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Un article de Valérie HIRSCH paru dans Libération de 22 octobre 2005

L’or noir moins opaque

samedi 22 octobre 2005 par Valérie HIRSCH
Sous la pression internationale, de plus en plus de producteurs et de pétroliers publient leurs comptes. Mais en découvrent les désavantages.

La hausse du prix du pétrole pourrait être une mauvaise affaire pour les habitants pauvres des pays producteurs. C’est la crainte, en forme de paradoxe, exprimée par certains participants au Congrès mondial sur le pétrole, qui a rassemblé 3 000 participants à Johannesburg, fin septembre. Une mauvaise affaire car, souvent, la manne pétrolière est détournée par les élites au pouvoir. C’est particulièrement vrai en Afrique noire, dont les deux principaux producteurs ­ le Nigeria et l’Angola ­ figurent parmi les vingt pays au bas de l’index de développement humain (IDH) de la Banque mondiale. « La hausse des prix va leur offrir un répit : ils seront moins sensibles aux pressions internationales », déplore Stuart Brooks, de la compagnie américaine Chevron.

Audit. C’est la première fois depuis sa création en 1933 que le Congrès aborde le problème de la transparence dans l’allocation des revenus pétroliers. « Il y a six ans, à Calgary, nous nous étions réunis dans une atmosphère d’état de siège, à cause des manifestations des ONG, se rappelle Richard Lanaud, de Total. Maintenant, celles-ci participent aux débats et la transparence est devenue un thème important. » Lancée par Tony Blair en 2002 et appuyée par Jacques Chirac, « l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives » (EITI, selon le sigle anglais) rassemble vingt et un pays producteurs (dont quatorze africains), tous les plus gros pétroliers et les ONG.

L’EITI stipule que tous les revenus pétroliers doivent être déclarés par les compagnies et les gouvernements. « Ce qui est nouveau, explique Marie-Christine Ngangha, conseillère auprès du ministre gabonais des Mines (lire ci-contre), c’est que les comptes seront publiés sur Internet après avoir été audités par un cabinet international et consolidés par un administrateur indépendant. » Pour les organisations non gouvernementales associées au processus, le progrès est réel : « Si la société civile connaît le montant des recettes pétrolières, elle pourra plus facilement surveiller leur utilisation », explique Karine Lissakers, de Revenue Watch, qui siège comme représentante des ONG au « conseil international d’avis » de l’EITI. Mais regrette que les pétroliers n’aient accepté qu’une publication agglomérée de leurs chiffres.

Prêts. Jadis champion de la corruption, le Nigeria fait aujourd’hui figure d’élève modèle. Le Congo-Brazzaville a lui aussi fait des progrès. Invité comme orateur à l’une des sessions plénières, ce qui aurait été impensable il y a peu, le président de Transparency International, Peter Eigen, en a profité pour appeler les grandes banques à apporter leur concours pour convaincre les pays récalcitrants ­ comme l’Angola ou les pays arabes ­ à rejoindre l’Initiative. A l’instar de la Banque mondiale, qui inclut désormais les critères de transparence lorsqu’elle accorde des prêts à des projets extractifs. Un message adressé notamment aux banques européennes, conduites par Calyon (Groupe Crédit agricole), qui s’apprêtent à accorder un nouveau prêt de plus 2 milliards de dollars à l’Angola, malgré la totale opacité dans la gestion de ses revenus pétroliers. En 2001, quand la compagnie BP a voulu publier ses paiements, Luanda a aussitôt invoqué des « clauses de confidentialité » pour menacer de suspendre ses contrats avec le pétrolier britannique.

Certaines compagnies, telles que BP et Shell (échaudées par ses déboires dans la région du Delta, au Nigeria), se voient désormais en pionnières de la transparence. D’autres, comme Exxon, sont accusées par les ONG de traîner les pieds. Total ne fait pas non plus bonne figure : le groupe français n’est arrivé qu’en 21e position dans un classement des 25 compagnies les plus transparentes. « Un simple problème de présentation des chiffres et de politique de communication, affirme le président du comité d’éthique du groupe français. Nous soutenons totalement le processus de la transparence, mais il ne faut pas oublier que les grandes compagnies internationales ne représentent que 15 % du marché mondial. Si nous adoptons des positions désagréables vis-à-vis des gouvernements, beaucoup d’autres pourraient prendre notre place. » Les compagnies chinoises, présentes en force à Johannesburg avec leurs énormes stands clinquants, utilisent justement leur rejet de la transparence comme une arme à la conquête du pétrole africain...

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