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Un article de Christophe Zoia et Yves Housson paru dans L’Humanité du 31 mai 2006

La déréglementation fait flamber les prix

mercredi 31 mai 2006 par Yves Housson, Christophe Zoïa
Électricité . Selon l’étude de NUS Consulting, la libéralisation du marché de l’électricité pour les entreprises a entraîné une hausse des prix de 48 % en un an en France.

Libéralisation égale explosion des tarifs. Ce n’est pas un quelconque mouvement militant contre le libéralisme économique qui le ressasse, mais un institut de référence, l’Observatoire international des coûts énergétiques, NUS Consulting, qui le démontre, chiffres à l’appui. Lundi, il a rendu publique son étude annuelle sur le prix de l’électricité pour les entreprises dans 14 pays industrialisés. Conclusion : « En Europe, où la déréglementation est désormais effective pour l’ensemble des pays, la libéralisation du marché est plutôt synonyme d’augmentations. En effet, tous les pays européens, à l’exception de l’Allemagne, ont subi des hausses à deux chiffres du prix de l’électricité ». Et NUS Consulting de préciser : « Cette année (d’avril 2005 à avril 2006 - NDLR), le record est détenu par la France qui enregistre une hausse spectaculaire de plus de 48 % par rapport à l’année dernière sur son marché dérégulé ». Depuis deux ans, le marché français de l’électricité pour les entreprises est entièrement ouvert à la concurrence. Toutefois, à ce jour, seuls 10 % des acheteurs potentiels ont opté pour ce marché déréglementé. L’évolution des tarifs explique évidemment cet échec. Ce sont principalement des PME-PMI qui font les frais de l’envolée des prix, les grands groupes disposant des moyens de freiner les appétits des fournisseurs.

L’étude montre que l’écart se creuse entre les tarifs des marchés régulés et dérégulés : sur le premier, les prix, fixés par l’État, qui n’ont pas augmenté au cours des douze derniers mois, étaient, au 1er avril, 66 % moins élevés que sur le second. Le coût de l’électricité sur ce marché régulé est l’un des moins chers (0,05 euro le kWh), plaçant la France en douzième position sur les 14 pays étudiés. À l’inverse, sur le marché dérégulé, où le kWh atteint 0,08 euro, la France se situe au 5e rang des pays les plus chers. Pour « encourager une concurrence qui reste faible », la Commission de régulation de l’énergie avait recommandé, l’an dernier, la suppression des tarifs réglementés pour les entreprises, les professionnels et les collectivités territoriales, mais, « compte tenu du contexte politique et social actuel », il parait « peu probable que le gouvernement autorise la suppression de ces tarifs, d’autant qu’il s’agit des tarifs les moins chers », commente le directeur de NUS Consulting, Jacques Claudel, en pointant la « grogne croissante des entreprises » devant la flambée de leurs factures qui « impactent gravement leurs comptes ». Flambée qui n’a, au demeurant, rien d’accidentel puisque, sur cinq ans, entre 2001 et 2006, les prix libres ont augmenté de 75,6 %, contre 10,57 % pour les prix régulés.

LES PARADOXES

L’observatoire impute ce phénomène essentiellement à la hausse des cours mondiaux du pétrole et du gaz, auxquels les marchés libres de l’électricité sont très sensibles. D’où ce paradoxe, relevé dernièrement par le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie : « Fixer les prix du marché dérégulé pour les PMI-PME à partir du gaz et du pétrole pose un vrai problème alors que 82 % de notre électricité est d’origine nucléaire ». Paradoxe incarné par EDF elle-même : bien que produisant essentiellement de l’électricité nucléaire, l’entreprise publique « est passée d’une logique de production au coût marginal à une logique de prix de marché qui l’amène à se caler sur les pays les plus chers », note un consultant de NUS. Selon lui, EDF en est ainsi arrivée à imposer à ses clients dont les contrats arrivaient à échéance, des hausses de 50 à 80 %.

les parades de BERCY

Devant cette évolution, Bercy a récemment demandé aux fournisseurs des « engagements de modération » tarifaire. Et les entreprises grandes consommatrices sont autorisées à s’associer pour négocier des tarifs raisonnables. Faibles parades. En réalité, cette étude confirme le bien-fondé de la demande, formulée par des syndicats, des associations, des élus de gauche, d’un bilan, en toute transparence, à l’échelle de la France comme de l’Europe, de la déréglementation engagée. Ce serait bien le moins, avant d’étendre le processus au marché de l’électricité pour les particuliers, comme cela est prévu pour juillet 2007.


Les plus gros s’arrangent entre eux

Les sept entreprises les plus consommatrices d’électricité en France ont signé le 15 mai dernier les statuts d’un consortium pour bénéficier de prix plus favorables.

« Les gros industriels qui ont fait le choix de quitter les tarifs administrés ont eu à supporter une augmentation (du prix de l’électricité - NDLR) de 30 % par an. » Éric Roulot , responsable de la commission économique à la CGT des mines et de l’énergie , estime donc dans l’édition de l’Humanité du 4 mai dernier , que l’ouverture à la concurrence n’a été profitable à personne... pas même aux grandes entreprises. C’est la raison pour laquelle les firmes UPM, Arkema (filiale chimique de Total ), Air Liquide, Alcan , Arcelor , Rhodia et Solvay ont signé le 15 mai dernier au ministère des Finances les statuts d’un consortium. Selon le ministère des Finances, « une soixantaine d’entreprises représentant 20 % du marché ouvert de l’électricité pourraient être éligibles à ce consortium ». Celui-ci leur permettra d’obtenir « un agrément fiscal » les autorisant à lancer des appels d’offre auprès des producteurs d’électricité afin de bénéficier de prix avantageux. Par ailleurs, les sociétés pourront à travers Exeltium investir dans les moyens de production de l’électricité. En échange, les producteurs d’électricité garantissent aux entreprises des prix « non indexées à la hausse (...) tout en les faisant en revanche bénéficier des baisses ».

Alors que le marché de l’électricité devrait s’ouvrir à la concurrence pour les particuliers le 1er juillet 2007, on mesure déjà les conséquences de ce phénomène sur les entreprises. Le lobby industriel, tout en profitant de la mondialisation quand ça l’arrange, s’extirpe donc du marché concurrentiel pour limiter les pertes de bénéfices dues à la hausse des prix. Le ministère des Finances soutient cette sortie du marché, tout en promettant que l’ouverture à la concurrence pour les particuliers ne posera aucun problème. En d’autres termes, les uns fuient le marché pendant qu’on y pousse les autres...


Electricité. Le chiffre

66% : C’est la différence de prix entre l’électricité fournie sur le marché régulé et celle vendue sur le marché dérégulé.

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