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Article de Guillaume Perrier paru dans le Monde du 15 juillet 2007

La Turquie inaugure l’oléoduc BTC, "route de la soie du XXIe siècle"

samedi 15 juillet 2006 par Guillaume Perrier

Une nouvelle route qui va "changer la carte énergétique du monde", selon John Browne, le patron de BP, principal maître d’oeuvre du pipeline. "La route de la soie du XXIe siècle", a surenchéri le président de la République turque, Ahmet Necdet Sezer.

Objet de tous les satisfecit, l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), qui traverse l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, trois alliés des Etats-Unis, a été officiellement inauguré, jeudi 13 juillet, au terminal Haydar Aliev de Ceyhan, dans le sud de la Turquie. Le gratin de l’industrie pétrolière et un parterre de chefs d’Etat et de ministres étaient présents, protégés par plus de 5 000 militaires et policiers. L’immense jetée, longue de 2,5 km, fonctionne depuis un mois. Et sept tankers sont repartis les cuves chargées de pétrole azerbaïdjanais.

Réalisation hautement stratégique, le BTC, long de 1 765 km, et dont le coût final dépasse les 4 milliards de dollars, achemine désormais le brut de la mer Caspienne jusqu’au port turc de la Méditerranée, porte d’entrée sur les marchés occidentaux. Le Kazakhstan y enverra également une partie de sa production.

"Nous croyons en ce projet pour la sécurité énergétique dans la région", a affirmé Clay Sell, l’envoyé du président américain George Bush. Face à un Moyen-Orient instable, l’oléoduc BTC, largement soutenu par Washington, va offrir une source d’approvisionnement alternative et fera transiter, à terme, 50 millions de tonnes de brut par an.

"Pour les Européens aussi, c’est un accès "différent" à des sources énergétiques convoitées", glisse Dominique Lagarde, ministre du commerce extérieur, qui représentait la France à la cérémonie officielle. Car le tracé du BTC évite soigneusement l’Iran et court-circuite la Russie, qui contrôlait jusqu’ici les réserves de la mer Caspienne. Moscou n’avait d’ailleurs envoyé aucune délégation à Ceyhan.

AU CoeUR DU CORRIDOR ÉNERGÉTIQUE

Anciennes zones d’influence traditionnelles de la Russie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie se rangent désormais dans le camp américain. "Nos pays sont jeunes et le plus important, c’est l’indépendance", a martelé Ilham Aliev, l’homme fort de Bakou. Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvilli, en conflit avec Gazprom et le Kremlin, a de nouveau affirmé que "le BTC est bien plus qu’un pipeline. Le désir d’indépendance n’est plus une fantaisie (...). C’est une réalité". Les deux Etats caucasiens de l’ex-URSS espèrent maintenant adhérer à l’OTAN.

Pour la Turquie, l’ambition affichée par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan est de " jouer le rôle de pont entre les pays producteurs et les pays consommateurs". Située au coeur de ce nouveau corridor énergétique est-ouest, Ankara veut devenir incontournable pour l’Europe et pour les Etats-Unis. Et faire de la question de l’approvisionnement en gaz et en pétrole le meilleur argument en faveur de son adhésion à l’Union européenne.

Une stratégie qui pousse la Turquie à multiplier les projets de gazoducs et d’oléoducs. Outre le BTC, un gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum sera mis en service fin 2006 et fera transiter le gaz naturel azéri et turkmène. Et un axe nord-sud, de Samsun, sur la mer Noire, à Ceyhan, est également en cours de réalisation. "Bientôt, il y aura du pétrole russe, kazakh, azéri et iraquien à Ceyhan", s’enthousiasme le premier ministre turc. L’oléoduc a aussi pour mérite de décongestionner les détroits turcs du Bosphore et des Dardanelles.

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