Liste des auteurs

Un article de Paule Masson paru dans L’Humanité du 06 janvier 2006

La CGT mise sur la construction de propositions alternatives

vendredi 6 janvier 2006 par Paule Masson
Congrès . Hier, le Comité exécutif a finalisé le document d’orientation qui adopte comme fil conducteur le besoin de redéfinir les droits fondamentaux.

Le 48e Congrès de la CGT, qui se déroulera à Lille du 24 au 28 avril prochain, est entré hier dans une nouvelle phase de sa préparation avec la finalisation par la commission exécutive du document d’orientation. Certains, dans et hors la CGT, n’hésitent pas à qualifier ces assises d’historiques. Depuis le Comité national confédéral des 3 et 4 février 2005 sur le traité constitutionnel européen, qui avait mis le secrétaire général en minorité sur la position à adopter, la première des confédérations françaises est confrontée à un débat sur son identité et ses choix stratégiques. L’épisode a installé du doute sur le sens de ces évolutions, dans une période où l’activité syndicale ne parvient pas à engranger des conquêtes sociales. D’où le choix de la commission exécutive, après un débat en son sein, de préparer le congrès avec un document d’orientation et non à partir de résolutions thématiques, comme ce fut le cas précédemment. D’emblée, le document stipule que « la crédibilité du syndicalisme en France exige qu’il élargisse et redimensionne son action », ce qui « appelle un approfondissement et un enrichissement de la démarche adoptée par les précédents congrès ».

Pas de rupture donc. Mais un certain nombre de clarifications. Construit en trois parties, le document adopte comme fil conducteur l’affirmation qu’il existe en France, en Europe et dans le monde de la place pour un syndicalisme revendicatif, combatif, qui se donne « pour ambition de transformer la société ». Mais il affirme aussi que la CGT n’est pas suffisamment armée pour arracher de nouveaux droits « pour tous les salariés quelle que soit leur situation actuelle ». Dans ce cadre, est-il affirmé dans la seconde partie, « défendre l’existant ne suffit pas », un grand nombre de salariés étant déjà exclus des acquis obtenus. Alors que la mondialisation libérale accentue les mises en concurrence des salariés et entretient leur division, le document considère que, pour dépasser ces clivages, le syndicat doit chercher à rassembler autour de propositions revendicatives alternatives. Déjà présente lors des deux derniers congrès, l’idée de construire un syndicalisme qui ne se contente pas de répondre aux mauvais coups mais qui muscle son contenu revendicatif, au point de se mettre en situation de donner le la du débat social, est définie comme une condition essentielle pour retisser le fil des solidarités dans le monde du travail, pour « favoriser les convergences, les solidarités et les luttes ».

La question est par exemple posée pour les services publics. Les processus de privatisation, les velléités de la Commission européenne qui « cherche à vider de son sens la notion d’intérêt général », tout comme l’apparition de nouveaux besoins imposent, selon le document, « un débat sur les finalités des services publics ». La question se pose aussi sur la place du travail dans la société. Le texte affiche l’ambition de « gagner le droit fondamental au travail », ce qui suppose, à partir de la déclinaison du nouveau statut du travail salarié, d’en changer le contenu et, là encore, les finalités. Plus globalement, la CGT semble vouloir s’engager dans la redéfinition de droits fondamentaux et ne veut pas limiter son champ revendicatif au strict cadre de l’entreprise.

Ainsi, dans l’optique « d’intervenir en amont sur les enjeux de société », le document appelle à s’engager contre le racisme, à construire une « nouvelle ambition éducative », une « démocratie culturelle » ou à promouvoir le droit au logement. La démarche vaut quant à la place qu’entend occuper la CGT dans la Confédération européenne des syndicats. Là encore, il est proposé au congrès de se prononcer pour y « promouvoir une démarche revendicative plus offensive ».


Unité syndicale, oui, mais à quel prix ?

L’expérience des trois années écoulées amène à vouloir préciser la nature des alliances avec les autres organisations syndicales.

Les précédents congrès ont affiché l’ambition de « rassembler le syndicalisme », considérant que la division et l’éparpillement syndical pèsent négativement sur le rapport de forces. La période écoulée depuis le congrès de Montpellier en 2002 a vu les relations entre les organisations syndicales osciller entre les moments d’unité d’action et les désunions. La défection de la CFDT dans le conflit sur les retraites en 2003, qui a enrayé le processus de mobilisation, n’est toujours pas pardonnée. L’arrêt brutal par les autres syndicats du processus unitaire sur les salaires, affirmé avec les journées de grève du 10 mars et 4 octobre 2005, a relancé au sein de la CGT le débat sur la « nécessité de rechercher à tout prix l’unité ». Après le 4 octobre, l’impossibilité d’y parvenir, malgré les multiples tentatives de la CGT, a abouti à un certain immobilisme.

Le rapport d’activité, qui aborde le bilan de l’activité confédérale, fait de la désunion syndicale une des causes des difficultés à enrayer le processus de casse sociale à l’oeuvre. « Sans perspective unitaire, il s’avère plus difficile de créer le rapport de forces suffisant face à un gouvernement déterminé qui a le soutient du patronat », écrit le document, qui sera soumis au vote des délégués lors du congrès. De même, il s’inquiète de l’incapacité des syndicats à élaborer une « analyse conjointe des événements » après les violences urbaines. Le document d’orientation s’attache donc à préciser les conditions d’un rassemblement syndical qui ne se « laisse pas paralyser par les différences stratégiques ou identitaires ».

Les difficultés, qualifiées de « nombreuses et parfois sévères », révèlent des différences d’approche que le document appelle ni à « taire » ni à « surestimer », mais à mettre en débat.

La tâche est d’autant plus urgente que le rapport de forces bute sur une autre réalité : la faiblesse de la syndicalisation des salariés. Le texte d’orientation aborde donc le problème comme « une question stratégique essentielle », qui devrait permettre à la CGT dans les années qui viennent d’être mieux implantée dans le secteur privé.


CGT. Le chiffre :709 062 syndiqués

C’est le nombre d’adhérents en 2004, contre 685 136 en 2003. La CGT vise le million de syndiqués

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !