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Fabrice Nodé-Langlois - Le Figaro le 31.03.2010

La France prépare le nucléaire de 2040

jeudi 1er avril 2010 par FABRICE NODÉ-LANGLOIS
Doté de 650 millions d’euros du grand emprunt, le CEA prépare un prototype.

Alors que le chantier du premier réacteur nucléaire EPR en France, dit « de troisième génération », bat son plein à Flamanville, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) s’active sur la génération suivante. « Nous devons anticiper la fin des ressources en uranium », a expliqué mercredi Christophe Béhar, directeur de l’énergie nucléaire au CEA, lors d’un point presse. L’équation est assez simple. Selon les évaluations de l’OCDE, dans un scénario de forte relance mondiale du nucléaire, les ressources d’uranium seront épuisées autour de 2050, ou vers 2080 s’il est jugé rentable d’exploiter des ressources non conventionnelles d’uranium issues de phosphates. Or les réacteurs de génération IV retenus par la France, des réacteurs à neutrons rapides (RNR), présentent l’avantage d’utiliser comme combustible des déchets radioactifs et de produire autant de plutonium qu’ils en consommeront.

Outre ces considérations stratégiques, le CEA pousse à activer la recherche sur les RNR avec le souci de maintenir des compétences menacées de disparition. Aujourd’hui, expose Christophe Béhar, il existe une petite centaine d’experts de la filière RNR en France, dont une quinzaine « capables d’intégrer la totalité du projet ». Tous ces ingénieurs et chercheurs seront partis à la retraite d’ici à 2025.

Dynamique internationale

Ce savoir-faire devrait être entretenu grâce au projet Astrid. Astrid (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration), prototype de dimension industrielle (puissance de 600 mégawatts), sera construit au centre du CEA à Marcoule pour être opérationnel en 2020. Le projet a été doté à hauteur de 650 millions d’euros dans le cadre du grand emprunt.

Cette filière des réacteurs à neutrons rapides utilise comme liquide caloporteur du sodium, là où les réacteurs d’EDF emploient de l’eau sous pression. Or le sodium présente l’inconvénient de pouvoir exploser au contact de l’eau, brûler au contact de l’air et, en cas de fuite, provoquer un emballement du cœur du réacteur, jusqu’au scénario catastrophe de la fusion. Faire diminuer ces risques fera partie des défis que relèveront les équipes d’Astrid, qui présentera « des ruptures fortes » par rapport à ses ancêtres Phénix et Superphénix.

La France ne réactive pas seule la filière des RNR. « La scène internationale est très dynamique », relève Christophe Béhar. La Chine, la Russie, le Japon et l’Inde sont sur les rangs.

Six technologies pour la quatrième génération

Les réacteurs nucléaires dits de quatrième génération prendront la relève des mo­dèles comme l’EPR français (troisième génération) à l’horizon 2040. Un groupe d’experts des grandes puissances atomiques, baptisé Forum Génération IV, a été créé pour évaluer les différentes filières futuristes à l’étude.

En 2002, ce forum a sélectionné six types de réacteurs, jugés réalisables. Le projet de « réacteur à onde à combustion » soutenu par le milliardaire fondateur de Microsoft Bill Gates et la firme japonaise Toshiba ne figure pas parmi ces six technologies.

La France a choisi de concentrer ses compétences et ses ressources sur deux filières : les réacteurs à neutrons rapides (RNR) à hélium et les RNR à sodium. Cette dernière filière a été étudiée dès les années soixante dans l’Hexagone avec deux prototypes qui suscitèrent maintes polémiques : Phénix à Marcoule (Gard) et Superphénix à Creys-Malville (Ain). L’un des atouts des RNR mis en avant par le Commissariat à l’énergie atomique : il utilisera comme combustible les déchets radioactifs.

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