Liste des auteurs

Ana Lutzky | L’Usine nouvelle le 22.12.2008

La croisade d’Air Liquide en Australie pour stocker le carbone

lundi 29 décembre 2008 par Ana Lutzky
Signataire du protocole de Kyoto, l’Australie développe une législation nationale pour réduire ses émissions de C02. Air liquide participe à un premier projet d’oxy-combustion sur une centrale charbon de 100 MW au pays d’Oz.

Au nom de la crise mondiale, le gouvernement australien s’est engagé à une réduction de 15% d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2000, mais seulement en cas de conclusion d’un accord mondial sur le climat impliquant les principales puissances économiques. Sinon, à une réduction de 5% « inconditionnelle ». Le pays dispose d’immenses réserves de charbon et dépend à 80% du matériau noir pour son énergie primaire, multipliant des centrales très polluantes. Dans ce contexte, le gouvernement a décidé d’accorder 4 milliards de dollars aux industriels du charbon pour les aider dans leurs efforts de réduction des émissions et prévoit un vaste projet pour aider la capture et le stockage du carbone. Une brèche dans laquelle s’est engouffré Air Liquide.

Prochain lieu pour l’expérimentation de capture de C02 du groupe en effet : Queensland en Australie. Dans le cadre d’un partenariat technologique avec le groupement australien Callide Oxyfuel Services, fournisseur d’électricité, une centrale existante va être transformée pour pour recevoir une unité de captage et de stockage de CO2de taille pilote. La centrale électrique arbore une capacité nominale de 100 Mégawatt.

Méthode employée par Air Liquide : l’oxy-combustion. Une solution applicable aux émissions de CO2 issues des activités industrielles lourdes, comme les centrales électriques au charbon, les hauts fourneaux ou les cimenteries. « Quand on utilise de l’oxygène à la place de l’air pour la combustion de charbon ou d’autres combustibles, les émissions contiennent un C02 relativement pur et qui peut être stocké », explique Emmanuel Julien, directeur de l’ingéniérie. Voire être utilisé directement, par exemple pour la récupération assistée du pétrole. Ici, le groupe mettra au point une unité de séparation des gaz de l’air d’une capacité de production de 660 tonnes d’oxygène par jour et une unité de purification cryogénique du CO2. « Dans les fumées on a un C02 relativement pur, des poussières, encore un peu d’oxygène sous forme de vapeur d’eau. On capte le C02 par adsorption puis par distillation cryogénique », détaille M. Julien, le C02 étant alors liquéfié. Un procédé de distillation cryogénique qu’Air Liquide maîtrise depuis un siècle, et qu’il utilise notamment pour séparer l’azote de l’air, rendant l’azote liquide. S’agissant ici de C02 et non d’azote, les procédés sont voisins, mais ont leurs particularités, la capture du C02 d’une centrale au charbon se faisant à une échelle beaucoup plus massive.

Une vingtaine d’ingénieurs d’Air Liquide s’active autour du projet australien, estimé dans sa globalité (captage et stockage) à 206 millions de dollars australiens. Un projet qui s’insère dans le plan de développement de cette technologie pour le groupe, qui mettra en service dans les années à venir des pilotes de plus en plus gros. Premier pas : un projet chapoté par le groupe Total à Lacq, d’une taille de 30 MW, la mise en service étant prévue pour 2009. L’Australie vient ensuite, avec cette unité de 100 MW, prévue pour 2011. Enfin, un projet aux Etats-Unis de 500 à 600 MW avec l’industriel Babcock & Wilcox se dessine pour 2012.

Epineux stockage. Reste à résoudre la question du stockage du C02, qui pose problème dans tous les projets actuels de capture du C02, à cause du manque de sûreté. « Callide décidera », avance prudemment Air Liquide, pour qui le contrat s’arrête à la récupération, la purification et la liquéfaction du polluant gaz, ainsi qu’à la fourniture d’oxygène. Schlumberger prend le relais pour le stockage. Le groupe a déjà identifié un certain nombre de sites géologiques naturels possibles dans un rayon de 300 km autour de l’unité pilote : des formations rocheuses poreuses situées sous des formations rocheuses non poreuses.


Mieux que l’Europe ?

Avec cet objectif de 5% de réduction, l’Australie fait valoir qu’elle fera mieux que l’Europe si l’on calcule la réduction des émissions par habitant, puisque la population australienne devrait croître de 45% entre 1990 et 2020 quand l’Europe gardera une population stable. En effet, les -5% australiens reviendraient à une baisse de 34% par habitant entre 1990 et 2020, alors que l’objectif européen de -20% revient à une réduction par habitant de 24% sur la même période, assure le gouvernement australien. Source : Green Univers


25 dollars la tonne de C02

L’Australie prévoit des droits d’émissions payants et un marché du carbone à partir de 2010, mais presque la moitié les droits seront distribués gratuitement jusqu’en 2020. La vente de droits d’émission rapportera 12 milliards par an dont 10 milliards seront redistribués pour des aides à la compensation et pour des permis gratuits. L’industrie du pétrole sera laissée hors du système de droits payants pour les trois premières années et l’agriculture pour 5 ans. Le gouvernement s’attend à un prix du carbone de 25 dollars la tonne au départ. Source : Green univers


Moins de C02 = une énergie plus chère

Se voulant transparent, le gouvernement australien a averti que des droits du carbone payants feront grimper le prix de l’électricité pour les particuliers de 18% et le gaz de 12%, avec des hausses moyenne de 6 dollars par foyer et par semaine. Pour adoucir ces coûts, les retraités et les personnes les plus démunies recevront des aides supérieures à cette augmentation. L’Australie estime aussi que les échanges de carbone vont accroître l’inflation de 1,1% en 2010-2011. Source : Green univers

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !