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Article de Lucy Bateman paru dans L’Humanité du 4 décembre 2006

La Belgique solidaire des ouvriers de Volkswagen

lundi 4 décembre 2006 par Lucy Bateman
Automobile . 25 000 personnes ont défilé samedi à Bruxelles pour exprimer leur solidarité avec les salariés du site de Forest et leurs inquiétudes pour l’emploi dans le pays.

Le rendez-vous est à la gare du Midi. Les manifestants sont groupés par paquets de couleurs : rouge pour les adhérents de la FGTB (socialiste), vert pour la CSC (démocratie-chrétienne) et bleu pour les libéraux de la CGSLB. Et comme l’heure est au rassemblement, certains n’hésitent pas à superposer le rouge et le vert, deux casquettes, deux foulards. On attend les ouvriers de Volkswagen et des sous-traitants partis à pied de l’usine de Forest, dans la banlieue sud-ouest de Bruxelles. Ils arrivent en groupe compact, menés par un char rouge pompier, une remorque qui porte l’inévitable carcasse de Golf, couverte de tags et de drapeaux, et un saint Nicolas. Applaudissements, sifflets, embrassades, on forme une haie d’honneur pour laisser les héros du jour accéder à la tête du cortège.

Les Allemands solidaires

Pas loin de la banderole « Victime de Wolfburg » (le siège de VW en Allemagne), une forte délégation de militants allemands d’IG Metal, tambours en tête, s’est jointe aux VW. Leur slogan : « Ensemble nous sommes debout, divisés nous tombons. » « C’est bien qu’ils soient là, mais on reste méfiant », avoue Eddy Destrebecq, un « véoué » (VW). Beaucoup ici soupçonnent encore les syndicats allemands de manquer de solidarité. Et presque personne ne prend au sérieux la décision de VW de produire l’Audi A1 à Forest en 2009. En plus des Allemands, plusieurs dizaines de français (CGT et CFDT) ont traversé la frontière, ainsi que des délégations italiennes, espagnoles, britanniques ou luxembourgeoises.

Dans la foule qui s’engage boulevard Anspach, des travailleurs venus de Liège, Anvers, ou Mons, et une grosse inquiétude sur l’avenir social du pays. Une vingtaine de salariés de l’usine de café moulu Kraft à Liège, qui ont appris sa fermeture il y a deux semaines, défilent derrière un saint Nicolas. « Par solidarité, et pour qu’on parle de nous », explique Fabien Tedesco. Plus loin, une banderole portée sur toute la largeur du boulevard rappelle les dizaines de restructurations qui ont touché la région liégeoise. Luc Duran, lui, est cadre dans l’usine du groupe français Arjo Wiggins, qui fabrique du papier à Nivelles. « On nous a annoncé en septembre la fermeture du site pour délocaliser en Tchéquie, en France, en Angleterre. 147 personnes devront partir, plus 80 intérimaires. VW a été un électrochoc, mais c’est chaque jour qu’on délocalise dans des petites sociétés. »

Logiques mortelles de concurrence

Sous une banderole du groupe de la GUE au Parlement européen, son président Francis Wurtz, dénonce les « logiques mortelles de mise en concurrences de travailleurs en Europe », qui sont la négation même d’une perspective d’Europe sociale.

Sur le podium dressé boulevard Jacqmain, les syndicalistes appellent les salariés à s’unir pour « sauver un maximum d’emplois », « avant de parler de primes de départ, de plan social », exhorte Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB. John Monks, secrétaire général de la CES, accuse « l’attitude de laisser-faire qui prévaut actuellement en Europe ». Franck Patta, d’IG Metal, prend le micro : « Je peux comprendre que vous soyez en colère. Moi, je suis en colère que vous puissiez penser que vos collègues allemands sont responsables de ceci. Nous sommes là pour nous battre avec vous. Nous ne pouvons pas nous laisser diviser. C’est ensemble que nous devons trouver une solution. » Roulements de tambours, et applaudissements des ouvriers belges.

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