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Olivier Truc | Le Monde du 14.05.2008

La Lituanie se bat pour la survie de la centrale nucléaire d’Ignali

mercredi 14 mai 2008 par Olivier Truc

Après une médiation des pays voisins, la Suède et la Pologne, associés à la présidence slovène de l’Union européenne, les Lituaniens ont annoncé, dimanche 11 mai, qu’ils étaient prêts à lever leur veto au lancement des négociations entre la Russie et l’Union européenne (UE) sur un nouvel accord de partenariat. Vilnius avait bloqué, fin avril, le mandat de la Commission, exigeant d’y voir figurer des questions sensibles pour elle en matière de sécurité, comme l’interruption par Moscou des livraisons de pétrole via l’oléoduc Droujba.

Derrière ce geste se profile surtout la question de l’avenir de l’unique centrale nucléaire lituanienne d’Ignalina. La Lituanie s’était engagée à fermer ses deux réacteurs de type Tchernobyl sous la pression de Bruxelles, qui en avait fait une condition indispensable à son adhésion à l’UE en mai 2004. Un premier réacteur a été fermé fin 2004. "C’était facile pour le gouvernement d’alors, explique Viktor Sevaldin, directeur de la centrale depuis l’indépendance du pays en 1991, car le premier bloc produisait de l’électricité qui ne servait qu’à être exportée. La fermeture du second bloc est plus dure, car il produit 80 % de l’électricité consommée en Lituanie." La question est donc : comment résoudre la sécurité énergétique du pays une fois le second bloc fermé, ce qui devrait être fait fin 2009, selon l’accord négocié avec l’UE ?

Les relations avec la Russie sont dans ce domaine très mauvaises. Depuis deux ans, la Lituanie accuse Moscou de bloquer ses livraisons de pétrole vers la raffinerie de Mazeiku, la seule des pays baltes, au prétexte que celle-ci a été vendue à des intérêts polonais plutôt que russes. En début d’année, le géant russe Gazprom a par ailleurs augmenté d’environ 35 % le prix de son gaz naturel vendu aux Lituaniens, aggravant la spirale inflationniste (11,7 % en avril) dans laquelle le pays se débat.

Officiellement, assure-t-on à Vilnius, Ignalina n’a pas été un objet de marchandage lors de ces discussions au niveau européen. Pourtant, même s’il n’ose pas en faire ouvertement un objet de marchandage, le gouvernement lituanien tente de contester les engagements qu’il a dû prendre de fermer sa centrale d’ici à 2009. "C’est regrettable, constate M. Sevaldin, mais le gouvernement n’a pas pris à temps les mesures nécessaires pour que des sources alternatives soient prêtes."

IMPORTATIONS DE GAZ

Une nouvelle centrale, en partenariat avec l’Estonie, la Lettonie et la Pologne, devrait être construite, mais le projet est actuellement indécis. Et il faudra de toute façon dix longues années durant lesquelles la Lituanie sera à la merci des importations de gaz de la seule Russie. Une situation insupportable, estime-t-on à Vilnius.

Les Lituaniens sont d’autant plus à cran que les Russes ont annoncé il y a quelques semaines un projet de centrale nucléaire dans l’enclave russe de Kaliningrad, située entre la Lituanie et la Pologne, qui remettrait en cause la viabilité du projet lituanien. Certains pensent qu’il s’agit d’une manoeuvre de Moscou.

Selon le directeur de la centrale, Ignalina peut être prolongée sans problème jusqu’à 2012. L’objectif des Lituaniens est d’obtenir cette rallonge afin de raccourcir le plus possible le délai entre la fermeture de la centrale et l’ouverture d’une nouvelle. La Lituanie a mis sur pied depuis peu un groupe spécial chargé de faire du lobbying en ce sens auprès de Bruxelles. En vain jusqu’à présent, même si le lobbyiste en chef, Aleksandras Abisala, estime qu’il ne doit y avoir aucun tabou sur cette question.

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