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Article de Lorraine MILLOT paru dans Libération le 11 octobre

La Russie dégaze les firmes étrangères de Chtokman

mercredi 11 octobre 2006 par Lorraine MILLOT
In fine, Gazprom renonce à partager l’exploitation de ce gisement prometteur.

Cela ressemble à un beau bras d’honneur : au bout de plus de deux ans de promesses et de négociations avec les principales compagnies gazières du monde, Gazprom a soudain annoncé, lundi soir, qu’il comptait développer tout seul le gisement de Chtokman, l’un des plus prometteurs mais aussi des plus difficiles d’accès, au fond de la mer de Barents (quelque 600 kilomètres au nord-ouest de Mourmansk).

« Yankee go home ! » résumait hier en titre le quotidien russe Vremia Novosteï, expliquant que le géant gazier russe, étroitement contrôlé par le Kremlin, a ainsi « fait une croix sur le dialogue énergétique russo-américain » et sans doute aussi sur son entrée prochaine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En juillet, les Etats-Unis ont une nouvelle fois bloqué l’adhésion de la Russie à l’OMC : ce cavalier seul serait l’une des réponses du Kremlin.

En septembre 2005, puis en février 2006 encore, Gazprom avait établi et confirmé une short list de cinq compagnies étrangères ­ les norvégiens Statoil et Hydro, le français Total et les américains Chevron et ConocoPhillips. Le géant russe disait vouloir mener des négociations « approfondies » pour choisir deux ou trois partenaires, afin de partager les risques d’exploitation de ce gisement enfoui à 300 mètres de fond et requérant plus de 10 milliards de dollars d’investissements. Les norvégiens étaient jugés favoris du fait de leur maîtrise des techniques d’exploitation offshore. Les américains étaient aussi bien placés, car Gazprom voulait liquéfier le gaz pour le livrer par tankers aux Etats-Unis

« Le marché numéro 1 pour Gazprom, c’est l’Europe », a soudain déclaré, lundi, le PDG de Gazprom Alexeï Miller. Il a annoncé que le gaz de Chtokman ne serait finalement pas vendu aux Etats-Unis mais livré à l’Europe, via le futur gazoduc baltique en construction pour relier directement la Russie à l’Allemagne. « Il y a eu tellement de déclarations différentes que ce n’est peut-être pas là une décision définitive », soulignait hier Sergueï Ejov, directeur adjoint d’un institut d’études énergétiques à Moscou. Cette nouvelle volte-face confirme toutefois une ligne directrice de la politique énergétique russe, ces derniers temps : multiplier les tensions et les imprévus pour entretenir la hausse des prix mondiaux des hydrocarbures. « La Russie a intérêt à des prix élevés et elle ne veut pas d’un marché concurrentiel sur son territoire », reconnaît Sergueï Ejov.

Le camouflet infligé aux investisseurs étrangers a toutes les chances de retarder l’exploitation de Chtokman, prévue à partir de fin 2011, notaient hier de nombreux experts. « Dans les années à venir, Gazprom doit d’abord investir plusieurs dizaines de milliards de dollars pour exploiter les gisements du Yamal (nord-ouest du pays) et la mise en exploitation de Chtokman sera sans doute reportée de trois à cinq ans », estime Valeri Nesterov, expert de la société russe de courtage Troïka Dialog.

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