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Article de Désirée BRARD paru dans Libération le 20 septembre 2006

La Russie veut changer la règle du jeu du gaz

vendredi 22 septembre 2006 par Désirée BRARD

C’est bien la première fois qu’on entend la Russie se préoccuper de son environnement. Mais c’est la meilleure idée que le Kremlin ait trouvée pour intimider un investisseur étranger gênant ses propres ambitions énergétiques. Shell exploite depuis 2003 sur le sol russe un gigantesque projet pétrolier de 20 milliards de dollars, Sakhaline 2, qui doit lui permettre d’être le premier à vendre du gaz naturel liquéfié (GNL) au Japon, à la Corée du Sud, aux Etats-Unis et à la Chine.

« Faille ». Un programme juteux auquel aucune compagnie russe ne participe pour l’instant, au grand dam du Kremlin. C’est donc le ministère des Ressources naturelles qui s’est chargé de trouver une « faille » dans le projet du consortium Sakhaline Energy, détenu à 55 % par Shell, à 25 % par Mitsui et à 20 % par Mitsubishi. Officiellement, le consortium n’aurait pas fourni les documents prouvant le respect des normes environnementales. Le parquet a donc révoqué provisoirement, lundi, sa licence d’exploitation, obligeant à arrêter les travaux alors que 80 % de l’infrastructure est en place et que des contrats de vente ont été signés, notamment avec des compagnies japonaises. Selon une source proche du consortium citée par le quotidien Kommersant, si Shell ne respecte pas les délais de livraison, il devra des « centaines de millions de dollars » de pénalités de retard .

Si réels soient-ils, les problèmes environnementaux ont bon dos. Le Kremlin voit d’un mauvais oeil les grands projets pétroliers occidentaux lui échapper, même partiellement. « Cette campagne est menée pour modifier les accords de partage de production (APP) qui ne sont plus aussi avantageux pour la Russie », souligne Valeri Nesterov, analyste à Troïka Dialog. Signés dans les années 90 à des conditions très avantageuses pour les pétroliers, ces accords qui ne peuvent être unilatéralement modifiés ont été maintes fois critiqués à Moscou, surtout depuis que Shell a annoncé, en 2005, le doublement de ses coûts d’investissement, de 10 à 20 millions de dollars. Or les APP prévoient que l’Etat ne commence à en tirer des bénéfices qu’une fois les coûts d’investissement remboursés... D’où les mesures d’intimidation envers Shell, mais aussi Exxon et Total. Et les menaces du ministère des Ressources naturelles d’annuler et non plus de suspendre les licences d’exploitation pour « mauvaise gestion » des gisements.

« Compromis ». Chez les experts, personne ne croit vraiment à un tel coup de force. La Commission européenne a déjà fait savoir, hier, qu’elle serait très vigilante. Un « retrait des licences ne profiterait à personne », estime l’analyste Konstantin Cherepanov. Mais comme le suggérait hier à demi-mot le ministre russe de l’Economie, Guerman Gref, les pétroliers vont devoir faire des « compromis ». En renonçant peut-être à leur régime fiscal avantageux ou, s’agissant de Shell, en acceptant l’entrée dans Sakhaline 2 de Gazprom, comme par hasard très intéressé, aux conditions imposées par le Kremlin.

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