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Gérard Le Puill | L’Humanité le 15.10.2007

La commission Attali prône la liberté du renard dans le poulailler

lundi 15 octobre 2007 par Gérard Le Puill
Distribution . Le rapport d’étape des « experts » réunis autour de Jacques Attali s’emploie à rendre au président de la République des préconisations conformes à ses attentes. Mais le travail d’expertise fait défaut.

Avant et après son élection à l’Élysée, Nicolas Sarkozy avait déclaré à plusieurs reprises qu’il ferait baisser les prix en libéralisant les règles du commerce au profit de la grande distribution. A-t-il exigé et obtenu de Jacques Attali qu’il lui fournisse une « expertise » justifiant en tout point ses attentes avec le rapport d’étape de la commission pour la libération de la croissance, mise en place l’été dernier ? On peut se poser la question. Selon un extrait du rapport d’étape, la levée du dernier verrou de la loi Galland encadrant les pratiques détestables de la grande distribution rendrait possible une « diminution de 2 % à 4 % de l’indice des prix à la consommation et une augmentation de plusieurs centaines de milliers d’emplois ».

Par quel miracle la commission Attali parvient-elle à ce résultat ? Nul ne semble le savoir et ce rapport sent l’arnaque. Surtout si on se réfère à ce qui se passe aujourd’hui dans le secteur agricole et agroalimentaire. Sur fond de récoltes médiocres, les prix des céréales, des oléagineux et des protéagineux ont fortement augmenté depuis un an. Souvent entre 50 % et 100 % sur douze mois. Par ailleurs, comme la dernière réforme de la politique agricole commune (PAC) a fait autoritairement baisser le prix du lait de plus de 20 % depuis 2003, les producteurs ont été moins nombreux à s’installer et à produire. D’où une production inférieure de 1 % à la consommation, mais suffisante pour créer une situation spéculative. Du coup, il a fallu augmenter le prix du lait de 20 % d’un coup pour tenter de relancer la production en France.

Mais si les choses vont enfin mieux pour les céréaliers et les laitiers, elles vont plus mal pour les acheteurs de céréales que sont les producteurs de porcs et de volailles. Toutes choses égales par ailleurs, un organisme très sérieux a calculé que le prix atteint par les céréales au milieu de l’été 2007 nécessitait de vendre les cochons 22 % plus cher à l’abattoir, ce prix répercuté aboutissant à une hausse moyenne de 8 % sur la viande fraîche payée par le consommateur et environ 5 % sur les salaisons. Sauf que les prix payés aux éleveurs sont en baisse en raison d’un cycle haut de production. La même démonstration peut être faite sur la volaille. De la même manière, il a été calculé que la hausse de 20 % du prix du lait augmente de 15 % le prix de revient d’une meule d’emmenthal.

Par quel miracle un surcroît de puissance accordé aux centrales d’achats des grandes enseignes de la distribution effacera l’augmentation des coûts de production des élevages et de l’industrie agroalimentaire ? Combien de milliers de PME aux marges déjà étriquées seront mises durablement dans le rouge si elles doivent brader les produits transformés qui font la qualité, la diversité et la richesse de la production agroalimentaire française ? Comment seront traités les salariés de ces entreprises caractérisées par les bas salaires et les conditions de travail souvent difficiles quand leurs patrons seront aux abois en raison du bras de fer inégal imposé par les distributeurs ? Combien de transformateurs tenteront alors de réviser à la baisse leurs contrats avec les producteurs agricoles de fruits et de légumes de conserve pour ne prendre qu’un seul exemple ?

Ce surcroît de pouvoir don- né aux distributeurs aboutit à casser le thermomètre pour ne pas voir la température du malade. Il sera porteur de nouvelles délocalisations de productions agricoles et d’usines de transformation. Avec, au-delà des pertes d’emplois, des risques sanitaires graves comme l’ont montré de récents articles de presse sur certaines importations en provenance d’Asie et notamment de Chine. Enfin, ce racket imposé par la distribution à tous ses fournisseurs pour faire baisser les prix favorisera aussi un nouveau flux de délocalisation dans les productions de biens manufacturés en tout genre. Et fera perdre de nouveaux emplois au pays.

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