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Un article de Lorraine MILLOT paru dans Libération le 23 janvier 2006

La Géorgie et l’Arménie en panne de gaz russe

lundi 23 janvier 2006 par Lorraine MILLOT
Explosions d’un gazoduc et d’une ligne électrique. Tbilissi accuse Moscou.

Dès dimanche matin, les télévisions russes ont montré des bouts de tuyaux brûlés ou brisés net gisant dans les montagnes du Caucase : selon Moscou, c’est la seule raison pour laquelle, depuis hier, la Géorgie et l’Arménie ne reçoivent plus de gaz. Deux explosions auraient brisé hier à l’aube, sur le sol russe tout près de la frontière géorgienne, le gazoduc Mozdok-Tbilissi, qui livre la Géorgie et l’Arménie. Une troisième explosion a endommagé une ligne électrique, réduisant aussi les livraisons d’électricité russe à ce pays.

Sachant que la Russie est en ce moment à court de gaz et d’électricité au point de ne plus subvenir aux commandes de ses clients ouest-européens, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a aussitôt accusé la Russie d’avoir elle-même saboté ces tuyaux, pour s’alléger de clients peu rémunérateurs. « La Géorgie a été l’objet d’un grave sabotage de la part de la Fédération de Russie », s’est écrié hier Saakachvili, qui, depuis son accession au pouvoir à l’automne 2003, entretient une relation très conflictuelle avec Moscou. « Les hommes politiques russes nous ont longtemps menacés de nous laisser sans lumière et sans gaz, a rappelé le président géorgien. Et maintenant cela est arrivé, au moment où la Géorgie connaît son hiver le plus froid. » De fait, Moscou a prévenu hier que la réparation du gazoduc pourrait prendre « plusieurs jours » en raison du mauvais temps. La Géorgie n’a que vingt-quatre heures de réserves de gaz, a reconnu hier le vice-ministre de l’Energie, Aleko Khetagourov. En Arménie, les premières restrictions ont dû être imposées dès hier.

Tarifs relevés. Ces explosions sont d’autant plus suspectes que la Russie était, ces derniers jours, en difficiles négociations autant avec la Géorgie que l’Arménie, pour relever les prix de son gaz. Les deux pays viennent d’être contraints à payer 110 dollars les 1 000 m3, contre 60 auparavant pour la Géorgie et 56 pour l’Arménie, dernière alliée de la Russie dans cette région. Même relevés, ces tarifs restent toutefois très inférieurs aux quelque 200 dollars que Gazprom impose à ses clients ouest-européens.

De là à soupçonner les Russes d’avoir coupé la livraison de ses mauvais payeurs caucasiens pour vendre plus de gaz à ses clients européens... il n’y a qu’un pas, que beaucoup en Géorgie, ou même à Moscou, jugeaient « dévastateur » mais « vraisemblable ». En effet, depuis quelques jours, les clients européens de Gazprom, particulièrement l’Italie, la Finlande ou la Hongrie, se plaignent que la Russie ne leur livre pas les quantités de gaz dont elles auraient besoin par les froids records actuels.

« Guerre du gaz ». Quelle que soit la véritable raison de la rupture du gazoduc, ce nouvel incident, juste après le grave conflit du nouvel an avec l’Ukraine, vient avant tout remettre en question la fiabilité de la Russie comme fournisseur. Le 1er janvier 2006, Moscou avait coupé les livraisons de gaz à l’Ukraine jusqu’à ce qu’elle accepte un relèvement des tarifs jusqu’à 230 dollars les 1 000 m3 (contre 50 dollars auparavant). Depuis, on parlait déjà de « guerre du gaz » et du fait que Moscou se sert de ses hydrocarbures comme d’une arme. Cette fois, ce ne sont plus que des mots, les gazoducs ont bel et bien sauté.

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