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Article de Bernard Duraud paru dans L’Humanité du 30 octobre 2006

La Bolivie récupère son gaz

mardi 31 octobre 2006 par Bernard Duraud
La Paz . Evo Morales a parachevé son plan de nationalisation en signant samedi un accord avec l’ensemble des multinationales.

Evo Morales a finalisé à La Paz son programme de nationalisation des hydrocarbures en signant samedi avec l’ensemble des compagnies étrangères présentes en Bolivie les contrats leur permettant de poursuivre leurs activités sous le contrôle de l’État. « L’accord a été signé avec tous », a déclaré le ministre des Hydrocarbures, Carlos Villegas, peu avant la date butoir fixée à samedi minuit pour la nationalisation du secteur.

Le président bolivien s’est félicité de l’issue de longues et difficiles négociations. La Bolivie désormais exercera le droit de propriété de ses ressources naturelles « sans expulsion et sans expropriation ». C’est « la nationalisation sans indemnisation que demandaient de nombreux secteurs de la société », a-t-il dit. Selon lui le contrôle du gaz à la source et l’accroissement des ressources financières (qui devraient être portées à 4 milliards de dollars par an au lieu de 200 millions actuellement) seront un précieux atout pour « résoudre le problème des injustices sociales et éviter des troubles de l’ordre public à l’avenir ». La prochaine étape de cette reprise en main sera « l’industrialisation », a-t-il annoncé. Aux côtés des hydrocarbures sont concernés les minéraux et les matières non métalliques et toutes les « ressources non renouvelables ».

Parmi les signataires figurent le brésilien Petrobras, l’hispano-argentin Repsol YPF, les deux plus importantes compagnies opérant en Bolivie et contrôlant respectivement 47 % et 27 % des réserves en gaz naturel. Le français Total, qui exploite 15,9 % de ces réserves, et l’américain Vintage Petroleum (2,1 %) avaient signé dès vendredi. L’accord prévoit que les entreprises pétrolières remettront à la compagnie publique nationale Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos (YPFB) « toute leur production en hydrocarbures ». En échange, elles seront rémunérées, suivant leurs contrats, pour une valeur comprise entre 18 et 50 % des quantités extraites. YPFB assumera toute la commercialisation du gaz, définissant les volumes et les prix des produits sur le marché intérieur et à l’exportation.

Evo Morales avait annoncé le 1er mai dernier la nationalisation des industries du pétrole et du gaz des riches régions orientales du pays (les plus grandes réserves gazières, après le Venezuela) et avait donné un délai de six mois aux multinationales pour se mettre en conformité avec le nouveau décret. Aujourd’hui c’est incontestablement un succès politique pour Morales. Les négociations ont été laborieuses et incertaines jusqu’au bout, particulièrement avec le voisin et ami brésilien avec qui les relations se sont tendues, s’agissant des intérêts de Petrobras. Ces tensions semblent désormais loin, Evo Morales rendant hommage au Brésil de Lula, un pays « leader de la région » et sans qui la vie ne serait pas possible : « Nous sommes obligés de vivre avec le Brésil un mariage sans divorce, parce que nous avons besoin l’un de l’autre. »

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