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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 06.02.2009

L’impact écologique des grands barrages reste à améliorer, selon les ONG

dimanche 8 février 2009 par Jean-Michel Bezat

Dès qu’elles ont eu vent du projet de barrage à Sao Salvador (Brésil), des dizaines de familles pauvres ont afflué vers cet eldorado et se sont installées le long de la rivière Tocantins. Pourtant, le plateau du Cerrado, planté d’arbres maigrichons et parcouru de troupeaux en semi-liberté, n’avait rien à leur offrir. Rien, sinon les dédommagements que les constructeurs accordent aux riverains victimes de la construction de ces grands ouvrages. Parfois, même quand ces sans-terre n’y ont pas vraiment droit.

Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. Jeudi 5 février, le président du Brésil devait inaugurer cet ouvrage de 241 mégawatts (MW) construit par un consortium brésilien et GDF Suez. Luiz Inacio Lula da Silva n’a pas d’états d’âme : la consommation d’électricité progresse de 5 % par an et il privilégie le développement économique. Par ailleurs, Sao Salvador n’est pas au nombre des projets épinglés par les écologistes du fait de mauvaises pratiques.

"Il y a un impact négatif, mais nous avons oeuvré pour le réduire, en partenariat avec les municipalités et les associations. Et en allant au-delà des lois et règlements du pays", assure Gil Marannao, directeur du développement de GDF Suez Energy Brazil. Suez a mobilisé 37 millions d’euros (sur un coût de 307 millions) pour un programme environnemental qui doit servir d’exemple (réduction des gaz à effet de serre émis par le lac de retenu, relogement des familles, protection de la biodiversité...).

Pour les groupes français comme EDF, GDF Suez ou Alstom, qui clament leur engagement en faveur du développement durable, ces "éléphants blancs" sont un enjeu pour leur image, pressés qu’ils sont par certains gouvernements, les organisations non gouvernementales (ONG) et la Banque mondiale. "Des normes internationales se mettent en place, et le poids de la société civile se renforce, même en Chine et en Inde, se félicite Sébastien Godinot, des Amis de la Terre. Mais le point négatif, c’est que les projets sont de plus en plus gros et leur impact environnemental de plus en plus lourd."

Les promoteurs de barrages y consacrent une part substantielle de leurs investissements, variable selon l’implantation et les populations. "Il est de plus de 12 % à Sao Salvador", calcule M. Marannao, mais il peut descendre à 6 %, comme à Jirau (3 300 MW), projet phare de Suez au Brésil, ou monter à plus de 20 %. En 2005, le lancement au Laos par EDF du projet Nam Theun 2 (1 070 MW) sur un affluent du Mékong, a marqué le retour de la Banque mondiale - après le rapport critique de la Commission mondiale des barrages sur leur impact négatif. "Sans son feu vert, nous n’y serions pas allés", affirme le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix. Pilote du consortium international, la société a dû répondre à un strict cahier des charges, et dépenser plus de 100 millions d’euros (10 % du projet) pour protéger des populations fragiles et la biodiversité de la région. "Il en faudrait trois fois plus, surtout pour les 80 000 personnes affectées en aval", assure M. Godinot.

UN ÉNORME POTENTIEL

La Coface (assurance-crédit à l’export) est de plus en plus vigilante. Elle n’a pas cautionné le projet de barrage de Merowe (Soudan), dont Alstom est un fournisseur important, "en raison du manque de transparence et d’études d’impact insuffisantes", estiment Les Amis de la Terre. Les banquiers sont aussi sous haute surveillance des ONG. Sur le projet turc d’Ilisu (1 200 MW), Ankara n’a pas respecté les 150 recommandations prévues : 70 000 personnes (en majorité kurdes) risquent d’être brutalement déplacées, des sites archéologiques engloutis... Après les agences de crédit allemande, autrichienne et suisse, la Société générale devrait se retirer. "BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale travaillent sur des normes, mais n’ont rien mis en place", regrette M. Godinot, qui les juge en retard sur HSBC ou Dexia.

L’hydroélectricité représente un énorme potentiel énergétique dans les pays émergents. A lui seul, le Brésil pourrait multiplier par trois ses capacités et ajouter 240 000 MW supplémentaires, note Dirk Beeuwsaert, directeur général adjoint de GDF Suez.

Patron du secteur hydroélectrique d’Alstom, Philippe Cochet estime que "70 % du potentiel hydroélectrique mondial n’est pas exploité", mais qu’il ne pourra l’être qu’en respectant les règles. Les firmes exploitant ces usines hydroélectriques devront aussi gérer l’après durant de longues années. C’est la menace la plus lourde, même si ces barrages apportent de l’électricité. Et, avec elle, des promesses de développement.


Les grands barrages

Définition internationale Ce sont les ouvrages de plus de 15 mètres de hauteur dont le réservoir contient au moins 3 millions de m3 d’eau.

Les projets En 2009, 1 201 ouvrages sont en construction selon la Commission internationale des grands barrages. Ils devraient accroître de 19 % la capacité hydroélectrique mondiale. Chine, Inde, Brésil, Japon et Turquie offrent les plus grands potentiels.

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