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Eric Nunès |LE MONDE POUR MATINPLUS | 05.07.07 |

La bataille du plan climat parisien

jeudi 5 juillet 2007 par Eric Nunès

L ’été démarre sur d’inquiétants phénomènes météorologiques : canicule dans le sud et l’est de l’Europe, inondation dans le Nord, déficit chronique des nappes phréatiques en France... Les preuves d’un dérèglement climatique ne cessent de s’accumuler. Signataire du protocole de Kyoto, la France s’est engagée à réduire par quatre ses émissions de gaz à effet de serre (GES), premier facteur du réchauffement planétaire, d’ici à 2050.

Paris, avec ses 70 millions de mètres carrés de logements, ses 50 millions de mètres carrés de bureaux et d’activités, consomme près de 35 000 GWh/an et génère un flux de près de 30 millions de tonnes de marchandises par an. La ville produit à ce titre 7 % de la production de GES en France. La Mairie de Paris s’est engagée en janvier 2007 à élaborer un plan climat local sur la base d’un Livre blanc rassemblant les suggestions de 1 500 Parisiens.

Le 25 juin dernier, le Conseil de Paris devait voter ce dernier gros projet de l’actuelle mandature (avant les prochaines élections municipales de mars 2008). Il n’en a rien été. Le projet ne sera pas soumis au vote du Conseil avant octobre prochain. A l’origine de ce report : des tensions au sein de la majorité municipale. "Nous avons encore des points à négocier afin de nous doter d’un plan réellement ambitieux", explique René Dutrey, président des Verts au Conseil de Paris. "Le dossier est incomplet", corrobore un porte-parole de Bertrand Delanoë. Le principal point d’achoppement porte sur la rénovation de l’habitat.

UN COÛT DE 12 MILLIARDS D’EUROS D’ICI À 2050

La capitale compte environ 1,3 million de logements privés. 85 % sont anciens et ont des performances énergétiques médiocres. "Aujourd’hui, les logements parisiens consomment en moyenne 270 kWh au mètre carré. L’objectif est de parvenir à 15 kWh/m2", estime René Dutrey. Pour réaliser de pareilles économies d’énergie, les solutions sont multiples : une meilleure isolation, installation de chauffe-eau solaire, système de chauffage économe en émission de carbone... Selon les Verts parisiens, la rénovation du bâti parisien coûterait 12 milliards d’euros d’ici à 2050.

Yves Contassot, adjoint au maire chargé de l’environnement, propose une panoplie d’incitations fiscales et réglementaires pour susciter l’intérêt des propriétaires. L’élu Vert évoque "un surcroît de 20 % de constructibilité pour les monopropriétaires, une exonération de taxe foncière pendant cinq ans pour les copropriétaires et un financement à taux zéro".

Si des solutions se dessinent pour la rénovation du parc privé, de grosses interrogations demeurent en ce qui concerne le financement de l’amélioration des performances énergétiques des logements sociaux (la Ville en compte environ 200 000). "Les bailleurs sociaux ne pourront financer les travaux nécessaires sans aide", estime Yves Contassot, pourtant Christian Sauter [adjoint au maire de Paris, chargé du développement économique, des finances et de l’emploi] s’oppose au financement des points les plus coûteux." " La Mairie devra mettre un gros chèque sur la table", répète René Dutrey. "Les écolos veulent toujours aller très loin sans tenir compte des contraintes de temps et d’argent, répond un proche du maire de Paris, comme toujours ils mettent la pression comme à la veille d’un projet important." En juin 2006, les Verts parisiens s’était abstenus lors de l’adoption du plan local d’urbanisme. Il avait néanmoins été voté.


Une taxe verte pour les touristes

Le tourisme est un gros émetteur de gaz à effet de serre. Un phénomène "essentiellement dû au trafic aérien qu’il engendre", explique Yves Contassot. Si freiner une des principales industries de la Ville de Paris n’est pas envisageable, une taxe sur le principe "pollueur/payeur" sera débattu.

"Une obole qui s’ajoutera à la taxe de séjour et qui permettra de financer la rénovation du parc hôtelier", indique l’élu Vert.

Laurence Caramel | le Monde du 05.07.07.

La pollution de l’air en Ile-de-France reste une menace constante pour la santé

Après le métro, les aéroports. Ecologie sans frontière (ESF) devait interpeller officiellement, mercredi 4 juillet, le président d’Airparif pour qu’il exige d’Aéroports de Paris, membre du conseil d’administration de l’association, de pouvoir procéder à des mesures de pollution à l’intérieur des sites d’Orly et de Roissy-Charles de Gaulle. L’organisme chargé de surveiller la qualité de l’air en Ile-de-France n’y est jamais parvenu. La seule enquête, qui date de 2003, avait été réalisée sur la base de capteurs placés dans les communes avoisinantes de l’aéroport du nord de la capitale. Et des niveaux de dioxyde d’azote supérieurs de 20 % à la moyenne régionale y avaient alors été relevés.

ESF n’est pas seule à s’inquiéter de cette situation. Des associations de riverains de Roissy ont demandé une enquête publique à l’intérieur de la zone aéroportuaire. La direction des affaires sanitaires et sociales a accepté de la financer aux trois quarts. Sur le principe ADP, a donné son accord, mais Airparif attend toujours sa contribution pour boucler le budget de l’enquête.

Cet épisode "aérien" alimente la polémique sur la mesure de la pollution, ouverte en juin par ESF avec la publication d’une étude jugeant notoirement sous-évalués les niveaux de pollution dans l’agglomération parisienne. Une polémique assez sérieuse pour que la secrétaire d’Etat à l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet annonce l’adoption, dès cet été, d’une circulaire fixant des seuils d’information et d’alerte sur la concentration de particules responsables de maladies respiratoires, d’allergies, voire de cancers. Les particules ciblées seraient pour l’instant les plus "grosses", les PM10, d’un diamètre inférieur à 10 microns.

BUDGET FIGÉ

Airparif a de son côté tenu, mardi 3 juillet, une conférence de presse pour défendre son travail, tout en en reconnaissant les limites fixées par un budget qui depuis dix ans n’a pas augmenté. Alors que les problèmes de pollution deviennent de plus en plus complexes, qu’il faudrait financer de nouvelles recherches et équiper les stations de mesure d’appareils plus pointus.

Sur les six stations proches des grands axes de circulation, seules la moitié sont équipées de capteurs de particules. L’étude des particules ultrafines, inférieures à un micron, n’est pratiquée que de façon expérimentale à Gennevilliers. "Ce sont pourtant les plus dangereuses pour la santé, car elles sont piégées dans les alvéoles pulmonaires", explique Henri Worthmam, chimiste à l’université de Provence.

Le débat porte autant sur les émissions de polluants contrôlés que sur ceux qui ne font l’objet d’aucune réglementation, mais dont les effets ne sont pas moins nocifs. Dans la première catégorie, les seuils retenus (240 microgrammes/m3) pour déclencher une alerte à l’ozone - qui reste le problème numéro un en Ile-de-France - sont ainsi jugés par les médecins intolérables pour la santé. Une concentration deux fois moindre est considérée comme nuisible par l’Organisation mondiale de la santé. Or "nous sommes en permanence à des niveaux bien supérieurs", reconnaît le directeur d’Airparif, Philippe Lameloise. Il serait selon lui plus pertinent de s’attaquer à la pollution de fond, plutôt que de se focaliser sur les pics de pollution qui surviennent quelques jours par an et sur lesquels il est généralement trop tard pour agir.

André Picot, toxicochimiste et directeur de recherche honoraire au CNRS, pointe "l’absence de dosage de certaines substances comme le 1.3 butadiène, qui, relâchées par les gaz d’échappement des voitures, ont les mêmes effets leucémiants que le benzène". Ou encore "une trop grande négligence à l’égard des formaldéhydes, récemment classés cancérigènes chez l’homme, eux aussi émis dans les gaz d’échappement".

Au total, la pollution baisse-t-elle dans l’agglomération parisienne ? C’est bien à cette question que se ramène la polémique. La Mairie de Paris, qui a fait de l’amélioration de la qualité de l’air une de ses priorités, a sans surprise tendance à mettre en avant le versant positif du bilan qui peut être fait. Certains grands marqueurs de la pollution comme le dioxyde d’azote montrent un infléchissement. Mais derrière cette amélioration, "la qualité de l’air demeure tous les jours un problème pour la santé", affirme Philippe Lameloise.

Un problème aux dimensions encore très mal cernées. La présence de pesticides dans l’air parisien à un degré comparable à celui des zones rurales avoisinantes vient tout juste d’être identifiée. La composition des particules reste par exemple très difficile à appréhender. Tout comme l’exposition de l’homme à la pollution, même si de nouvelles techniques sont introduites. Le 12 juin, 150 volontaires franciliens ont été équipés de 8 heures à 20 heures d’un collier chargé d’enregistrer les pollutions subies selon le mode de déplacement.


Des parkings couverts à mettre sous surveillance

"Les risques sanitaires liés aux parcs de stationnement couverts sont difficiles à évaluer mais ils ne peuvent être considérés comme négligeables", estime l’Agence française de sécurité de l’environnement au travail (Afsset) dans un récent avis dans lequel elle recommande un suivi régulier de la qualité de l’air dans ces espaces. Cette problématique devrait, selon l’agence, être davantage intégrée dans la conception des parcs. Elle préconise aussi des mesures de concentration du monoxyde d’azote sur une durée moyenne de 30 minutes et l’établissement de seuils impliquant différents problèmes sanitaires. Les salariés contraints de passer plusieurs heures par jour dans les parkings devraient être mieux informés des risques encourus pour leur santé, conclut l’Afsset.

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