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Laetitia Van Eeckhout [ Le Monde le 09.10.2008

L’intérim confronté aux revendications des travailleurs sans-papiers

jeudi 9 octobre 2008 par Laetitia Van Eeckhout

Le 6 octobre, Vinci, grand donneur d’ordres du BTP, a reçu 85 travailleurs sans papiers qui occupent, depuis le 3 juin, l’agence d’intérim ManBTP à Paris. Au cours de cette journée, chacun de ces anciens intérimaires s’est vu accorder un entretien de "prérecrutement". Vingt-six en sont ressortis avec une promesse écrite d’embauche en CDI par une des filiales franciliennes du groupe, sous réserve de leur régularisation. "Si nous faisons quelque chose c’est que nous avons des besoins de recrutement", insiste Erik Leleu, le directeur des ressources humaines.

Depuis l’été, le mouvement des travailleurs sans papiers ne touche plus seulement les salariés permanents. Les intérimaires, à leur tour, ont décidé de sortir de l’ombre. A Paris, après ManBTP le 3 juin, Perfect Intérim le 16 juin, une agence Manpower du 12e arrondissement le 19 septembre, deux nouvelles antennes d’entreprises d’intérim, Adecco et Vediorbis, sont occupées depuis le 30 septembre. En outre, dans le BTP, mais aussi le nettoyage, ou l’industrie du livre, d’autres intérimaires se joignent aujourd’hui au piquet de grève de leurs collègues salariés permanents.

Pour relancer l’immigration de travail, le gouvernement, dans le cadre de la loi du 20 novembre 2007, a rendu possible le recrutement d’intérimaires étrangers. Un contrat de travail temporaire peut désormais permettre à un immigré d’obtenir un premier titre de séjour.

Cependant, sur le millier d’étrangers régularisés depuis le début du mouvement il y a six mois, on compte seulement neuf intérimaires de la société RS Intérim à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Toutes les autres demandes sont bloquées. Les conditions posées par l’Etat sont strictes et intangibles : cinq ans de présence sur le territoire, douze mois de travail continu dans la même société, et une promesse de CDD d’un an ou de CDI. Or par définition, les intérimaires enchaînent les missions : rares sont ceux qui travaillent douze mois de suite pour la même société.

Conscients que les agences d’intérim ne pouvaient obtenir leur régularisation, les grévistes ont interpellé les grands donneurs d’ordres du BTP. Si certains admettent qu’ils ne peuvent occulter le problème, d’autres restent silencieux.

"Nous n’embauchons que des travailleurs en situation régulière et dont les compétences répondent à nos besoins. La résolution de ce problème est du ressort des pouvoirs publics. C’est une question politique", se contente-t-on de dire chez Bouygues Construction.

La question de la régularisation des intérimaires qui ne bénéficieront pas d’une requalification en CDI reste entière. "Nous ne pouvons pas, nous agences d’intérim, proposer de CDI, comme l’exige l’Etat", explique Martine Gomez, directrice de l’emploi de Manpower.

Cette dernière se dit pourtant disposée à examiner les dossiers d’anciens intérimaires. "Pour ceux qui auraient travaillé avec une fausse carte, au moins cinq ans dans l’intérim, nous sommes prêts à nous engager à leur trouver douze mois de mission dans les dix-huit mois qui suivent."

PROCÉDURES DE CONTRÔLE

Pour ces travailleurs, "dès lors qu’ils le méritent, qu’ils remplissent les mêmes conditions de présence, de qualification, d’emploi sur un métier en tension,il ne peut y avoir de discrimination avec les salariés en CDI , soutient François Davy, le PDG d’Adecco France. La France a besoin de cette main-d’oeuvre". Les professionnels de l’intérim rappellent avoir mis en place des procédures très strictes de contrôle des titres de séjour. Ils ne veulent en aucun cas être un vecteur d’immigration clandestine. Ils excluent de se mobiliser pour ceux qui ont utilisé le titre de séjour d’un autre, commettant ainsi une usurpation d’identité. Pour Martine Gomez, de Manpower, comme pour François Davy, chez Adecco, la vigilance est de mise.

Se sentant "désarmées", les grandes enseignes de l’intérim et leur syndicat professionnel, le Prisme, se sont tournés vers le ministère de l’immigration. Les discussions sont engagées depuis trois semaines.

Le gouvernement reste très réservé. "La solution ne peut être qu’au cas par cas. Il n’y aura pas une clé qui permettra de s’engouffrer dans une brèche", prévient le ministre Brice Hortefeux.

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