Liste des auteurs

Thomas HOFNUNG | Libération le 25 mai 2004

L’or noir opaque du Congo

samedi 25 septembre 2004 par Thomas HOFNUNG

ù va l’argent du pétrole, qui représente les trois quarts des revenus du Congo-Brazzaville ? C’est la question à laquelle tente de répondre la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans un rapport consacré au Congo, et rendu public aujourd’hui [1]. L’ONG, qui a enquêté sur place en février et octobre 2003, veut aussi montrer qu’il n’y a pas de fatalité de l’or noir. Au-delà du cas congolais, cette problématique se pose pour la plupart des producteurs africains de brut, généralement en proie aux affres de la guerre civile et à une pauvreté endémique.

Questions qui fâchent. Dirigé par un grand ami du Président Jacques Chirac, Denis Sassou Nguesso, le Congo n’échappe pas à la règle : 70 % de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté ; les réseaux routiers et ferroviaires ne sont plus qu’un lointain souvenir des années de colonisation française ; le système de santé est quasiment inexistant dans un pays où l’espérance de vie ne dépasse pas 48 ans. Un constat d’autant plus choquant, affirme la FIDH, que le Congo n’est pas le Mali ou le Burkina Faso : exploités depuis les années 70, principalement par Elf, les gisements off-shore auraient dû lui permettre de décoller économiquement (actuellement le pays produit environ 250 000 barils par jour). Mais l’intérêt de ce rapport réside surtout dans la tentative de décryptage d’un système politico-économique on ne peut plus opaque, qui aboutit à l’enrichissement de quelques-uns au détriment de tous les autres. Un système dans lequel la compagnie française Elf s’est longtemps trouvée à son aise. Aujourd’hui, son successeur Total cherche à se désengager du « Congo-Brazza », l’exploitation du brut local ne représentant plus que 6 % de sa production mondiale contre 16,5 % en 1991.

Plus instructif que les entretiens obligés menés par l’ONG avec les dirigeants congolais, la FIDH a analysé le budget de l’Etat en posant les questions qui fâchent. Quelles sont les priorités du pouvoir ? Comment sont allouées les ressources ? Certaines régions et/ou certains groupes ethniques sont-ils privilégiés ?

Les auteurs du rapport évoquent, à ce propos, une « allocation régionalement orientée des investissements publics ». Et de citer l’exemple de la construction de l’aéroport international d’Ollombo, « dont le seul mérite est d’être situé à quelques kilomètres du village natal du Président ». Le Président, qui argue de sa volonté de désenclaver le nord, n’a pas convaincu le Fonds monétaire international (FMI) du bien-fondé de ce projet.

Un pays très endetté. L’analyse des crédits d’investissement par région du ministère de l’Equipement et des Travaux publics en 2003 et 2004 se révèle aussi fort intéressante : la région présidentielle de la Cuvette, au nord de la capitale, concentre à elle seule le quart des dépenses, alors que le pétrole est pompé au sud. Enfin, le rapport met en exergue les coupes budgétaires dans les secteurs de l’éducation et de la santé au profit, notamment, de la défense. Depuis deux ans, le pouvoir est aux prises avec une rébellion dans la région du Pool, autour de Brazzaville. Ces choix sont dénoncés par le FMI qui, malgré les pressions de Paris, refuse toujours de reprendre sa coopération avec l’un des pays les plus endettés du monde.

Même si elle n’a pas réussi totalement à éclaircir la gestion de la rente pétrolière, la FIDH a le mérite de rappeler, dans son rapport, que les gouvernants sont les premiers artisans du malheur de leurs concitoyens. Lequel risque de s’aggraver : selon les experts, les réserves de brut congolais seront épuisées à l’horizon 2015. [2]

[1] www.fidh.org

[2] www.fidh.org

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !