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Un article de Paule Masson paru dans l’Humanité du 18 février 2005

La France, pays de bas salaires

vendredi 18 février 2005 par Paule Masson
Aujourd’hui, 80 % des rémunérations minimales sont inférieures au SMIC.

Bien que les profits se portent à merveille, la France est devenue un pays de bas salaires. Quoi qu’en dise le baron Seillière, qui considère que les salaires versés par les entreprises auraient progressé de 13,9 % en quatre ans, contre 10 % pour les profits. La poussée revendicative sur le pouvoir d’achat, partout présente dans les cortèges du 5 février dernier, n’est-elle qu’une vue de l’esprit des syndicats et des salariés ?

Le phénomène de tassement des salaires vers le bas est bien réel. Alors qu’aux yeux de la loi aucun salarié ne peut toucher un salaire en deçà du SMIC, le nombre de branches professionnelles dont la grille démarre en dessous du salaire minimum a plus que doublé en quinze ans. Contraints de compenser le manque à gagner, les employeurs ont développé un maquis de primes individualisant les rémunérations au détriment des augmentations générales contenues dans les salaires minimums. Le SMIC, aujourd’hui compris entre 1 178 et 1 195 euros brut en fonction du moment de passage aux 35 heures, est en effet le seul outil qui permet des augmentations collectives. Il fixe légalement le principe que tout salarié, même sans aucune qualification, a droit à un salaire suffisant pour mener une existence normale.

Les fonctionnaires, qui représentent un quart de la population active, ne sont pas mieux lotis. Le premier niveau d’indice joue au yo-yo avec le SMIC depuis des années. Les mesures concédées fin 2004 pour les plus petits traitements n’ont servi qu’à empêcher ces « bas salaires » de la fonction publique de repasser sous la barre du SMIC.

Pour le secteur privé, les données, livrées chaque année en juin par la Commission nationale de la négociation collective, établissent un tableau de la situation sur l’année précédente. Les trois quarts des branches proposent des salaires à l’embauche inférieurs au SMIC et cela touche plusieurs niveaux de qualification. En 2003, par exemple, aucune grille de la métallurgie n’était jugée conforme. 54 % d’entre elles démarraient même en deçà du SMIC 35 heures. Fait plus inquiétant encore, près de 50 % des salariés qui occupent un de ces postes à bas salaire ont toutes les chances d’être dans la même situation deux ans plus tard. Globalement, l’éventail des salaires reste à un niveau très faible, situation organisée par les pouvoirs publics, qui font de la baisse des charges sociales l’alpha et l’oméga de leur politique d’emploi.

Lors de ses voeux aux forces vives, le président de la République a promis que « d’ici trois ans, il ne devrait plus y avoir de charges sociales, pour les entreprises, au niveau du SMIC ». Jacques Chirac livre ainsi un véritable permis aux employeurs de ne pas augmenter les salaires. Exemptés de cotisations sociales (qui par ailleurs manquent pour financer la Sécurité sociale), les patrons sont incités à embaucher au niveau le plus bas et à y laisser les salariés le plus longtemps possible. Comment s’étonner ensuite que la France soit un des pays où le phénomène des travailleurs pauvres (et surtout travailleuses) soit en progression constante ? Selon le Réseau d’alerte sur les inégalités, 16,2 % des Français gagnaient, en 2002, moins des deux tiers du revenu médian net, soit moins que le SMIC.

Tous les syndicats sont d’accord pour considérer la reprise des négociations salariales comme une urgence sociale. Pour la fonction publique, d’abord, puisque les fonctionnaires ont montré le 20 janvier dernier leur désapprobation des mesures unilatéralement décidées par le ministre : 0,5 % au 1er février 2005 et 0,5 % au 1er novembre 2005. Dans le secteur privé, ensuite, car le dépérissement de la négociation salariale se confirme. Le bilan 2003 est, de ce point de vue, éloquent : 196 accords nationaux ont été négociés, contre 213 en 2002 ; 226 textes ont bénéficié d’un avenant salarial sur 680 conventions collectives existantes ; des branches importantes telles que les banques, les bureaux d’étude, l’immobilier ou le commerce de gros n’ont bénéficié d’aucun relèvement de salaires. Pour les 186 branches de plus de 5 000 salariés (sur 274) qui ont procédé à un relèvement salarial, celui-ci se situe entre 1 % et 3 %.

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