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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 17.09.2009

La construction de l’Europe de l’énergie se heurte à l’hyperpuissance de Gazprom

samedi 19 septembre 2009 par Jean-Michel Bezat

Peut-on être à la fois européen, soucieux de la sécurité de son approvisionnement énergétique et partenaire de Gazprom dans de grands projets d’extraction de gaz ou de pipelines ? La question se pose après l’annonce de négociations entre Gazprom et EDF. Le groupe français devrait entrer dans le consortium Southstream (Russie-Autriche et Italie) - le gazoduc concurrent de Nabucco (Turquie-Autriche), pourtant présenté par l’Union européenne comme " stratégique" pour réduire la dépendance du Vieux Continent au gaz russe. Il est vrai que la Turquie s’était opposée, en 2007, à ce que Gaz de France (GDF) participe à Nabucco, en raison de la reconnaissance par Paris du génocide arménien.

La participation d’EDF au projet Southstream, au côté de Gazprom et du pétrolier italien Eni, a été évoquée "de façon générale" lundi 14 septembre, à Moscou, par le premier ministre russe Vladimir Poutine et son homologue français François Fillon. Alexander Medvedev, vice-président de Gazprom, avait annoncé la veille que la négociation avec GDF Suez pour prendre 9 % de Nord Stream, le pipeline de 1 200 kilomètres qui reliera la Russie à l’Allemagne sous la Baltique, devait aboutir "en septembre-octobre". Sur le même sujet

Dans les deux cas, ces investissements se feront avec l’appui de Paris, Berlin et Rome, qui n’hésitent pas à court-circuiter la tentative de la Commission européenne d’afficher un front uni face à la Russie dans le domaine de l’énergie. C’est une façon détournée de répondre à un exécutif européen persuadé que la libéralisation du marché de l’énergie était le meilleur moyen de sécuriser l’approvisionnement du Vieux Continent.

"Realpolitik de l’énergie"

Chaque pays fait donc cavalier seul avec ses compagnies nationales : E.ON et BASF en Allemagne, Eni en Italie, Gasunie aux Pays-Bas... Tous ont passé des accords avec Gazprom. Total décidera en 2010 s’il investit plusieurs milliards de dollars avec Gazprom et le norvégien StatoilHydro pour développer le gisement de Schtokman (mer de Barents), qui renferme les deuxièmes réserves gazières de la planète. Siemens négocie la création d’une coentreprise avec l’agence atomique russe Rosatom, qui mettra partiellement l’Allemagne sous la dépendance russe en cas de relance du nucléaire outre-Rhin.

L’inquiétude des spécialistes de géopolitique trouve un faible écho chez les industriels. Quand EDF, GDF Suez, E.ON ou Eni investissent dans des gazoducs, c’est en échange de contrats de gaz à long terme. Et donc de plus de sécurité. A l’horizon 2015, Nord Stream et Southstream éviteront aussi que 80 % du gaz russe à destination de l’Europe transite par l’Ukraine, et que celle-ci reste l’otage d’un conflit né avec l’éclatement de l’URSS, si ce contentieux n’est pas réglé.

En recevant les patrons de ces entreprises, M. Poutine ne se prive pas d’avancer ces arguments. Ni de rappeler que son pays détient près de 25 % des réserves mondiales de gaz. En s’associant à Gazprom et à d’autres compagnies russes, affirme-t-il, ils renforcent la sécurité énergétique de leurs pays. La chancelière Angela Merkel juge que Nord Stream - présidé par son prédécesseur Gerhard Schröder - accroîtra la fiabilité des livraisons russes. Nabucco est, à ses yeux, un projet parmi d’autres. Les compagnies seront dépendantes de la Russie, mais elles diversifient déjà leur approvisionnement avec le gaz naturel liquéfié (Qatar, Nigeria, Yémen...). Mme Merkel, M. Sarkozy et M. Berlusconi ont choisi une forme de "Realpolitik de l’énergie".

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