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Pierre-Henri Lab | L’Humanité du 23 mars 2007

La concurrence conduit à la panne d’énergie

vendredi 23 mars 2007 par Pierre-Henri Lab
L’Union européenne et les États membres refusent tout examen du bilan de la libéralisation. La Commission propose de démanteler les opérateurs historiques.

Le 1er juillet prochain, le marché du gaz et de l’électricité aux particuliers s’ouvrira à la concurrence. Avant même que cette échéance soit atteinte, bien que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer les conséquences des précédentes étapes de la libéralisation du marché de l’énergie, la Commission européenne a récemment proposé d’aller plus en avant. Les opérateurs historiques comme EDF et GDF, en France, ou Eon en Allemagne, sont désormais dans le collimateur de Bruxelles. Leur statut d’entreprise intégrée mêlant production, transport et distribution empêcherait la concurrence d’émerger. La Commission préconise une séparation capitalistique et juridique de ces activités.

pression des concurrents d’EDF

L’argument pour justifier le démantèlement des opérateurs historiques du secteur de l’énergie est peu convaincant. Les difficultés rencontrées par les nouveaux venus sur le marché de l’énergie pour briser le monopole d’entreprise comme EDF ne proviennent pas de la propriété du réseau de transport. En effet, le prix des péages à acquitter pour écouler la production électrique est fixé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et est identique quel que soit l’opérateur concerné. Si EDF conserve une position ultra-dominante sur le marché national, elle le doit essentiellement à la propriété des moyens de production. Grâce à celle-ci, l’entreprise s’approvisionne à prix coûtant quand ses concurrents achètent l’énergie au prix du marché, largement supérieur. Le gouvernement ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Sous le lobbying des concurrents d’EDF, il a introduit en novembre dernier dans la loi sur l’énergie un article obligeant l’entreprise nationale à mettre leur disposition une partie de sa production.

La tentative de démanteler les opérateurs historiques est en fait le prélude à une privatisation de l’activité transport. Celle-ci est, en effet, particulièrement rentable. À EDF, elle a contribué à hauteur de 10 % du résultat du groupe et à GDF à hauteur de 30 %. Ces résultats financiers suscitent des convoitises.

La séparation des activités de production et de distribution constitue une véritable menace pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Déposséder les opérateurs historiques du gaz et de l’électricité de leur réseau de transport affaiblira leur - capacité d’autofinancement à un moment où les besoins en investissements sont colossaux. Selon l’OCDE, il faudrait, rien qu’en matière d’électricité, consacrer 1 000 milliards d’euros à la construction de nouvelles capacités de production d’ici à 2030. En matière d’électricité, toujours, la séparation des activités pourrait s’avérer catastrophique. Cette énergie ne se stockant pas, en cas de sous ou de surproduction, c’est la panne géante assurée. La production doit donc être alignée en permanence sur la consommation. Veiller à cet alignement est un des rôles dévolu au réseau de transport. Le séparer de la production revient au final à lui compliquer la tâche et donc à créer les conditions d’un black-out.

Plus généralement, cette nouvelle étape dans la libéralisation que Bruxelles propose de franchir confortera le mouvement à la hausse des prix de l’électricité et du gaz. Une fois privatisés, les réseaux seront tentés de réévaluer le prix des péages pour accroître leur rentabilité. En matière de gaz, l’augmentation pourrait s’avérer particulièrement importante. La dépossession des opérateurs historiques de leur réseau risque d’aboutir à la remise en cause des contrats à long terme. Les producteurs de gaz concèdent à des groupes comme GDF des prix inférieurs de moitié à ceux du marché car ceux-ci leur garantissent d’écouler des grosses quantités de gaz pendant plusieurs dizaines années. En perdant le contrôle du réseau de transport, les opérateurs historiques du secteur gazier n’offriront plus cette garantie.

pas de moratoire sur la libéralisation

Si le gouvernement français a récemment signifié à Bruxelles son refus du démantèlement des opérateurs historiques, il refuse toujours un moratoire sur la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz alors que les étapes déjà franchies ont largement démontré qu’elle aboutit à une perte de maîtrise publique de l’approvisionnement, dont la première conséquence est l’augmentation des prix tant pour les particuliers que pour les entreprises. Dans leur projet, les candidats de droite François Bayrou et Nicolas Sarkozy, écartent toute remise en cause de l’ouverture à la concurrence et des privatisations. À gauche, le PS se dit partisan d’un contrôle 100 % public de la filière, sans préciser s’il entend renationaliser EDF et GDF, mais refuse de stopper la libéralisation. Seule la candidate communiste, Marie-George Buffet, prône à la fois la nationalisation des deux entreprises, la constitution d’un grand pôle public de l’énergie en France et le développement des coopérations entre opérateurs européens dans le cadre d’une Agence de l’énergie.

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