

Mais, en attendant, le tribut est aussi lourd sur le plan humain. Au moins 6 000 mineurs ont trouvé la mort en 2004. Et ces chiffres ont augmenté de 20% pour le seul premier trimestre 2005, avec 1 113 morts. L’appétit sans limite de l’économie pousse les industriels à la surexploitation des mines, aux dépens des règles les plus élémentaires de sécurité. D’autant que beaucoup de mineurs, anciens paysans recyclés, ne les connaissent pas. Les mines chinoises sont aujourd’hui les plus meurtrières du monde.

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