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Loan Nguyen | L’Humanité.fr du 29/06/2012

L’heure de la confrontation a sonné chez PSA

samedi 30 juin 2012 par Loan Nguyen
Alors que la menace d’une fermeture se rapproche pour l’usine d’Aulnay-sous-Bois, 1 500 ouvriers de PSA, venus de tous les sites, ont fait front jeudi, en manifestant pour défendre l’emploi à l’appel de tous les syndicats. L’État interpellé.

Avenue de la Grande-Armée, la force de frappe, c’était eux. Devant le siège du géant automobile à Paris, où se tenait jeudi un comité de groupe européen, 1 500 salariés de PSA, tous syndicats confondus, s’étaient unis dans un seul cri de colère, à en faire trembler les vitres exposant les charmes des derniers modèles soigneusement lustrés  : « Non à la fermeture d’Aulnay  ! » Au-delà de la CGT, de la CFDT, du SIA (Syndicat indépendant de l’automobile) et de SUD, mobilisés depuis des mois, FO, la CFTC et la CFE-CGC, jusque-là absentes de la lutte, s’étaient décidées à manifester, poussées par l’inquiétude grandissante des salariés, alors que tout mène à croire que le couperet de l’annonce de la fermeture devrait tomber fin juillet (voir encadré). «  Pendant la campagne présidentielle, il y avait des réunions avec le gouvernement. Mais maintenant, ça se voit clairement que ça va fermer », estime Radia, ouvrière à la chaîne depuis 2004 et syndiquée CFTC.

Une riposte unanime : « on n’est pas d’accord  ! »

Venus de Sochaux, mais aussi de Vesoul, Poissy, Rennes, Valenciennes, Hordain, et même d’Espagne et d’Allemagne, de nombreuses délégations d’ouvriers du groupe PSA avaient fait le déplacement pour joindre leurs forces à celles de leurs collègues menacés de Seine-Saint-Denis. «  On entend qu’à partir de septembre, à Mulhouse, ils vont augmenter la production de la 208, pour transférer la production de la C3 d’Aulnay à Poissy, on n’est pas d’accord  !  », s’insurge Farid Borsali, délégué CGT de l’usine de Poissy, loin de se réjouir d’une montée en cadence synonyme d’étranglement d’Aulnay. À la mise en concurrence des salariés que tente d’imposer la direction de PSA en surchargeant certains sites pour en fermer d’autres, les ouvriers mobilisés répliquent par une solidarité de classe. «  On veut faire passer le message à nos patrons qu’ils peuvent passer des alliances entre eux. Nous, les travailleurs, on sait aussi faire des alliances entre nous  !  » lance Jean-Pierre Mercier, délégué CGT central adjoint.

Une mise en garde à l’adresse des directions de PSA et de General Motors, dont le partenariat s’annonce mortifère non seulement pour Aulnay, mais aussi pour l’usine Opel de Bochum (voir ci-contre), et pose de sérieuses menaces aux sites PSA de Rennes, Sevelnord (Hordain) et Madrid. «  Si on sait que le site d’Aulnay est le premier sur la liste, tous nos sites sont sur la liste, parce que la famille Peugeot sait qu’elle gagnerait plus d’argent en surexploitant les salariés des pays low-cost », insiste le représentant CGT au Comité de groupe européen Bruno Lemerle.

Pendant que les projecteurs sont braqués sur Aulnay, la direction de PSA s’affaire aussi à dégraisser ailleurs. «  À 
Sevelnord, un nouveau partenariat tel qu’il existe aujourd’hui – à 50/50 avec Fiat – n’est plus à l’ordre du jour  », explique 
Ludovic Bouvier, délégué CGT sur le site de Hordain, craignant pour la pérennité de l’emploi, alors que les véhicules montés pour le constructeur italien, qui a prévu de se retirer d’ici à 2017, représentent 20 % de la production du site. Et PSA profite de ce contexte inquiétant pour tenter d’imposer des reculs  : «  La direction nous dit que si on n’accepte pas ses accords de compétitivité, qui ont pour but de geler les salaires pendant au moins deux ans, de geler les carrières, de remettre en cause les 35 heures avec une flexibilité à outrance, il y aura des menaces sur l’emploi  », affirme Ludovic Bouvier, convaincu que, d’une manière ou d’une autre, PSA veut «  vider l’entreprise  ». «  En 2007, on était quasiment 4 000 [contre 2 700 aujourd’hui – NDLR], ils encouragent les salariés à partir dans d’autres boîtes de la métallurgie avec des plans de mobilité externe. Il y a même des antennes de Pôle emploi qui s’installent dans l’entreprise  », décrit-il.

Venu de l’usine de La Janais à Rennes, avec une cinquantaine de collègues, le délégué CGT Michaël Gallais rappelle que la possibilité que PSA confie la remplaçante de la C5, originellement destinée à Rennes, à un site Opel, menace aussi le site breton. «  On nous dit qu’on aura une annonce en octobre, mais on n’en connaît pas la teneur  », explique-t-il, inquiet. «  On a perdu 6 000 emplois depuis 2004. On chôme une semaine par mois depuis janvier, et dès septembre, on va fonctionner en chômage tournant, alors qu’on monte deux véhicules. On se demande ce que ça sera si on n’en monte plus qu’un  », s’interroge le syndicaliste.

Face à la multiplication des attaques patronales, les ouvriers de PSA exigent de l’État qu’il «  prenne ses responsabilités  », comme le souligne Bruno Lemerle, mais ils rappellent que c’est surtout leur capacité à se mobiliser qui sera déterminante pour pousser le gouvernement à intervenir.

Un CCE déterminant pour l’emploI avant fin juillet

Si le PDG du groupe, Philippe Varin, refuse encore d’annoncer la mise à mort de l’usine d’Aulnay-sous-Bois et de ses 3 500 emplois, il a, jeudi, encore multiplié les signaux dans cette direction. Comme le laissait craindre l’ajout d’une semaine chômée aux congés d’août – pour juguler toute mobilisation –, la probabilité que le couperet tombe fin juillet pour une fermeture effective à l’horizon 2014 s’est encore précisée. Passé maître dans l’art de la périphrase, Philippe Varin 
a fixé la tenue d’un comité central d’entreprise extraordinaire avant fin juillet, précisant que «  c’est dans le cadre d’une instance comme le CCE qu’une décision comme celle-ci (une annonce de fermeture – NDLR) peut être prise  », ajoutant qu’«  un certain nombre 
de dispositions sont à prendre vis-à-vis des autres établissements, entre autres celui de Rennes, mais aussi de nos autres 
sites industriels, de nos sites de recherche et développement  ».


"On peut faire autrement  !" chez PSA propose la CGT

Ralentir les cadences plutôt qu’imposer du chômage partiel. C’est l’une des propositions avancées par la CGT pour faire face à la crise.

Avec 588 millions d’euros de bénéfices en 2011 et, selon certains experts, des perspectives de reprise du marché automobile européen dès 2014 – prévision d’embellie que la direction de PSA n’est pas très prompte à mettre en avant, préférant insister sur le recul des ventes de 6,8 % au niveau européen en 2011 –, le mastodonte Peugeot-Citroën n’est pas exactement à l’article de la mort. Pourtant, en plus des menaces qui pèsent sur plusieurs usines à l’horizon 2014, 6 000 postes doivent déjà être supprimés en Europe d’ici à fin 2012. «  Nos propositions prennent complètement le contre-pied de ce que fait PSA actuellement  », insiste Jean-Pierre Mercier, délégué CGT central. «  À partir du 28 août, pendant que la direction sera en train de mettre en place un atelier vendredi-samedi-dimanche à Poissy pour faire tourner l’usine sept jours sur sept, ils nous imposeront une semaine de chômage à Aulnay  », illustre-t-il.

Une première mesure prônée par la CGT serait d’augmenter substantiellement l’ensemble des salaires pour relancer la consommation. Mais, même dans une conjoncture de demande en berne, le délégué syndical préconise de répartir la production sur l’ensemble des usines du groupe, au lieu d’en surcharger certaines – comme c’est le cas pour Sochaux, Mulhouse ou Poissy – au détriment d’autres, condamnées petit à petit à la fermeture. Pour s’adapter au volume de la demande, une baisse des cadences lissée dans le temps, sans perte de salaire, est également possible au lieu de l’alternance absurde chômage partiel/heures supplémentaires ou augmentation des cadences à des rythmes infernaux. «  C’est comme ça que ça se passait dans les années 1980  : les anciens ne connaissaient pas les semaines de chômage  !  » rappelle Jean-Pierre Mercier. Le syndicat propose aussi la mise en place d’une préretraite-pénibilité, compensée par l’embauche des précaires en CDI. Il insiste aussi pour que l’État joue son rôle, ne serait-ce qu’en faisant respecter les accords APLD (activité partielle de longue durée), qui conditionnent l’indemnisation du chômage partiel par l’État à un maintien des emplois concernés par ces accords.


Marie-George Buffet :"PSA doit puiser dans ses dividendes"

Alors que le gouvernement hausse le ton contre le constructeur automobile pour qu’il précise le sort réservé à plusieurs de ses usines en France, dont celle d’Aulnay-sous-Bois où 3 500 emplois sont menacés, la députée de Seine-Saint-Denis dénonce l’attitude du ministère du Redressement productif : "Le rôle de ce ministère ne peut pas être d’organiser des tables rondes qui n’ont pas de suite."

«  D’abord, je voudrais dénoncer l’attitude 
de la direction qui, depuis plus d’un an maintenant, joue 
au chat et à la souris. Tout se passe comme si elle 
attendait la veille des vacances, fin juillet, pour annoncer 
la fermeture. Ce refus de dialogue social, de débattre sur 
les solutions pour PSA Aulnay est inacceptable. 
Les syndicats posent deux questions  : le maintien 
de la production de la Citroën C3 dans sa totalité 
et l’obtention d’un véhicule de remplacement ensuite. L’objectif pour les élus doit être celui-là  : maintien 
des emplois et de la vocation industrielle du site. Toute attitude consistant à attendre l’annonce de la fermeture pour envisager une reconversion est inadmissible.

En tant que députée, j’ai été reçue, avec d’autres, 
au ministère du Redressement productif. Le lendemain, Arnaud Montebourg devait rencontrer le PDG de PSA. 
Mais ni le préfet, ni les élus, ni les syndicats n’ont été informés du contenu de cette rencontre. Le rôle de 
ce ministère ne peut pas être d’organiser des tables 
rondes qui n’ont pas de suite. Il faut qu’il soit aux côtés 
des syndicats face aux directions pour que s’ouvre 
un dialogue social sur les alternatives industrielles. Il faut ensuite légiférer pour que les licenciements soient interdits dans des entreprises qui ont distribué, l’année précédente, des dividendes à leurs actionnaires. C’est le cas de PSA, même s’il est l’un des groupes automobiles à avoir le moins délocalisé. En cas de difficultés passagères, du fait 
de la crise du pouvoir d’achat, il doit puiser dans 
les dividendes pour maintenir l’emploi. Les députés 
du Front de gauche redéposeront prochainement 
une proposition de loi contre les licenciements boursiers. Enfin, une politique de relance par la consommation 
est nécessaire avec une véritable augmentation du Smic permettant une revalorisation généralisée des salaires.  »

L’État hausse le ton contre contre PSA.

Dans une lettre adressée vendredi au président du directoire de PSA, Philippe Varin, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, demande que "la direction fasse connaître ses intentions au plus vite et de façon précise". Il demande aussi d’"engager sans délai le dialogue social, et d’en faire une arme collective pour affronter vos éventuelles difficultés dans le respect de vos salariés". Arnaud Montebourg a nommé Emmanuel Sartorius comme expert gouvernemental pour mieux comprendre la situation réelle de l’entreprise. Il "doit permettre au gouvernement, au groupe PSA et aux salariés d’avoir une vision précise de la situation du groupe et des solutions que nous pourrions envisager en fonction de l’état réel de l’entreprise", selon le ministère. "Pour le moment, PSA ne nous a pas fourni les éléments nécessaires permettant de juger de la santé du groupe", ajoute le ministère.

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