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Pierre-Henri Lab | L’Humanité du 05.05.2008

L’opacité règne à GDF

mardi 6 mai 2008 par Pierre-Henri Lab, Jean-Pierre Sotura
ÉNERGIE . Le député PCF de Seine-Maritime, Daniel Paul, réclame un débat public sur la renégociation des contrats de service public d’EDF et de GDF.

Parlementaires et syndicats accusent le gouvernement et les directions de Gaz de France et de Suez d’entretenir une opacité totale sur la fusion entre les deux entreprises. La CGT accuse particulièrement la direction de Gaz de France d’entraver le travail d’expertise du CCE, pour accélérer le processus de fusion et pour masquer ses conséquences sociales et en matière d’emploi (voir entretien ci-dessous).

« UNE TENTATIVE D’INTIMIDATION »

Elle dénonce également le black-out qui entoure la renégociation des contrats de service public qui lient l’État à EDF et à GDF depuis leur privatisation partielle. Une chose est sûre, la direction de GDF ne tolère pas visiblement que ses décisions stratégiques soient rendues publiques. Ainsi, Yves Ledoux, administrateur CGT de GRT Gaz (la filiale de transport du groupe), se voit reproché d’avoir répondu aux questions de l’Humanité (voir notre édition du 29 avril) sur la création d’une Bourse du gaz. L’intéressé, qui dénonce « une tentative d’intimidation », rappelle que ce dossier n’était pas expressément assorti d’une clause de confidentialité. La CGT s’inquiète particulièrement du contrat de service public qui concerne GDF. Rappelant « l’opposition sur le fond » de son organisation syndicale à une privatisation de Gaz de France « qui met en péril la sécurité d’approvisionnement en gaz et menace le droit à l’énergie de chacun », le secrétaire général des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT énergie, Jean-Pierre Sotura, rappelle que le contenu du futur contrat de service public « sera déterminant sur des sujets cruciaux comme les tarifs, l’emploi ou la sécurité du réseau gaz ». L’opacité sur ce dossier inquiète également un certain nombre de parlementaires. Ainsi, par courrier en date du 22 avril dernier, le député PCF de Seine-Maritime, Daniel Paul, a interpellé la ministre de l’Économie et des Finances, Marie-Christine Lagarde.

UNE DÉGRADATION DU SERVICE PUBLIC

Il dénonce le fait que « rien ne filtre sur les négociations de ces contrats » et estime que « les enjeux relatifs au service public gazier dans notre pays méritent un débat public ». L’élu communiste, qui met en doute l’argumentaire selon lequel la hausse du prix du gaz aux particuliers serait due à la flambée des prix du pétrole, demande particulièrement des explications sur la politique tarifaire de GDF, qu’il soupçonne d’être au service de l’amélioration des marges du groupe. Il s’inquiète également des conséquences de cette recherche du profit sur la dégradation de la qualité des services d’intervention et celle de la sécurité du réseau gaz.


"La direction entrave le travail du CCE"

Entretien avec Jean-Pierre Sotura, responsable à la CGT énergie des ingénieurs, cadres et techniciens.

Pourquoi continuez-vous à dénoncer la façon dont se déroule la consultation des instances représentatives (IRP) du personnel de Gaz de France sur le projet de fusion ?

Jean-Pierre Sotura. Le jugement du 22 janvier a fait droit à la demande des IRP de prendre connaissance de documents essentiels sur la fusion et a obligé la direction à les transmettre. Mais celle-ci n’a pas renoncé à entraver le travail du CCE. Des pressions ont ainsi été exercées sur les élus pour réduire le délai accordé aux experts désignés par le CCE afin de mener à bien l’étude sur les conséquences économiques de la fusion. La direction a tenté de restreindre le temps d’examen par les élus des conclusions des experts. C’est cela qui a motivé le refus justifié du cabinet Levy-Gosselin de réaliser une expertise juridique dans de telles conditions. Ces manoeuvres, qui visent à camoufler les conséquences de la fusion et à accélérer sa mise en oeuvre, ont été en partie mises en échec. L’examen de l’expertise économique n’aura pas lieu demain comme l’espérait la direction. Mais l’expertise juridique n’a pu être votée et fera défaut au CCE pour forger son avis. Or, nous ne savons rien de la future organisation juridique du groupe, la direction se contentant d’affirmer que seule une direction managériale est décidée (branche, business units…) qui ne présage en rien de la future organisation juridique (volume de la maison mère et des filiales, notamment).

Que craignez-vous précisément ?

Jean-Pierre Sotura. La fusion va provoquer des doublons que la direction va vouloir éliminer. Pour vérifier ce risque et connaître le devenir des salariés concernés, connaître la future organisation juridique de GDF-Suez est indispensable. Car, chez Suez, un certain nombre de fonctions centrales ou supports sont externalisés ou filialisés. Ce type d’organisation, s’il est retenu à l’avenir, peut permettre de contourner le statut des industries électriques et gazières et de rabougrir la maison mère qui serait restreinte à une simple holding comme c’est le cas dans le groupe Suez.

Entretien réalisé par P.-H. L.

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