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Un article de Sylvestre HUET paru dans Libération du 15 novembre 2005

La France sur la ligne de Kyoto mais gare aux écarts de route

mardi 15 novembre 2005 par Sylvestre Huet
Environnement. Le rendez-vous Climat insiste sur le volet transports.

On tiendra l’objectif, mais tout juste. Qu’il s’agisse du président de la mission interministérielle sur l’effet de serre, Jean-Claude Gazeau, ou de la ministre de l’Ecologie Nelly Ollin, aucune illusion lors de la première journée, hier, du rendez-vous Climat 2005 organisé par le gouvernement. Malgré la modestie de l’objectif de la France (émettre autant de gaz à effet de serre en 2010 qu’en 1990), l’affaire se jouera à « quelques millions de tonnes », avoue la ministre.

Performance. Le défi s’explique en deux chiffres. En 1990, deux secteurs (transports et résidentiel-tertiaire) représentaient 37 % des émissions du pays. En 2003, ils grimpaient à 51 %. Les autres secteurs (industrie, énergie, agriculture, déchets...) parviennent à diminuer leurs émissions. Une performance qui permet à la France d’afficher, en 2004, une baisse de 4 % sur 1990, avec 402 millions d’équivalent tonnes de pétrole. Mais le transport, voitures et camions pour l’essentiel, frise les 150 millions et a augmenté ses émissions de 23 % depuis 1990.

Et le secteur du bâtiment évolue trop lentement. Les normes (la réglementation 2005 va exiger une baisse de 15 % de la consommation d’énergie des bâtiments neufs) ne s’appliquent qu’aux nouvelles constructions, alors que le bâti ancien reste de piètre qualité thermique.

L’essentiel des mesures proposées consiste à tenter de contenir les émissions de ces deux secteurs dont un « diagnostic énergie » obligatoire pour la vente ou la location de logements. Pour le transport routier, les trois quarts des réductions d’émissions visées proviennent des biocarburants (7 millions de tonnes) et du respect des limitations de vitesse (3 millions de tonnes). Moyens : des radars et 290 millions d’euros, dès 2006, consacrés à booster la production de biocarburants. Le Premier ministre vante l’étiquetage des véhicules neufs, en sept catégories, afin d’inciter les consommateurs à acheter des voitures comme on achète un lave-linge économe... Mais on en n’attend que 0,3 million de tonnes d’économies.

Critiques. Le rapport officiel du bilan du plan Climat ­ c’est tout l’intérêt de la mécanique du protocole de Kyoto que d’obliger à publier chaque année un état des lieux précis ­ expose d’ailleurs une critique en règle du volet transport de la politique suivie pour le fret. « Le transport combiné rail-route connaît des difficultés » ; « le ferroutage est inadapté à la plupart des poids lourds ». Quant à l’autoroute ferroviaire Luxembourg-Perpignan pour les camions, vantée par Dominique de Villepin, elle devrait démarrer avec un train par jour !

Conclusion du rapport : « Cette situation ne modifiera pas sensiblement la part de marché du transport routier. » Pourtant, ce même rapport indique la voie à suivre en notant que la diminution des émissions du transport aérien domestique (­ 16 % entre 2000 et 2003) provient principalement des voyages effectués en TGV qui a pris des parts de marché aux avions.


Des mesures sur le solaire

Dominique de Villepin a délivré hier un message empreint d’autosatisfaction : la France serait « parmi les plus avancés dans la lutte contre les changements climatiques ». Elle a « défendu sans relâche l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto ». Tente de « convaincre tous les pays industrialisés et les grands pays émergents de [la] rejoindre ». Et souhaite « dès maintenant négocier de nouveaux engagements sur les émissions de CO2, car nous ne pouvons pas compter sur le développement de nouvelles techniques pour atteindre nos objectifs environnementaux ». Le Premier ministre a surtout décliné une série de mesures destinées à atteindre l’engagement de la France ­ émettre autant de gaz à effet de serre en 2010 qu’en 1990. Un crédit d’impôt porté à 50 % pour l’achat d’un chauffe-eau solaire (leurs ventes ont doublé depuis l’an dernier). Et une augmentation de 50 % du tarif d’achat de l’électricité photovoltaïque aux particuliers, de 100 % pour les installations collectives ou industrielles. Avec le plan éolien et les investissements en hydroélectricité, « nous tiendrons l’objectif des 21 % d’électricité renouvelable en 2010 », a-t-il affirmé. En revanche, malgré la référence à la nécessaire « division par quatre » des émissions d’ici à 2050 et à l’ère de « l’après-pétrole », ces deux thèmes n’ont fait l’objet d’aucun développement.

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