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Un article de Nicolas CORI paru dans Libération du 25 mars 2005

La Caisse des dépôts n’encaisse pas le mandat syndical

vendredi 25 mars 2005 par Nicolas Cori
Un délégué se bat contre une procédure de licenciement lancée en 2002.

Institution financière publique chargée de missions d’intérêt général, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) s’enorgueillit de sa « responsabilité sociale ». Dans la réalité, il peut être très difficile d’exercer normalement un mandat de délégué syndical au sein du groupe CDC, à l’instar de la société de composants électroniques Eurofarad, rachetée en 2004 par CDC Capital Equity, la filiale en capital-investissement de la caisse. Un délégué de l’entreprise fait l’objet d’une procédure de licenciement, engagée parce qu’il a simplement « osé » prendre la carte d’un syndicat. Lancée avant l’arrivée de la caisse au capital d’Eurofarad, l’action est toujours en cours.

Statut protégé. Tout commence fin 2002. Ingénieur commercial chargé de l’export, Philippe Matzkowski prend sa carte à la CFTC pour s’impliquer dans la vie de l’entreprise. « Cela faisait des années que la société était privée de véritables représentants du personnel. Plusieurs collègues m’avaient poussé et j’ai jugé que cela pouvait être une expérience intéressante pour moi », justifie l’intéressé. La direction conteste immédiatement la désignation et avance que Matzkowski est sous le coup d’une procédure de licenciement. Donc qu’il cherche à profiter du statut protégé offert aux délégués syndicaux. Etonnement de l’intéressé, qui n’était au courant de rien. Une attestation d’un cadre évoquant un entretien préalable à un licenciement est pourtant fournie lors du procès. Elle convainc le juge, qui prononce l’annulation de la désignation.

Seulement les documents fournis par la direction sont des faux. Lors de la date évoquée pour le prétendu rendez-vous, le délégué syndical était en déplacement à l’étranger. Il porte alors plainte. Une enquête est en cours. En plus, la direction n’engage pas réellement de procédure de licenciement. Au lieu d’être renvoyé, le commercial est envoyé à l’étranger pour prospecter de nouveaux marchés.

En juillet 2003, Matzkowski décide de retenter le coup : cette fois, il se fait nommer délégué CGT. Sans surprise, ses supérieurs repartent en justice. Mais le tribunal change d’avis, au vu des preuves apportées par Matzkowski concernant la mauvaise foi de sa direction.

La désignation est entérinée. Eurofarad tente alors de se débarrasser de son délégué. Une procédure de licenciement est engagée, en pure perte cependant : l’inspection du travail annule le renvoi, décision confirmée en appel par le ministère de l’Emploi, en septembre 2004.

Dans le même temps, la Caisse des dépôts est entrée au capital d’Eurofarad et a changé la direction. Mais cela ne modifie en rien la politique antisyndicale de l’entreprise. Les dirigeants décident de contester devant le tribunal administratif la décision du ministère de l’Emploi. Joint au téléphone, le directeur administratif, Patrick Audy, affirme qu’il n’a « aucun commentaire à faire ».

Soutiens. Eurofarad est en fait bien embêtée par le combat de Matzkowski. Au départ solitaire, le délégué s’est découvert de nombreux soutiens. Une liste CGT s’est montée dans une usine du groupe en Seine-et-Marne et elle a obtenu la majorité des voix. « Les salariés avaient besoin de s’exprimer », commente Philippe Matzkowski.

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