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Un article Sylvestre HUET paru dans Libération du 16 novembre 2005

L’insoluble lutte antiréchauffement

mercredi 16 novembre 2005 par Sylvestre Huet
Effet de serre. Au rendez-vous Climat 2005, des experts reconnaissent la difficulté d’anticiper les décisions des acteurs mondiaux et les comportements des consommateurs.

« Je ne sais pas. » Christian de Boissieu, économiste, préside le groupe de réflexion Facteur 4 qui doit, l’été prochain, remettre un rapport au gouvernement. Sujet : comment diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre du pays à l’horizon 2050 ? Un objectif avancé par les climatologues comme nécessaire à la stabilisation de l’effet de serre, permettant d’atténuer le risque de voir le réchauffement planétaire dépasser le seuil des 2° C. Selon les analyses du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), ce seuil fait la différence entre un changement important, mais aux conséquences gérables, et un dérapage dépassant nos capacités d’adaptation. Seuil que les tendances actuelles d’émissions conduisent tout droit à dépasser. D’où la recommandation d’une division par quatre des émissions des pays industrialisés d’ici 2050.

Manifestement, Christian de Boissieu « ne sait pas » comment y parvenir, si l’on ose ainsi résumer son propos tenu hier lors de la seconde et dernière journée du rendez-vous Climat 2005 organisé à Paris par la mission interministérielle de l’effet de serre. Les inconnues citées par Boissieu expliquent son aveu, franc, d’incapacité à délivrer une recette. Il soutient que personne ne peut discerner, à plusieurs décennies d’avance, quelles seront les innovations technologiques, les comportements des consommateurs, les décisions des grands acteurs mondiaux. « Il n’y a même pas de politique européenne de l’énergie. Cela ressemble plutôt à un cas de théorie des jeux non coopératif, perdant/gagnant, où certains jouent les resquilleurs, espérant que d’autres résolvent le problème », explique-t-il, en se référant à l’attitude des Etats-Unis.

Main invisible. Le rendez-vous Climat aura au moins cette vertu d’avoir montré l’impossibilité de parvenir à l’objectif officiel sans changer de manière radicale les règles du jeu. La mise en place du marché du carbone, fondé sur les quotas d’émissions attribués aux entreprises (1 100 sites industriels en France), est ainsi censée permettre à la main invisible du marché d’opter pour la réduction d’émission au meilleur prix... sauf que les quotas sont bien trop élevés. Surtout, soulignent les opérateurs (banquiers, industriels), « si dès 2009 nous n’avons pas la certitude que le marché carbone existera encore après 2012 ­ donc qu’un accord post-Kyoto impliquant les Etats-Unis et les pays émergents est sur le point d’être signé ­, toute décision d’investissement dont la rentabilité est fondée sur le dit marché sera stoppée ». La construction de centrales électriques moins émettrices de gaz carbonique ­ 50 % du parc européen à renouveler d’ici 2020, 150 000 MW d’ici dix ans en Inde ­ va directement dépendre du prix qu’aura la tonne de CO2 émise. Sans taxes, charbon et gaz naturel seront privilégiés par les industriels.

Discours de déni. La table ronde tenue sur le transport aérien a vu les représentants des constructeurs et des compagnies aériennes persister dans un discours de déni. Jean-Baptiste Rigaudias, directeur du développement durable chez Air France, allant jusqu’à défendre le titre de « meilleure productivité énergétique » pour l’avion. Malgré les progrès technologiques espérés, la seule manière de diminuer les émissions d’un secteur aérien en vive croissance semble donc une réduction de son activité de transport de marchandises à grande distance et du tourisme international.

Rectificatif . Dans notre article d’hier, il fallait lire les millions de tonnes d’équivalent gaz carbonique et non pétrole.


Pression gouvernementale sur l’industrie automobile

Deux ministres ont profité de la seconde journée du rendez-vous Climat 2005 pour faire des annonces. Dominique Perben (Transports et Equipement) a noté que l’industrie automobile « s’est engagée, à l’horizon 2008, à passer sous la barre des 140 grammes de CO2 par kilomètre en moyenne sur les véhicules neufs ». Mais en cas d’échec, il est « prêt à envisager un renforcement de la réglementation européenne en introduisant des normes d’émission pour le CO2 ». Il a confirmé l’intention du gouvernement de construire une deuxième « autoroute ferroviaire de plaine » entre « le nord de la France et le Pays basque français ». Le ministre délégué à l’Industrie, François Loos, a, lui, annoncé que le tarif d’achat garanti du photovoltaïque serait porté en 2006, en métropole continentale, à 225 euros par MWh pour les équipements individuels et 305 euros par MWh pour les équipements collectifs, le tertiaire et l’industrie. Ainsi que l’autorisation de « près de 300 MW » supplémentaires de production d’électricité éolienne terrestre

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