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Paule Masson, Olivier Mayer, MEHDI FIKRI, Clotilde Mathieu | L’Humanité du 09.12.2009

L’orientation de la CGT face à la crise fait débat

jeudi 10 décembre 2009 par Paule Masson, Olivier Mayer, Mehdi Fikri, Clotilde Mathieu
Les syndicats, et le premier d’entre eux en particulier, pouvaient-ils « faire plus » après la réussite des 29 janvier 
et 19 mars  ? Le débat sur le rapport d’activité, approuvé à 77,29 % des mandats, a tourné autour de cette question.

C’est un sentiment bien présent, même si une fois la question posée, il semble difficile de trouver des réponses. Les syndicats, et parmi eux la CGT, pouvaient-ils « faire plus », « faire mieux » ou « faire autrement », pour amplifier le rapport de forces après les mobilisations des 29 janvier et 19 mars derniers contre la crise  ? Le premier des débats du congrès a retourné la question dans tous les sens lors la discussion sur le rapport d’activité hier. Celui-ci a été approuvé à 77,29 % des mandats, un chiffre en recul de cinq points par rapport au dernier congrès. La veille, Bernard Thibault avait pris soin de préciser que, pour lui, la démarche de la CGT n’est pas en cause. « Vous êtes tous témoins que, lorsque nous parvenons à la mettre en œuvre, ça marche  ! » avait-il assuré.

quelles revendications mettre en avant ?

Et parfois, cela ne marche pas, ou pas autant que souhaité, ont tempéré plusieurs délégués. « Il y a des désillusions sur la conduite du mouvement intersyndical », fait part Laurent Delaporte, de la fédération des ports et docks. Mais, explique Philippe Valla, du commerce, « il faut apprécier nos résultats en fonction de nos forces ». Pour Sophie Duquesme, des Chantiers navals de Saint-Nazaire : « En janvier, nous étions dans un conflit offensif qui a ouvert des espoirs. Six mois plus tard, nous sommes retombés dans un conflit défensif. »

« Ce n’est pas avec une mobilisation tous les trois ou quatre mois qu’on fera reculer le gouvernement. La CGT ne doit pas être dans l’accompagnement du système actuel », a affirmé Jean-Pierre Delannoy, de la métallurgie du Nord, opposant déclaré de la confédération. Si le rythme du mouvement interroge, la question de savoir quelles revendications mettre en avant occupe aussi les esprits. « La crédibilité syndicale dépend de la capacité à proposer des solutions radicales face à la crise », argumente Denis Durand, de la fédération des finances. Certaines, exprimées, revendiquent un refus plus affirmé des licenciements ou encore une revendication salariale chiffrée.

Être plus offensif dans les revendications, est-ce compatible avec une démarche d’unité syndicale  ? Certains, minoritaires, doutent. D’autres, sans réclamer un isolement de la CGT, suggèrent de savoir prendre un peu de distance. Alain Le Maux, de Rennes, se demande s’il n’aurait pas été fructueux « d’appeler à la grève tout seul après le 19 mars ». Mais, pour Raymond Vacheron, de la fédération du textile, « être unitaire n’est pas contradictoire avec du volontarisme revendicatif. Ce sont les revendications qui fédèrent et conduisent à l’action ».

Les salariés sans papiers n’ont pas expliqué autre chose. Motibo Traoré, intervenant « au nom des 6 000 grévistes », a lancé  : « Nous sommes dans la lutte pour obtenir une circulaire claire, applicable sur tout le territoire national. » Chiaka Fane, qui a, grâce à cette bataille, obtenu des papiers a tenu à dire que « la solidarité est la clé de notre combat alors que le désespoir pousse chacun à aller de son côté. J’étais un sans-voix et vous m’avez donné la parole ».


CGT. Pour de nouvelles sécurités sociales

Le débat d’orientation s’est engagé autour des propositions revendicatives.

« Une maison commune des régimes de retraites  ? Ce serait gérer la misère  ! Nous n’avons pas besoin d’une nouvelle structure mais de reconquête de nos fondamentaux. » Pour Claude Gillet-Colard, de la fédération de la chimie, il faut en rester à la revendication de la retraite pleine et entière à soixante ans et revenir aux 37,5 annuités. Elle prend pour cible une des revendications phares que la CGT met en débat à son congrès. Celle de la création de cette nouvelle institution de sécurité sociale garantissant la viabilité des règles de solidarité régissant les relations entre les différents régimes. Jean-Paul Alemani, de la fédération de la construction, met lui en avant l’exigence de la retraite à cinquante-cinq ans pour les métiers pénibles.

C’est sur la validité de la plate-forme revendicative de la CGT que s’est engagé hier le débat d’orientation. Jean-Pierre Gabriel, secrétaire de l’UD de Saône-et-Loire défend, quant à lui, l’idée du nouveau statut du travail salarié. « Cela n’oppose pas les salariés entre eux », affirme-t-il. Déplorant les « caricatures », il explique que ce nouveau statut ne signifie pas la fin des statuts existants, celui de la fonction publique notamment, mais fonde sa force sur « la volonté de transformer les rapports avec les employeurs », de permettre « un vrai parcours professionnel », une « sécurité sociale professionnelle ».

Ce débat sur les revendications n’occulte pas celui sur la stratégie. Quand le délégué de l’agroalimentaire déplore que la « négociation » remplace aujourd’hui « la lutte de classe » dans les textes de la CGT, Gaëlle Urvoas, de France Télécom, explique comment les luttes ont permis des avancées dans les négociations, y compris sur les conditions de travail, les méthodes managériales, et l’emploi. « Avant, pendant et après la négociation, la CGT lutte », assure-t-elle. Christine Amiani, du commerce et services, déplace quelque peu les termes du débat  : « Les propositions sont bonnes, reste à se retrousser les manches. »


CGT. Comment faire la place aux jeunes ?

ALEXANDRE BOYER, RESPONSABLE DU COLLECTIF JEUNES DE LA FÉDÉRATION CGT DES CHEMINOTS.

THOMAS MORELLO, RESPONSABLE DU COLLECTIF JEUNES DE LA FÉDÉRATION CGT DE LA CHIMIE.

À la CGT, seulement 7 % des syndiqués ont moins de trente ans. Mais la situation s’améliore : depuis le dernier congrès, 19 % des nouveaux adhérents appartiennent à cette classe d’âge. Alexandre et Thomas, vingt-huit et trente ans, essayent d’accélérer ce rajeunissement. En précisant d’emblée que ce n’est pas facile. À cause de la précarité, car quand on a ramé pour trouver un premier emploi, on pense plus à le garder qu’à améliorer ses conditions de travail. À cause aussi « du manque de repères politiques », estime Alexandre. « Nous sommes la génération à qui on a martelé qu’il n’y a plus d’espoir », déplore Thomas. Pour lui, « l’époque du syndicaliste qui parvient à rameuter tout le monde en grimpant sur son tonneau et en criant : “On y va !”, c’est fi ni. Maintenant, il faut énormément argumenter ».

Toutes les fédérations ne sont pas logées à la même enseigne. « À la SNCF, le fait syndical est connu et reconnu, la CGT est présente partout, il y a une histoire militante très prégnante », raconte Alexandre. Et, chez les cheminots, la démographie est également favorable : « Il y a eu un renouvellement d’un tiers des effectifs en dix ans. » Dans la chimie, c’est à peu près l’inverse : population vieillissante, gel des embauches et vagues de restructurations. « Mais la situation est très variable d’une branche à l’autre, explique Thomas. Dans le pétrole et le caoutchouc, il y a de grosses boîtes et des syndicats puissants. Dans la plasturgie en revanche, il y a surtout des PME, un niveau de soustraitance et de précarité tel que c’est très diffi cile de syndiquer les jeunes. »

Pour Alexandre et Thomas, le premier contact avec un adhérent potentiel passe par l’information, « car on défend mieux ce que l’on connaît ». Alexandre : « Nous expliquons la réglementation, les statuts, le système de la caisse de prévoyance. » Juste après, il faut « casser les clichés », montrer que le militantisme n’exclut pas forcément l’évolution professionnelle. Thomas : « Se syndiquer ne peut plus être synonyme de sacrifi ce total. Je ne me vois pas expliquer à un jeune diplômé qui débarque au syndicat qu’il va devoir s’asseoir sur sa carrière s’il veut s’engager. » Pour autant, Alexandre et Thomas estiment qu’« on ne peut pas se contenter de l’adhésion ». Pour le premier, « une fois qu’on a la carte, il faut se bouger et prendre des responsabilités. Mais pour ça, il faut que le syndicat ait un peu confi ance, parce que, forcément, on est moins prêt, moins expérimenté ». Pour le cheminot, le jeu en vaut la chandelle, car la désillusion n’est pas l’apanage des jeunes générations : « J’ai vu des anciens démotivés se dire, en voyant arriver du sang neuf, que fi nalement tout n’est pas foutu. »


CGT. Infos-minute

Rapport d’activité adopté

Le rapport d’activité a été adopté hier. 516 496 voix ont participé au vote. L’abstention représente 39 858 voix, soit 7,72 %. Les votes « contre » pèsent pour 108 224 voix, soit 22,71 % (contre 18 % en 2006). Le rapport a été adopté par 368 414 votes, soit 77,29 % (contre 82 % à Lille
il y a trois ans).

Euro-manif en mars

« Vous avez sauvé les banquiers, à présent, investissez dans l’emploi  ! » C’est le message central que John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, a délivré devant le congrès de la CGT. Un mot d’ordre qui s’articule autour de grands axes  : la lutte contre le chômage, une vraie réglementation financière, la fin des réductions budgétaires, une augmentation des salaires et du pouvoir d’achat. Des revendications que la CES, dont la CGT est un membre actif, compte bien porter lors d’une grande euro-manifestation, qui aura lieu en mars.

Les jeunes et les salariés font confiance aux syndicats

Selon un sondage BVA publié hier par les Échos, 45 % des Français disent faire « confiance aux syndicats pour défendre les intérêts des salariés ». Chez les salariés âgés de quinze à vingt-quatre ans, la confiance prend des allures de plébiscite, puisque 70 % d’entre eux déclarent compter sur l’action et la présence des syndicats.

En quête de légitimité

Jean-Pierre Delannoy, candidat au poste de secrétaire général, s’est défendu hier d’être un candidat illégitime du fait du non-respect des procédures internes. Au congrès, « tous les mandats sont remis à plat et le fait d’avoir recueilli 2 200 soutiens montre que ma candidature a toute sa légitimité ».


CGT. Inspiration et aspiration à l’unité Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU

« Nous ne sommes pas sortis de la crise. Le congrès est donc un moment syndical important. Je pense que nous avons besoin de reconstruire des perspectives qui permettent de rassembler et de dépasser les luttes sectorielles. Pour cela nous devons œuvrer à la construction de revendications communes. Je m’intéresse particulièrement à deux débats  : les revendications comme la protection sociale ou la formation, sur lesquelles nous avons déjà travaillé avec la CGT, mais aussi l’avenir du syndicalisme. Il s’agit de voir comment nous pouvons avancer vers plus d’unité, davantage de travail en commun dans l’intérêt de l’ensemble des salariés. Je souhaite que la CGT, mais je n’en doute pas, prenne des décisions unitaires et en même temps que cette unité soit dirigée vers des perspectives d’action et de rassemblement des salariés. »

Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne et président du Parti de gauche

« La raison de ma présence ici est une forme d’hommage et de reconnaissance à la première organisation syndicale du pays. Depuis les cinq dernières années, j’ai pu me rendre compte de la place essentielle qu’a occupée la CGT dans la riposte sociale dans ce pays. Récemment, elle a encore montré son utilité dans la lutte qu’elle mène aux côtés des travailleurs sans papiers. Elle a fait passer la question de l’immigration, qui était de l’ordre du fantasme, à une question très concrète et sous une forme de lutte qui est celle de la lutte des classes. D’où l’importance d’être ici quand on s’intéresse à la vie politique française. Ensuite, nous devons observer de près l’évolution de la CGT, les formes d’organisation qu’elle choisit de prendre. Pour nous, il s’agit d’une source d’inspiration pour la préparation de notre propre congrès. »

Propos recueillis par Clotilde Mathieu

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