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Un article de Alain Faujas paru dans le Monde du 15 juin 2006

La Société générale s’attend à l’explosion de la "bulle" spéculative sur les matières premières

jeudi 15 juin 2006 par Alain Faujas

Le marché des matières premières devrait connaître une chute sévère au dernier trimestre 2006 ou au premier trimestre 2007, et peut-être même avant compte tenu de la correction constatée depuis quinze jours.

Le prix du palladium devrait perdre 58,4 %, ceux du nickel 54,8 %, de l’argent 54,2 %, du zinc 53,5 %, du platine 43,4 %, par rapport à leur plus haut niveau du mois de mai. Le pétrole (- 30,7 %) et l’or (- 27,3 %) résisteraient mieux. Telles sont les conclusions d’une étude de Société générale Cross Asset Research, conduites par Alain Bokobza (stratégie), Frédéric Lasserre (matières premières), Luc Pez (métaux et mines) et Aymeric de Villaret (pétrole).

Leur étude est une mise en garde adressée aux investisseurs professionnels ou amateurs qui seraient tentés de parier sur le prolongement de la formidable ascension des prix des matières premières depuis six mois. Car il s’agit d’une "bulle", écrivent-ils, puisqu’on constate "un écart persistant et injustifié" entre leur prix et leur valeur de long terme.

Cette bulle est d’abord née d’un doute des marchés sur la capacité de l’offre à satisfaire une demande en forte hausse car alimentée par la belle croissance mondiale en général et par l’appétit pantagruélique de la Chine en particulier.

Il y avait, bien sûr, le débat sur la date de l’épuisement des réserves en hydrocarbures, le fameux "peak oil", mais les investisseurs savent aussi qu’il s’écoule une dizaine d’années entre le moment où la demande se réveille et celui où une mine ou un puits entrent en exploitation.

L’étude note qu’à partir de 2003, l’afflux de capitaux en quête de diversification a été sans précédent vers les matières premières. Elle chiffre à 80 milliards de dollars (64 milliards d’euros), fin 2005 (+ 34,6 % par rapport à 2004), les capitaux investis sur les principaux indices. Cet engouement serait moins le fait des fonds spéculatifs (hedge funds) que des fonds communs de placement et des fonds mutuels.

"FILLE DE LA BULLE TECHNOLOGIQUE"

Ces peurs et ces liquidités ont provoqué des hausses inaccoutumées : entre le dernier trimestre de 2005 et le premier de 2006, le cours du pétrole s’est apprécié de 41 %, ceux de l’or de 50 %, de l’argent de 90 %, du cuivre de 121 % et du zinc de 142 %. La "bulle", qui a commencé en novembre 2001, est la plus longue (54 mois, au lieu de 28 mois en moyenne) et la plus forte (+ 103 %, au lieu de 35 % en moyenne) parmi les six fortes hausses enregistrées depuis 1970. Pour les experts, elle est "la fille de la bulle technologique de 2000". Echaudés par la chute des actions, les gestionnaires avaient diversifié leurs allocations dans l’immobilier d’abord, les fonds spéculatifs puis les matières premières.

Comme pour la "bulle technologique" où certains prétendaient que les nouvelles technologies de l’information introduisaient de "nouveaux paradigmes", des experts prétendent que les changements structurels dans certains pays émergents comme l’Inde, la Chine ou le Brésil autorisaient de valoriser énormément les minerais et les entreprises qui les exploitent. Il s’agit de "la même exubérance irrationnelle", selon l’étude : partant de constats fondés, les investisseurs font preuve de "moins en moins de discernement", comme ils l’ont fait à un moment pour les start up.

Le cours du cuivre a remplacé celui de Nokia, mais l’explosion est autant garantie. A quelle date ? Si l’on en croit le ratio de couverture des stocks de pétrole, elle aurait lieu douze mois à partir de juillet 2005. Néanmoins les ouragans prévus dans le golfe du Mexique et les soubresauts de la crise nucléaire iranienne pourraient retarder la prise de conscience par les acteurs que les matières premières sont devenues l’investissement le plus risqué, après les actions des pays émergents.

Quel événement déclenchera le phénomène ? "Une violente correction sur les marchés actions, quelle qu’en soit l’origine, entraînerait dans sa chute ceux des matières premières, ne serait-ce que parce que de nombreux hedge funds devraient prendre leurs profits pour financer des appels de marge", répondent les auteurs.

L’étude s’achève par des conseils aux investisseurs afin qu’ils adoptent des positions de prudence sur les métaux et les valeurs pétrolières, qui connaîtront des fortunes diverses. Certes, "les cours (des métaux) resteront très au-dessus des normes historiques, même en fin 2007", concluent les auteurs, mais la volatilité et la sélectivité vont faire le tri entre les matières premières qui résisteront (pétrole, aluminium, or) et celles qui dégringoleront (cuivre, zinc, palladium).

Toujours le même phénomène de retour au réel qui avait débarrassé, en 2000, le secteur des nouvelles technologies de ses canards boiteux.

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