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Un article de Paule Masson, Pierre-Henri Lab et Lénaïg Bredoux paru dans L’Humanité du 29 avril 2006

L’ouverture de la CGT largement approuvée

samedi 29 avril 2006 par Paule Masson, Pierre-Henri Lab, Lénaïg Bredoux
Bilan . Le 48e Congrès s’est achevé hier à Lille, dégageant de nettes majorités pour poursuivre les évolutions de la première confédération syndicale française.

« Abrogez le CNE ! » Tout le congrès se lève, scande le slogan. Peu avant, le président de séance vient d’annoncer qu’un jugement du tribunal des prud’hommes de Longjumeau (Essonne), rendu le matin même, déclare le contrat nouvelle embauche illégal au regard de la résolution 158 de l’Organisation internationale du travail. En conséquence, le CNE « est privé d’effet juridique ». Les 1 000 délégués exultent. Ils ont eu la peau du CPE et ont approuvé à plus de 80 % la démarche proposée dans le document d’orientation validant la démonstration opérée durant ce conflit.

Feuille de route clairement fixée

Pendant deux mois, la CGT a fait vivre le « syndicalisme rassemblé ». Elle a rempli les cortèges et cherché le soutien de l’opinion publique. Elle a concilié la construction d’un rapport de forces contre un projet avec l’exigence de négocier la sécurisation de l’emploi. Elle s’est placée au centre du jeu. Et c’est en pensant à cette place acquise dans le paysage social et syndical que Bernard Thibault, réélu secrétaire général de la confédération pour un troisième mandat, a lancé aux délégués : « Nous allons mettre la CGT à l’heure du TGV. »

La feuille de route est clairement fixée. Les ouvertures inscrites dans le document d’orientation précisent la manière dont la CGT entend représenter « pleinement un syndicat de transformation sociale » en poursuivant dans la voie tracée depuis maintenant plusieurs années.

Habituée à négocier dans les entreprises (elle signe 7 accords sur 10) elle devrait par exemple s’engager plus avant dans les négociations interprofessionnelles. Mais même si ce congrès a établi un « label CGT de la négociation », les délégués ont réclamé la garantie qu’elle restera en permanence placée sous le contrôle des luttes en retirant le mot « compromis » du texte d’orientation. Ils ont néanmoins préservé l’idée de s’engager sur les accords « les plus favorables aux salariés ».

Bernard Thibault considère avoir maintenant les coudées franches pour accélérer les évolutions internes afin d’adapter l’outil syndical aux besoins des salariés précaires ou travaillant dans les petites entreprises. L’adoption de la réforme des cotisations, après un rude débat, va instaurer une plus grande mutualisation des moyens en interne. Elle devrait aussi avoir des répercussions sur l’évolution des fédérations.

Investir les déserts syndicaux

Même si le respect du fédéralisme, pierre angulaire du principe d’autonomie de chaque organisation de la CGT depuis plus de cent ans, a maintes fois été évoqué, la réforme des structures devrait le faire évoluer. Le sujet provoque quelques crispations. Et, face à cette confédéralisation de la vie de la CGT, parfois perçue comme une centralisation, la vigilance de nombreux délégués est de mise.

Durant toute la semaine, les congressistes se sont efforcés de valoriser le travail de terrain, révélant ainsi les efforts déjà déployés pour investir les déserts syndicaux. Brigitte Dutoya a, par exemple, raconté comment, sur le site de la centrale nucléaire de Cruas, en Ardèche, la CGT s’est implantée parmi les prestataires de services. « On n’a pas attendu les décisions de congrès pour développer un syndicat multiprofessionel », a-t-elle conclu. De même, Taieb Ayari, qui travaille dans une PME de la métallurgie, a relaté la richesse de la vie de son syndicat, qui ne compte pourtant que 15 syndiqués. Sur la base de ces expériences, les congressistes ont enlevé du document l’idée d’instaurer un seuil (20 adhérents) pour constituer un syndicat.

Enfin, autre ouverture, et non des moindres, le congrès a approuvé l’engagement de la CGT dans la construction d’une nouvelle internationale syndicale, fruit de la dissolution des deux organisations existantes (CISL et CMT) et de l’adhésion de tous les non-affiliés qui le souhaitent. La CGT en fait partie. Elle est, selon Éric Aubin, qui a conclu les travaux du congrès « l’artisan nécessaire de cette évolution du syndicalisme mondial ».


Bernard Thibault réélu pour trois ans

Les cinquante-quatre membres de la nouvelle direction auront à charge de « permettre aux jeunes de prendre toute leur place » dans la CGT

C’est un tonnerre d’applaudissements et de « tous ensemble » qui a accueilli la réélection de Bernard Thibault au poste de secrétaire général et l’élection de la nouvelle commission exécutive (CE) confédérale en charge « d’animer et d’impulser la mise en oeuvre des orientations et des décisions » de ce 48e Congrès. Une nouvelle équipe dirigeante plutôt bien élue puisque l’ensemble de ses 54 membres (un nombre légèrement supérieur à l’objectif de 50 personnes) a recueilli plus de 83 % des suffrages. Composée à double parité (homme-femme et public-privé), la CE confédérale est renouvelée d’un tiers. Dix-huit personnes y font leur entrée afin d’accroître « la diversité » de sa composition. Aux côtés de dirigeants de fédérations professionnelles et de responsables d’union départementales, prennent place des femmes et des hommes issus de syndicats et d’unions locales. La moyenne d’âge de cette nouvelle équipe progresse légèrement (quarante-quatre ans contre quarante trois ans au précédent congrès). Néanmoins quinze de ses membres ont moins de quarante ans et la plus jeune élue a vingt-six ans. De l’ouvrier à l’ingénieur, toutes les catégories socioprofessionnelles sont représentées. L’orientation d’ouverture adoptée par le 48e Congrès en direction des précaires, des exclus et des privés d’emplois trouve également sa traduction dans la composition de la commission exécutive. Le bureau confédéral issu de la CE et élu par le comité confédéral national compte 12 membres. Soit trois de plus que le bureau précédent. L’ensemble des sortants a été reconduit. Font leur entrée dans cette instance dirigeante : le secrétaire général de la fédération de la métallurgie, Daniel Sanchez, la secrétaire de l’Union départementale de Haute-Savoie, Agnès Naton et celle de l’Union départementale du Vaucluse, Graziella Lovera. Outre la mise en oeuvre de l’orientation de la confédération, la priorité affichée par cette nouvelle direction est de permettre à l’organisation syndicale de faire face aux départs massifs à la retraite des syndiqués issus des générations du baby-boom. Mandat a été donné aux 54 membres de la CE confédérale de « permettre aux jeunes de prendre toute leur place dans la CGT ».


Fulgurante ascension d’un sourire

Agnès Naton, militante de quarante-quatre ans, secrétaire de l’union départementale de Haute-Savoie, a été élue au bureau confédéral.

Envoyée spéciale.

Elle ne réalise pas encore. Elle sourit, à droite, à gauche, en rit presque gênée. Agnès Naton a été élue, hier, au bureau confédéral de la CGT. Une ascension éclair pour la secrétaire de l’union départementale de Haute-Savoie qui accède là à son premier mandat national et qui, jusqu’à hier, était une parfaite inconnue pour la plupart des syndiqués de la centrale.

Dans la salle, certains la regardent, perplexes, ne sachant trop quoi penser de ce petit bout de femme. D’autres savent déjà que c’est Bernard Thibault qui est allé la chercher. Il voulait une femme, jeune, sensible aux thématiques avancées lors du 48e Congrès. Agnès Naton, quarante-quatre ans, combine tous ces critères. « Je travaille depuis une dizaine d’années sur les questions de précarité, de jeunesse et sur l’ouverture à la société. »

C’est d’ailleurs pour cela qu’elle s’est syndiquée en 1986. Elle avait vingt-cinq ans, travaillait chez France Télécom, était déjà mariée et mère de famille. « Je me suis battue contre les TUC, ces contrats précaires qui arrivaient dans la fonction publique. » Elle ne choisit la CGT ni par atavisme (« aucun parcours militant dans la famille »), ni par choix idéologique : « La CGT m’a proposé d’adhérer mais j’ai d’abord voulu aller à des formations. J’avais envie de me forger mon opinion. J’avais des clichés sur la CGT, j’avais peur de ses liens politiques et de me faire formater. »

Depuis, Agnès Naton n’a jamais rendu sa carte. Très investie sur les questions de précarité et de société - notamment celle du logement - elle a pris la tête de l’union départementale de Haute-Savoie en 2001. Jusqu’à faire partie des personnes les plus influentes d’Annecy, selon le magazine le Point. Parfaitement dans la ligne du 48e Congrès, elle dit : « Il faut s’ouvrir aux salariés des petites entreprises, du commerce, des services à la personne ou du nettoyage et trouver avec eux les formes d’organisation qui leur conviennent. Il faut aussi s’ouvrir à la société. Pour redonner au travail toute sa dimension, il faut prendre en considération les conditions de vie du salariat. »

Pourtant, quand le secrétaire général de la CGT lui a demandé d’entrer au bureau confédéral, elle a hésité. « J’ai demandé à Bernard (Thibault - NDLR) un mois de réflexion. » À l’UD, Agnès Naton demande des conseils ; à la maison, elle organise « une réunion de famille » avec son mari et ses quatre enfants. Elle accepte finalement, mais appréhende : « Je veux garder une activité de terrain, j’ai besoin de cet équilibre, d’être avec les syndicats, les associations. C’est mon oxygène. J’ai peur d’être aspirée par les responsabilités. »

Elle sourit, encore. Visiblement tracassée. Agnès Naton est pressée. Elle doit rejoindre la salle de congrès pour l’annonce de l’élection des instances. Elle aussi se fait applaudir. Se voit sur l’écran géant. Sourit encore. Puis, très vite, elle doit partir. Direction la gare. Discrètement, elle explique : « J’ai mon train. Je rentre à la maison. »

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