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Joëlle Stolz | Le Monde le 29.03.2008

La bataille autour de l’ouverture du secteur pétrolier divise les Mexicains

samedi 29 mars 2008 par Joëlle Stolz

La bataille fait rage au Mexique entre les partisans d’une ouverture du secteur pétrolier au privé et les défenseurs du monopole de l’Etat. Le pays vient tout juste de commémorer, le 18 mars, le 70e anniversaire de la nationalisation du pétrole par le général Lazaro Cardenas. Mais le gouvernement du président Felipe Calderon, du Parti d’action nationale (PAN, droite), doit préciser, en avril, comment la société nationale de pétrole Pemex pourrait nouer des partenariats avec d’autres entreprises.

La principale formation de la gauche parlementaire, le Parti de la révolution démocratique (PRD), assure, elle, que des "pirates" veulent s’emparer des richesses mexicaines. L’opinion publique a été échaudée par les précédentes privatisations, notamment des banques. Une seule est restée mexicaine et, aujourd’hui, les services bancaires coûtent 30 % plus cher au Mexique qu’en Europe ou aux Etats-Unis.

M. Calderon assure qu’il n’est pas question de brader le pétrole, mais de "transformer" la Pemex pour qu’elle puisse surmonter son retard technologique et accéder aux gisements en eaux profondes du Golfe du Mexique. "Il n’est ni raisonnable ni efficace que le cadre institutionnel exige de Pemex qu’elle réalise seule presque toutes les opérations critiques, sans aucune flexibilité pour s’appuyer sur (d’autres) entreprises", souligne son directeur, Jesus Reyes Heroles.

Le chef charismatique du PRD, Andres Manuel Lopez Obrador, a averti que "le vol du pétrole" risquait d’ouvrir la voie à "une confrontation violente". Il a lancé un "plan de résistance civile pacifique", qui prévoit de bloquer le Congrès, puis les routes et les aéroports, et enfin les installations de la Pemex, si le gouvernement persévérait dans son projet.

BAISSE DE LA PRODUCTION

Pour les opposants à la réforme, il s’agit d’une capitulation sous la pression des Etats-Unis, inquiets de voir leur échapper le pétrole irakien et désireux de s’assurer le contrôle de gisements latino-américains. Pour leurs adversaires, c’est la seule voie réaliste si l’on veut compenser le déclin accéléré des gisements actuels : le plus important, celui de Cantarell, a baissé de 39,5 % en cinq ans, avec une production de 1,2 à 1,3 million de barils par jour (b/j) en 2008, contre 2,14 millions de b/j en 2003. M. Reyes Heroles estime que les réserves prouvées d’hydrocarbures du Mexique sont de 14,717 milliards de barils d’équivalent pétrole - 5,1 % de moins qu’en 2006. La production mexicaine de brut est tombée début 2008 au-dessous des 3 millions de b/j, un recul de 8,8 % par rapport à 2004.

Endettée, la Pemex finance 40 % du budget de l’Etat, auquel elle doit abandonner 58 % de ses recettes. Elle est aussi prisonnière d’un carcan plus rigide - toute intervention privée dans les activités d’exploration et de production est interdite par la Constitution mexicaine - que celui existant à Cuba, en Algérie ou au Venezuela. Le gouvernement évoque la compagnie brésilienne Petrobras, qui a su développer une maîtrise des gisements en eaux profondes.

M. Calderon espère négocier l’appui du vieux Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre), susceptible de former une majorité suffisante au Congrès avec le PAN au pouvoir. Mais un tiers des députés du PRI s’opposent à tout schéma de privatisation. Le gouvernement devra sans doute se rabattre sur une réforme moins ambitieuse.

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