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Article de Lucy Bateman paru dans L’Humanité le 27 novembre 2006

L’inquiétude des sous-traitants de VW

lundi 27 novembre 2006 par Lucy Bateman
Belgique . Chez les sous-traitants du constructeur allemand Volkswagen, installés aux environs de l’usine de Forest, les salariés craignent d’être oubliés et réclament des conditions de licenciement identiques.

À un jet de pierre des grilles de Volkswagen, à Forest, derrière la mairie, la petite usine Schedl occupe quelques dizaines de mètres de la rue Marguerite-Bervoets. Avec ses 38 salariés, elle joue un rôle essentiel dans la production de la Golf, que VW veut rapatrier en Allemagne : le montage et l’équilibrage de 500 roues par jour. Ce petit sous-traitant, promu « meilleur fournisseur » de l’année 2005 par VW, a cessé le travail vendredi soir : à Forest, VW est son unique client. La semaine dernière, les salariés ont été payés normalement. Cette semaine, « tout dépendra de ce qui se passera chez VW », croit savoir José Arias Fernandez, délégué CSC (le syndicat chrétien).

Les 32 ouvriers ne sont pas en grève, mais ils ont monté un piquet et occupent leur usine : sous une bâche bleue, des chaises, une petite télévision, des provisions déposées par les habitants du quartier. Après avoir passé quelques jours cachés par l’ombre écrasante de l’usine Volkswagen, ils sont allés tirer par la manche une équipe de la RTBF (radio télévision) installée devant les grilles du géant allemand, pour l’alerter sur leur sort. « Ici, les conditions de travail sont terribles », raconte José Arias Fernandez. « Des pneus à déplacer à la main, des jantes très lourdes, en trois équipes tournantes, avec des salaires qui ne dépassent pas 1 200 euros, prime comprise ». Alain : « C’est trop facile de nous jeter après nous avoir fait travailler dans des conditions aussi dures. » Brahim : « Volkswagen nous a pressés continuellement : on nous a demandé de nous adapter, de travailler le week-end. On l’a fait. » Les ouvriers veulent « une indemnité », et ne comptent que sur eux-mêmes : « Les sous-traitants ont été séparés, ils n’ont pas les moyens de faire des choses ensemble, même si on est dans la même merde », regrette José Fernandez.

« La sous-traitance a été développée depuis une dizaine d’années pour baisser les coûts, et briser le pouvoir syndical », constate Guy Heyrman, secrétaire de la FGTB - Metal flamande (syndicat socialiste). « Plus on est près de la source, du donneur d’ordre, meilleurs sont les salaires et les conditions. Plus on s’éloigne, chez les sous-traitants de sous-traitants, plus ça se dégrade. D’où les inquiétudes de ces salariés sur les conditions sociales qui leur seront faites, même s’il ne faut pas oublier que ces fournisseurs sont aussi des multinationales très profitables. » « Les sous-traitants sont au début de la chaîne pour fournir, et à la fin de la chaîne sociale », confirme Marc Jespers, responsable des sous traitants de VW pour la CSC.

À deux kilomètres de Forest, chez Arvin Meritor à Drogenbos, 283 salariés assemblent les portes pour un unique client, VW. Isolement, sentiment d’abandon : les salariés, en chômage technique, se sont installés dans le hall de l’usine, avec table et thermos de café. « On protège nos biens : du jour au lendemain, ils pourraient plier bagage. Là, au moins, on a quelque chose à vendre », explique Nasser Aqqab, délégué FGTB. « On se sent perdus. On a tous les scénarios dans la tête, mais aucun n’est le bon, on n’a aucune information, ça stresse beaucoup les gens », explique Aziz Janati. La direction, qu’ils rencontrent tous les jours, leur semble aussi démunie qu’eux. Les ouvriers savent que, sans la Golf, le travail sur la seule Polo « ne suffit pas à faire tourner l’entreprise. C’est une fermeture en deux temps », indique Saïd. Un homme de ménage passe la porte. « Eux non plus, il ne faut pas les oublier », soupire Nasser Aqqab. « Ici, les salariés sont polyvalents, sans diplômes, ils sont capables, mais leurs employeurs ne leur ont pas donné de chance de progresser. La SNCB (chemins de fer - NDLR) et le bâtiment ont annoncé des créations d’emplois, mais elles sont toutes pour VW. »

Encore un kilomètre et un panache de fumée noire annonce l’usine Faurecia, dans la zone commerciale d’Anderlecht. Les ouvriers, qui en temps normal assemblent des panneaux de porte pour la Golf, entretiennent un feu de palettes depuis le week-end dernier. « On n’est pas en grève, mais on n’a pas de boulot. Le manque d’informations est terrible », insiste Khalid Bourhaleb, délégué syndical CSC. Ici aussi, on veut un plan social à la hauteur de celui de VW. Et on a peur d’être oubliés par l’opinion. « Pour un emploi supprimé chez VW, il y en a deux chez les sous-traitants, mais ils sont dispersés dans toute la Belgique. Notre cause est moins médiatisée, mais on est tous dans la même merde. On va la partager ! », promet Khalid Bourhaleb. Des salariés de VW sont bien venus les rencontrer vendredi, mais ça n’a pas suffi à les rassurer.

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