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Laetitia Clavreul avec Jean-Michel Bezat | Le Monde du 25.04.08.

La France cultive l’ambiguïté sur les agrocarburants

vendredi 25 avril 2008 par Jean-Michel Bezat, Laetitia Clavreul

Les agrocarburants ont-ils encore un avenir ? Ces dernières semaines, responsables d’organisations internationales (FMI, FAO, Banque mondiale, Programme alimentaire mondial) et chefs d’Etat ou de gouvernement ont multiplié les critiques, rendant ces carburants d’origine végétale en partie responsables de la flambée des prix alimentaires. La France, qui s’est lancée en 2005 dans un plan ambitieux de construction d’une vingtaine d’usines - subventions à l’appui - était restée discrète. En moins de vingt-quatre heures, trois membres du gouvernement ont abordé la question, sans vraiment clarifier la position française.

Jean-Louis Borloo a plaidé en faveur d’une " une pause sur de nouvelles capacités" pour la première génération d’agrocarburants (à base de céréales et de colza), mardi 22 avril à Rome, en marge du Forum international de l’énergie, où ces produits ont été très décriés. Tout en assurant que les investissements lancés seront "honorés", le ministre de l’écologie et de l’énergie a souligné qu’il fallait mettre l’accent sur la deuxième génération, qui utilisera des cultures non vivrières et des déchets.

Mercredi, Michel Barnier lui répondait sur Radio Classique : "La question n’est pas celle des biocarburants" mais de "la place qu’ils occupent", a souligné le ministre de l’agriculture, rappelant que la France ne leur consacrera que 7 % à 10 % de ses surfaces cultivées en 2010, loin derrière le Brésil et les Etats-Unis (20 % à 30 %). M. Barnier répète que la priorité reste l’alimentation. Quant au secrétaire d’Etat aux transports, Dominique Bussereau, il a estimé qu’il ne fallait pas "interrompre le mouvement en cours sur les biocarburants", en plaidant pour la deuxième génération.

La ligne est pourtant la même, quel que soit le ministère : maintien de l’objectif d’incorporer 7 % d’agrocarburant dans les réservoirs en 2010. Comme l’a confirmé Nicolas Sarkozy début avril, au congrès de la FNSEA. "Il y a trois ans, nous n’avons pas réussi à nous faire entendre. Aujourd’hui, c’est un vrai problème politique. Tous ces investissements réalisés sont encombrants pour le gouvernement", souligne Jean-Claude Bévillard, de France Nature Environnement, qui réclame une baisse des objectifs français et européens (10 % en 2020). Mercredi, Greenpeace s’est félicité des propos de M. Borloo.

Les producteurs de bioéthanol ont répliqué que "sans les biocarburants, la France ne sera pas en mesure de respecter ses engagements en termes d’énergies renouvelables" (20 % en 2020). Ils n’ont pourtant pas à s’inquiéter, les quelque vingt usines prévues pour atteindre l’objectif 2010 sont en service ou en construction.

"IL FAUDRAIT QUE L’ETAT SE RÉVEILLE"

L’Union française des industries pétrolières (UFIP) juge, elle, qu’il sera difficile d’atteindre l’objectif de 5,75 % d’incorporation de pétrole vert dans les carburants dès 2008. Elle réclame un retour à la norme européenne, moins ambitieuse, qui prévoit de parvenir progressivement à un taux d’incorporation de 10 % en 2020.

Dans son rapport Perspectives énergétiques de la France à l’horizon 2020-2050, remis en septembre 2007 au premier ministre, Jean Syrota prône la fin de la détaxation de l’éthanol agricole et "l’arrêt des investissements nouveaux dans la production de biocarburants de première génération". Arguments : des "coûts élevés", l’"utilisation de surfaces agricoles importantes" et leur responsabilité dans le "renchérissement des matières premières".

Mais la France pourra-t-elle, après 2010, passer à la deuxième génération si l’essor de la première est proscrit ? Si les recherches sont en cours, aucune usine n’est en vue. "Tout cela coûte cher. Il faudrait que l’Etat se réveille et y participe. En Allemagne ou aux Etats-Unis, c’est déjà parti", explique Philippe Tillous-Borde, représentant de la filière biodiesel. Outre-Rhin, la première usine de deuxième génération vient d’être inaugurée par la chancelière Angela Merkel. Mais avant de développer industriellement cette nouvelle génération, il faudra du temps, et en démontrer l’efficacité énergétique.

Alors que la France va assurer la présidence de l’UE de juillet à décembre, il va falloir trancher au niveau européen sur le maintien des objectifs d’incorporation de 10 % en 2020. La Grande-Bretagne et la Belgique se disent prêtes à réétudier la question si la responsabilité des agrocarburants dans la flambée des cours est avérée. L’Allemagne a indiqué, mercredi, qu’elle conserve l’objectif européen, mais vient de réduire celui qu’elle s’était fixé pour 2010 dans la production d’éthanol.

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